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29 juin, 2012
 

                       Réseau des Démocrates

Nacer Boudiaf : « Mon père a été le premier à parler de «mafia politico-financière» »

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le 29.06.12 

 

La pétition lancée en février dernier par le fils du défunt Mohamed Boudiaf a déjà rassemblé des centaines de signatures. Le but est de réclamer la vérité sur l’assassinat, 20 ans après les faits. Il revient ici sur cette journée fatidique du 29 juin 1992.

- Comment avez-vous vécu dans le détail cette funeste journée du 29 juin 1992 ?

Vingt ans après, c’est toujours pénible pour moi de revenir sur cette date fatidique pour mon père, pour les Algériens et pour l’Algérie. J’ai appris la funeste nouvelle vers 13h20, j’étais abasourdi, je ne comprenais pas, je me suis dirigé directement vers la Présidence. J’entre directement au salon, et là, je vois Fatiha Boudiaf au téléphone en train de sangloter. Sans un mot échangé, je sors de la Présidence et je pars directement chez un copain. J’ai passé presque toute l’après-midi à me remémorer toutes les souffrances que cet homme a endurées pour son pays, et à la fin, il se fait assassiner par des Algériens, par traîtrise puisqu’ils n’ont pas eu le courage de l’affronter de face. Le jour de son retour, je le vois heureux d’être parmi les siens, après un long exil décidé par Ben Bella, parce que Boudiaf n’était pas d’accord avec lui. Il avait confiance en ce pays, surtout la jeunesse algérienne. Il avait de grands projets pour elle, malheureusement les ennemis de l’Algérie en ont décidé autrement. En à peine six mois, il a redonné espoir à des Algériens qui ne croyaient à plus rien. Sa mort a renforcé cette tendance. Un extrait de son dernier discours à Annaba «l’être humain n’est que de passage ici-bas. La vie est brève. Nous devons tous disparaître plus tard». Paroles prémonitoires. Quelques minutes plus tard, le père de la révolution est abattu par un cadet de la révolution.

 

- Qu’est-ce que vous avez pensé tout de suite quand vous avez eu des détails de l’assassinat ? Comment était l’ambiance à la Présidence ? Les responsables ont-ils contacté la famille ?

Dès l’annonce de l’assassinat du Président, j’ai tout de suite pensé que c’était un complot. On ne peut pas attenter à la vie du Président avec autant de facilité. Ils étaient 56 hommes chargés de la sécurité du Président, pas un seul n’a bougé. C’est peut-être pour cela que dans notre glorieuse République, le lâche assassinat de mon père est considéré comme un «acte isolé». L’ambiance à la Présidence était indescriptible. J’entendais tout le monde me dire «khad3ouh», pour dire que les Algériens ne sont pas dupes. Tout le monde a pleuré la perte d’un homme. - Les employés de la Présidence disaient bien ça «khad3ouh»?Je parle du chauffeur, jardinier, cuisinier, ceux qui travaillent à l’administration, etc. Le peuple quoi, pas les autres !- Ensuite, vous avez suivi le transfert à Aïn Naâdja ?Je suis parti à Aïn Naâdja à 17h. devant la dépouille mortelle de mon père, je me suis recueilli quelques minutes. Elles m’avaient semblé durer une éternité. Un lourd silence pèse dans la salle mortuaire. Le personnel médical est en pleurs. Nous quittons l’hôpital de Aïn Naâdja. Sur le chemin du retour, tout me semble vide. Cela me donnait l’impression que quelque chose a disparu. Rachid Krim, chef de cabinet du Président du HCE, que j’ai rencontré à l’hôpital, me demande de rentrer avec moi. La lourdeur du silence continue de peser dans la voiture. Ayant perçu mon profond désarroi, Rachid prend l’initiative de briser ce silence par la seule phrase prononcée durant le trajet du retour : «Ils ne savent pas ce qu’ils ratent.»- Avant les obsèques, avez-vous rencontré des responsables ? Avez-vous eu vent d’infos en plus sur les circonstances de l’assassinat ?Les membres du HCE sont venus nous présenter leurs condoléances, avec la promesse que toute la vérité sera dévoilée. Vingt ans après, j’attends toujours cette promesse. A part que l’autopsie n’a jamais été pratiquée, que l’arme du crime a disparu et cette balle au thorax.- La balle au thorax ? C’est confirmé ? Y a-t-il des témoignages ?C’est une information divulguée par Fatiha Boudiaf. Jusqu’à aujourd’hui, personne n’a fait de démenti.- Comment avez-vous vécu les obsèques ? Comment se sont comportés les hauts responsables sur place ?C’est pendant les obsèques que j’ai réellement pu peser l’impact qu’a eu mon père sur le peuple en seulement quelques mois à la tête de l’Etat. C’est la spontanéité de la femme et de la jeunesse, venue en grande foule, qui m’a profondément marqué. C’est cette jeunesse qui avait, dès le début, accusé le système de l’avoir assassiné, en disant : «Ils l’ont ramené puis l’ont tué.» Mais c’est la mort de Da Slimane Amirat qui m’a encore choqué. Cet homme, le vrai ami de Boudiaf, n’a pas résisté à la vue du cercueil de mon père. Il l’a regardé pendant quelques secondes, puis son cœur s’est arrêté. Plus tard, j’ai appris que mon père avait prévu de le recevoir à la Présidence, le même jour où mon père a été enterré, Da Slimane est mort. Quant aux hauts responsables, c’est-à-dire le Haut-Comité d’Etat, ils sont venus présenter leurs condoléances. Certains avaient des larmes de crocodile. Ils ont promis que la réalité fera jour. Le général Khaled Nezzar est venu me voir en aparté, le troisième jour de l’enterrement, à l’occasion de la veillée religieuse organisée à cet effet, pour me dire que «les assassins – il a parlé au pluriel – seront arrêtés». Depuis lors, j’attends et je milite pour la vérité.- Et depuis avez-vous revu Nezzar ou un autre responsable pour leur rappeler leur engagement à faire éclater la vérité ?Lors du premier rapport de la commission d’enquête, j’ai appelé le général Nezzar, membre du HCE, pour une audience. J’ai laissé le message à son secrétaire, aucune réponse. Lors du deuxième rapport, j’ai encore demandé une audience, même chose. Pourquoi cette dérobade ? A-t-il quelque chose à cacher ? Qu’il ne vienne plus nous dire que l’assassinat de Boudiaf est un «acte isolé».- Revenons un peu en arrière, est-il vrai que Boudiaf a lancé des enquêtes sur les gros trafics, par exemple l’affaire Hadj Bettou ?Parmi les choses qui ont le plus choqué mon père, après son installation à la Présidence, il a relevé le caractère immoral qui lui semblait toucher toutes les sphères politique, économique, culturelle, éducative, sociale et même sportive. Il s’est, en fait, rendu compte des pratiques malsaines, les détournements restés impunis, la généralisation du mensonge comme moyen de plaire aux supérieurs hiérarchiques, l’adoption du faux et de l’usage de faux comme un moyen «normal» d’obtenir tout ce qui est visé, l’injustice à outrance, avec la bénédiction de l’Etat. En un mot, les conditions idéales pour permettre à la corruption de devenir le «moteur» du fonctionnement du système. Il avait noté, par exemple, que quand un commerçant honnête transfert des fonds le plus légalement du monde pour investir ou activer en toute légalité, la procédure de son dossier mettait des semaines, voire des mois pour aboutir et parfois n’aboutissait même pas. Dans le même moment, les véreux, les corrompus, qui s’appuyaient sur leur soutien au sein du système, leurs transferts de fonds se faisaient en quelques heures, voire en quelques minutes. Mon père avait alors découvert le pot aux roses et mis le doigt sur le mal. Quand il a commencé à réfléchir au traitement de ce fléau néfaste, il a constitué un petit groupe «d’incorruptibles». Quelques jours après les avoir reçus et lancé sur des chantiers, on venait lui apprendre que «ses incorruptibles» ont trouvé la mort, soit dans des opérations antiterroristes, soit encore dans des circonstances non élucidées. Alors, le système lui livre «l’affaire Hadj Bettou», «l’Affaire du D15 de la douane», etc., juste pour donner l’impression que le système fait quelque chose contre la corruption. Mais en réalité, mon père, après la mort suspecte de ses incorruptibles, sent qu’il a affaire à une hydre à mille têtes, un monstre que Boudiaf a été le premier à qualifier de «mafia politico-financière». Une mafia politico-financière agissant avec des ramifications à l’étranger. Plus il avançait dans l’étude de certains dossiers relatifs à la corruption et plus l’heure de son lâche assassinat maquillé en «acte isolé» avançait. Et voyant que Boudiaf était réellement incorruptible, comme l’a qualifié le général Nezzar dans son récent livre, le système a imaginé le scénario de «l’acte isolé» ; un scénario qui ne s’adressait pas à Boudiaf, mais à tout le peuple algérien. Boudiaf a connu pour cela une fin tragique. Quelle sera la fin de la mafia politico-financière ? La fin d’El Gueddafi, de Ben Ali et de Moubarak devrait nous donner à réfléchir.Bio express :Nacer Boudiaf est né le 3 janvier 1955 à La Casbah. Il est marié et père de trois enfants. En 2011, il publie Boudiaf, l’Algérie avant tout ! aux éditions Apopsix. Un ouvrage dans lequel il cherche à rappeler aux Algériens, notamment à la jeunesse, le projet politique de son père, Mohamed Boudiaf.

21 juillet, 2011

 

Entretien avec Nacer Boudiaf, auteur du livre « l’Algérie avant tout »

« L’âme de Boudiaf est toujours intacte !

 

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Invité à Tizi Ouzou par la fondation Lounès Matoub pour une vente dédicace de son premier livre ”L’Algérie avant tout”, Nacer Boudiaf a livré dans l’entretien qui suit, ses impressions. Il a bien voulu répondre aux questions de la Dépêche de Kabylie concernant la relance du RPN en particulier.

Entretien réalisé par Omar Zeghni :

La Dépêche De Kabylie : Vous venez de présenter à Tizi Ouzou, en collaboration avec la fondation Matoub Lounès,  » l’Algérie avant tout  » votre premier livre, comment jugez-vous l’accueil qui vous a été réservé ?

Nacer Boudiaf : Formidable ! Le livre a été bien accueilli par le public. Que ce soit à TiziOuzou ou ailleurs.
Les gens sont toujours intéressés par le Chahid Boudiaf. Le livre a bien marché, preuve en est que la première édition est en rupture de stock. Nous sommes déjà à la deuxième édition. On attaquera, du coup, très prochainement, la troisième édition. Pour cette dernière, nous prévoyons quelques modifications.
En accord avec la maison d’édition Apopsix, nous allons inclure des photos de mon père.

Attendiez-vous justement à un tel engouement de la part du public ?
Nous sommes ravis de constater cet engouement. Mon rêve est que chaque algérien pourra avoir accès à un livre qui parle de Boudiaf.

Vous avez annoncé, dans le sillage de la parution du livre, votre intention de relancer le RPN, projet lancé par votre défunt père…
Effectivement, l’annonce a été faite à Béjaïa et Tazmalt, mais aussi à Alger. Partout où nous sommes passés, la population ne cessait de nous presser et de nous demander de relancer ce projet si cher à Boudiaf. Nous avons déjà un collectif qui active, notamment sur les réseaux sociaux. Les jeunes ont lancé, dans ce sens, un groupe sur facebook qui a rassemblé en deux mois, plus de 42 000 adhésions.
Le projet, mais aussi la demande de relancer le Rassemblement patriotique national, est l’émanation de tous ces gens qui me disent quotidiennement d’essayer de reprendre le RPN. Face à toutes ces sollicitations, j’ai accepté cette mission.

Le projet de relance du RPN est donc formalisé et prêt à être mis en œuvre ?
Mohamed Boudiaf a laissé un projet, la plate forme que mon père avait rédigé dès son retour au pays en 1992. Une plate forme à laquelle on n’a jamais fait attention. Elle est là. Élaborée en 1992 dans un contexte particulier, la plate forme qui a servi de fondement au projet du RPN va être remodelée un petit peu parce que nous sommes en 2011, dans un contexte différent.

Quand est-ce que vous comptez lancer le projet ?
Dès la promulgation de la nouvelle loi sur les partis politiques.

 Vous n’avez pas peur de vous heurter à un rejet de votre dossier ?
Je ne pense pas que les responsables puissent refuser de donner l’agrément pour la création d’un parti politique au fils du Chahid Boudiaf, l’un pionnier de la révolution algérienne.

Justement, le fait d’inclure intégralement la plat forme du RPN dans votre livre, est-ce une façon d’anticiper la relance du projet ?
Non ! J’ai intégré intégralement la plateforme du RPN dans mon premier livre juste pour faire comprendre aux algériens que Mohamed Boudiaf avait un projet de société quand il était rentré en Algérie. En un laps de temps court, il avait élaboré un grand projet de société. C’était le but qui m’a inspiré l’idée. Ce n’était nullement dans mon intention de m’appliquer au moment de l’écriture du livre.

Vous allez donc garder la même mouture du projet rédigé par Boudiaf ?
Oui le projet est là. Nous allons rester sur les fondements idéologiques tels que bâtis par Boudiaf, c’est important. Par contre, nous allons bientôt mettre la plateforme entre les mains de la jeunesse pour apporter des petites modifications car le contexte n’est plus le même.

Vous affirmez dans  » l’Algérie avant tout  » que c’est, justement, ce projet qui serait derrière la disparition de votre défunt père …
Oui, certainement ! Le sort qui a été réservé à Boudiaf avait, entre autres, une relation avec le projet du RPN. Ce dernier demandait le changement radical du système, des anciennes pratiques, des méthodes mais aussi des gens du passé. Vous comprendrez que c’était, à l’époque, très fort.

D’où tirez vous ces certitudes ?
Ecoutez, le projet de société a été, entre autres, une raison de sa disparition. Il y a aussi les affaires de corruption. Il a touché pas mal d’affaires quand il était à la tête de l’Etat.

Certains observateurs vous reprochent le fait que vous ayez surfé sur du  » léger » dans votre premier livre, pensez-vous que  » l’Algérie avant tout  » pourrait apporter un plus dans la quête de vérité sur l’assassinat de Boudiaf ?
On veut toujours du lourd. Je ne pouvais pas mettre des noms. Si j’avais des preuves, je n’aurais jamais hésité, mais là, on a pas de noms.
C’est ça qui est dramatique. Maintenant, vous me demandez de mettre des noms, on risque de se retrouver devant la justice, comment on va faire à ce moment ? Cependant, si on lit le livre, bien et entre les lignes, on va comprendre qui sont les commanditaires de l’assassinat de mon père. De mon côté, je constate avec une très grande satisfaction que le combat de mon père est toujours d’actualité. 19 ans après sa tragique disparition, il est toujours vivant chez le peuple.L’âme de Boudiaf est toujours intacte.

Oui, mais certains disent que ceux qui sont sensés défendre sa mémoire, sa famille entre autres, ne l’ont pas fait de la meilleure  manière ?
Le problème c’est que je me suis retrouvé seul, depuis 12 ans à ce jour. Vous pouvez revoir la presse et vous constaterez que durant toute cette période, j’étais présent. Par rapport à Fatiha Boudiaf, qui s’est contentée de ne rien dire.

Vous la citez dans votre livre …
Ah oui ! Absolument. Je lui ai mis les points sur les i.

Vous dîtes que Mme Fatiha Boudiaf a  » lourdement  » pesé dans le retour de votre père au pays, qu’en est- il au juste ?
Pas lourdement, je ne pense pas. Elle a joué un rôle, bien sûr, car elle se voyait déjà la première Dame d’Algérie, c’était son but. Pour le retour de mon père, il y a d’autres paramètres qui ont pesé plus lourd qu’elle.

Quels souvenirs gardez-vous de votre défunt père ?
Incontestablement, celui de son retour au pays. Je l’ai vu au premier jour, il était très content de retrouver l’Algérie, surtout pour travailler et servir son pays.

Comment vous avez vécu, dans l’ombre, les six mois de la présidence de votre père ?
Moi, j’ai continué ma vie normalement et tout simplement.

Vous écrivez dans votre livre que l’hommage du peuple à Boudiaf lors de son enterrement vous marquera à jamais…
Ah Oui ! Ça c’est quelque chose d’inoubliable. Je me souviens, quand j’étais à la présidence, les gens sont rentrés de force, ils voulaient prendre le cercueil pour aller eux même l’enterrer. J’ai vu des femmes qui se laçaient le visage, c’était insoutenable. Le peuple algérien n’a pas accepté qu’on lui ôte l’un de ses symboles.

Que comptez-vous faire pour faire avancer l’enquête ?
Ce combat, je l’assume et je le demande toujours. Nous lancerons, une grande pétition nationale dès septembre prochain, pour exiger la vérité sur l’assassinat de Boudiaf. Le dossier ne sera jamais enterré et tant que le peuple algérien ne saura pas la vérité, rien ne marchera normalement.

Vous êtes l’invité de la fondation Matoub, le procès de son assassinat s’est tenu lundi dernier, faites-vous le parallélle entre les deux assassinats ?
De mon côté, je soutiens la famille Matoub dans sa quête de vérité. Que le dossier Matoub, comme celui de Boudiaf, soient traités de la même manière c’est-à-dire la verité toute entière.

Entretien réalisé par Omar Zeghni :