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« Droit au blasphème »? « Liberté d’expression »? Soutien à Saïd Bouamama au groupe ZEP et à Houria Bouteldja, inculpés suite à une plainte des fascistes pour blasphème contre la Sainte France!

21 octobre, 2012
19/Oct 2012



Dans un tract que nous diffusions courant septembre, nous dénoncions l’incessante stigmatisation en direction des quartiers populaires et en particulier des populations issues de l’immigration arabo-musulmane, sous couvert d’un hypocrite « droit au blasphème » ou de « liberté d’expression ».

Ainsi, le journal Charlie Hebdo, fidèle à son habitude raciste islamophobe, lançait une nouvelle provocation à sa Une sous les ovations et les louanges d’un pouvoir drapé dans la « philosophie des Lumières » et la « liberté d’expression »… pendant que Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, interdisait à Paris une manifestation de protestation de musulmans réagissant à cette provocation!

Aujourd’hui encore, en inculpant Saïd Bouamama et Saïd du groupe ZEP pour « racisme anti-blanc » en donnant suite en conscience à une plainte de mouvements fascistes contre leur livre intitulé « Nique la France », le pouvoir est une nouvelle fois pris en flagrant délit : Tout ce qui stigmatise et divise les classes populaires de ce pays est favorisé et protégé des « totalitarismes » en tout genre sous couvert de « liberté d’expression », tandis que tout ce qui, dans les quartiers populaires, dénonce la françafrique et son passé colonial, est dénoncé voire réprimé !

Telle est bien la caractéristique d’une justice de classe, bourgeoise, capitaliste, qui se cache sous un vernis bien-pensant ! Nous protestons contre cette inculpation inique, émanant d’un pouvoir qui reste dans le sillage idéologique du sarko-lepénisme (« racisme anti-blanc », criminalisation de rappeur comme jadis celle du groupe « La Rumeur », … pendant que les propos racistes de ministre, comme « l’inégalité des civilisations » de Guéant, restent impunis!), et appelons les militants, les organisations progressistes à manifester leur soutien à ces camarades ainsi qu’à Houria Bouteldja des Indigènes de la République, elle même inculpée en faisant passer l’utilisation du terme « français de souche » pour du racisme anti-blanc !

Nous publions ci-dessous une interview de Saïd Bouamama pour DailyNord qui précise sa position et analyse les tenants et aboutissants de cette inculpation.

Hasard de l’actualité (ou pas), alors que Jean-François Copé nous a gratifié il y a quelques semaines de sa sortie sur le racisme anti-blanc, ceux qu’on appelle parfois « les deux Saïd » – les Roubaisiens Saïd Bouamama, sociologue engagé, et Saïd, du groupe de hip-hop Z.E.P – viennent d’être mis en examen par le tribunal de Paris pour « injures publiques envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion ».

En août 2010, les deux Roubaisiens avaient sorti le livre « Nique la France – Devoir d’insolence » et le morceau de hip-hop « Nique la France », ce qui leur avait valu un tombereau de réactions indignées (relire nos différents articles : Nique la France, le buzz nordiste ne laisse personne indifférent « Nique la France » en question par Jean-Pierre Decool). A l’époque, une première plainte émanant d’un identitaire toulousain avait été classée sans suite. Cette fois, c’est l’Agrif (Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française et Chrétienne) qui est à la manoeuvre et qui a réussi à convaincre le parquet d’instruire l’affaire. Rendez-vous est pris à l’heure de l’apéro dans un café de Lille-Fives avec Saïd Bouamama qui, tout en sirotant une bière (pour ceux qui imagineraient d’emblée le personnage en barbu intégriste), a bien voulu répondre aux questions de DailyNord. A 54 ans, ce sociologue formant des travailleurs sociaux, très investi dans la lutte pour les sans-papiers veut continuer « à poser des questions embêtantes » y compris au sein du Front de gauche qu’il soutient.

DailyNord : Votre mise en examen intervient alors que Jean-François Copé dénonce le racisme anti-blanc dont seraient victimes certains Français. Est-ce un hasard ?

Saïd Bouamama : Non, à force de céder à l’extrême-droite sur certains points, on assiste à une droitisation de la société. Copé reprend le racisme anti-blanc – vieille antienne du FN – à son compte. L’extrême-droite peut désormais aller plus loin. A leur place, je dirais : « la circoncision est inhumaine, il faut l’interdire » et vous verrez que dans deux ans, le débat sera porté en place publique. Or au final, c’est toujours l’extrême-droite qui gagne car la force du facisme, c’est de se présenter toujours plus net que la photocopie.

DailyNord : Est-ce à dire que pour vous le racisme anti-blanc est une pure invention ?

Saïd Bouamama : Le FN et Copé mélangent deux choses : d’un côté, les réactions individuelles de quelques jeunes de quartiers minoritaires qui existent, de l’autre un racisme structurel et institutionnel qui fait que tu as 30% moins de chances de trouver un boulot quand tu t’appelles Mohamed ou Mamadou. Le but étant d’invalider l’anti-racisme. On observe le même phénomène pour délégitimiser les féministes : certains prétendent qu’il faut un mouvement « hommiste » pour défendre les hommes battus. Comme si on pouvait comparer les deux…

DailyNord : Quand vous écrivez « Nique la France » il y a deux ans, quel est votre objectif  ?

Saïd Bouamama : Poser un certain nombre de questions dans une forme qui oblige à la réaction.

DailyNord : Au risque d’apparaître non-constructif ?

Saïd Bouamama : Mais la provocation est le seul moyen pour faire entendre une souffrance une frange de la population qui n’est pas entendue et qui n’a pas le droit à la parole. Quelques mois avant, j’avais écrit un ouvrage « la France autopsie d’un mythe national » qui pose les mêmes questions mais de manière plus policée. Pourquoi certains jeunes dans les banlieues disent « Nique la France »? Parce qu’ils n’ont pas l’impression d’être considérés comme Français. La provocation permet aussi d’avancer. Regardez, quand je disais il y a quelques années que la France possèdait encore un héritage colonialiste dont elle avait du mal à se défaire, on me disait que j’étais trop radical. Aujourd’hui François Hollande dit qu’il faut reconnaître le massacre de Thiaroye au Sénégal.

DailyNord : Mais vous saviez que vous alliez braquer certaines personnes, y compris à gauche ?

Saïd Bouamama : Oui, mais il y a eu des critiques avec qui nous avons pu débattre. Même à gauche, on entend dire que les gamins doivent s’intégrer alors qu’ils sont Français. Une partie de la gauche fait une erreur en construisant son discours sur des moyens. La laïcité, ce n’est qu’un moyen de bien vivre ensemble, ce n’est pas une fin en soi. Il ne faut pas que la gauche abandonne cette grille de lecture qui dit que ce sont les conditions de vie qui déterminent les comportements.

Par ailleurs, je pose une question : pourquoi Michel peut-il dire qu’il n’aime pas le drapeau et pas Mohamed ? Pourquoi Aragon peut-il écrire « je conchie la France impérialiste » et pas Saïd ? Nous sommes au début d’une interdiction de toutes critiques envers la France. Avec Sarkozy, on avait l’impression qu’il fallait faire allégeance au drapeau tous les jours.

Lors du jugement, « je compte bien invoquer Aragon, Léo Ferré et d’autres »

DailyNord : Ce livre n’est-il pas en fin de compte le reflet d’une période tendue entre jeunes des quartiers et autorité publique ? En clair l’écririez-vous maintenant ?

Saïd Bouamama : Oui, mais avec un autre titre comme « Marre des discriminations ! ». Il est clair qu’il y a eu un nombre de discours insultants à l’époque de Sarkozy. En sociologie, on appelle ça « le retournement du stigmate ». Le jeune qui entend toute la journée « t’aimes pas la France, t’aimes pas la France, t’aimes pas la France », à la fin il te dit « oui, j’aime pas la France ». Dans cinquante ans, on verra ce livre comme le résultat inévitable d’un contexte.

par/IRIS SAMY

17 juin, 2011

Alain Juppé en Algérie: « embellie » des relations franco-algériennes

http://www.google.com/hostednews/afp/media/ALeqM5hzBD8F33mH75ep8b9Bxpvi3eZg4w?docId=photo_1308237166222-1-0&size=lALGER — Le chef de la diplomatie française Alain Juppé a appelé jeudi à Alger à ne « pas ressasser indéfiniment » le passé colonial mais à se concentrer sur un avenir mutuellement bénéfique, en plein climat d’ »embellie » des liens franco-algériens.

Premier ministre des Affaires étrangères français à se rendre en Algérie depuis 2008, M. Juppé a été reçu « chaleureusement » par ses hôtes, son homologue Mourad Medelci, le Premier ministre Ahmed Ouyahia et le président Abdelaziz Bouteflika qui l’a invité à déjeuner, selon son entourage.

Avec M. Bouteflika, l’entretien a été « excellent, long et tous les sujets abordés ont été approfondis », a-t-on indiqué de même source, et « cela confirme bien l’embellie des relations franco-algériennes ».

Les deux parties ont toutefois des « approches différentes », selon les mots d’un diplomate algérien, sur certaines questions dont la Libye qui a largement été évoquée.

Alger soutient la feuille de route de l’Union africaine, recommandant une solution négociée au conflit, tout en ayant approuvé la résolution 1973 du Conseil de sécurité qui a imposé une zone d’exclusion aérienne en vue de la protection des populations civiles locales. Mais il n’a jamais demandé le départ de Kadhafi et juge que l’Otan outrepasse son mandat.

« Quand un chef d’Etat utilise ses canons et ses armes contre la population, il doit partir ». Il « a perdu toute légitimité », a noté M. Juppé lors d’un point de presse conjoint avec M. Medelci.

« L’intervention militaire en Libye n’est pas une fin en soi », a-t-il souligné en rejoignant l’Algérie favorable à une « solution politique ».

Le chef de la diplomatie française a souligné que son pays avait des « relations très étroites » avec le Conseil National de Transition (CNT) libyen qu’il a été le premier reconnaître.

L’Algérie ne lui a pas emboîté le pas. Elle attend les décisions de la Ligue arabe et de l’Union africaine, a rappelé M. Medelci.

Pour le Sahel, zone d’intérêt commun, M. Juppé a longuement félicité Alger pour sa collaboration militaire régionale contre Al-Qaïda du Maghreb islamique (Aqmi) et la criminalité, illustrée par une réunion récente à Bamako et une autre en septembre à Alger.

« Nous sommes tout à fait disponibles pour participer à cette coopération », d’autant, a-t-il dit, qu’il y a « une volonté accrue de travailler ensemble au Sahel ».

La France, qui a d’importants intérêts dans la région, est « la cible prioritaire des menaces terroristes », a-t-il rappelé. Quatre Français sont entre les mains d’Aqmi depuis le 16 septembre et d’autres ont été enlevés ou tués.

Le développement d’un partenariat économique a dominé les discussions sur le bilatéral, dans la foulée de la mission réussie de l’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin chargé par le président Nicolas Sarkozy d’aplanir les dossiers en suspens dans ce domaine.

Elle s’est achevée par un forum qui a rassemblé plus de 600 entreprises fin mai. Du jamais vu à Alger. Et douze gros dossiers en suspens ont aussi été quasi-réglés.

M. Juppé y voit le « renforcement d’intérêts mutuels » dans un climat « de franchise et d’amitié résolument tourné vers la construction d’une relation franco-algérienne de plus en plus confiante et amicale ».

Mais il n’a pu réprimer un mouvement d’humeur après la énième question de la presse sur la repentance de la France pour son passé colonial en Algérie. « Nous n’allons pas ressasser indéfiniment » cette période de l’Histoire, a-t-il répondu.

Le maire de Bordeaux s’est ensuite rendu à Oran, ville de l’ouest algérien jumelée avec la sienne pour y rencontrer le wali (préfet), le maire et de jeunes Algériens avant de repartir en fin d’après-midi à Paris.