Archive pour octobre, 2012

Rebondissements dans l’affaire Mohamed Merah : Israël s’en mêle

29 octobre, 2012

Rebondissements dans l'affaire Mohamed Merah : Israël s’en mêle dans politique logo_ap

ARTICLE | 27. OCTOBRE 2012
Benyamin Netanyahou. D. R.

Benyamin Netanyahou. D. R.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, se rendra à Toulouse le 1er novembre prochain, où il rendra hommage aux victimes du présumé coupable Mohamed Merah. La présidente du Conseil représentatif des Institutions juives de France (Crif) en Midi-Pyrénées, Nicole Yardini, a déclaré que cette visite témoignait du «caractère planétaire» de l’affaire. «Toulouse est devenue un symbole pour les juifs du monde. Il y a un avant et un après Mohamed Merah», a-elle souligné, qualifiant la visite de Netanyahou de «témoignage de la solidarité du peuple juif à une communauté traumatisée». La représentante du Crif a ajouté qu’elle soulignait «la proximité de destin entre Israël et la communauté juive française, tous les deux menacés par l’islamisme radical». Tout indique que l’affaire Merah sera utilisée comme une nouvelle carte par Tel-Aviv, dans le cadre de son idéologie victimaire qui lui confère tous les droits sur le peuple palestinien opprimé, sans que la communauté internationale bouge le petit doigt. Ce nouvel élément dans cette affaire qui fait beaucoup de bruit s’ajoute à d’autres qui enfoncent chaque jour un peu plus les services de sécurité français. En effet, après la dernière interview de Maître Zahia Mokhtari, avocate du père de Mohamed Merah, accordée en exclusivité àAlgeriepatriotique, de nouveaux rebondissements accablent davantage la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Le frère et la sœur du caporal Abel Chennouf, tué en mars dernier à Montauban, s’apprêtent à porter plainte pour «homicide involontaire» contre la DCRI, rapporte Le Nouvel Observateur. Ils se joignent à la veuve de leur frère qui a envoyé sa propre plainte mercredi. «Le rapport de l’IGPN nous a confortés dans ce que nous savions déjà : il y a eu un relâchement de la surveillance de Merah alors que la DCRI avait appréhendé qu’il s’agissait d’une personne dangereuse», a précisé l’avocate du frère et de la sœur, Maître Dubreuil. Cette double action pour «homicide involontaire en raison de la violation d’une obligation de sécurité» viendrait compléter la plainte déposée en mai dernier par le père du militaire du dix-septième Régiment du génie parachutiste, tué à l’âge de 25 ans à Montauban pour «non-assistance à personne en danger» contre les services de contre-espionnage. Le rapport rendu public mardi sur l’affaire Merah, par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), a révélé «plusieurs défaillances objectives» dans le fonctionnement des services de police et de renseignement. Selon la police des polices, ces défaillances tiennent à la «conjonction d’omissions et d’erreurs d’appréciation» et à des «problèmes de pilotage et de cloisonnement encore très présents entre renseignement intérieur, police judiciaire et sécurité». Ce même rapport a été jugé incomplet par le président de la commission des lois de l’Assemblée française, Jean-Jacques Urvoas : «Ce rapport ne dit que des évidences qui étaient déjà connues. Il y a toute une part qui n’est pas traitée, c’est la confiance qui repose sur les hommes. Ce rapport fait une impasse sur la façon dont humainement ce dossier a été géré», a-t-il déclaré en marge d’une session plénière. Ce député socialiste avait déjà créé la polémique, en mars, lorsqu’il avait critiqué l’incapacité du Raid à désarmer Mohamed Merah. «Si je comprends bien, le Raid n’est donc pas capable, en 30 heures, d’aller chercher un individu seul dans un appartement», avait-il ironisé sur son compte Twitter.
Mohamed El-Ghazi

Sarkozy-Kadhafi:

27 octobre, 2012

Sarkozy-Kadhafi: des députés réclament une enquête

26 octobre 2012 | Par Fabrice Arfi et Karl Laske
Soupçons de corruption, diplomatie parallèle, guerre, ventes d’armes, témoins en fuite ou réduits au silence : le dossier est explosif. Un an après la mort de Mouammar Kadhafi, plusieurs députés de la majorité demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les relations franco-libyennes, de la « lune de miel » entamée en 2005 avec la dictature, jusqu’à la chute du régime en 2011.Ils sont socialistes ou écologistes, occupent des postes clés au sein des commissions des affaires étrangères ou de la défense nationale et ont saisi leur président de groupe de l’urgence d’investigations à mener par l’Assemblée nationale sur ce dossier, à l’évidence le plus lourd de l’ancienne présidence.

 

De gauche à droite et de haut en bas : MM. Mamère, Goldberg, De Rugy, Bays, Amirshahi, Lambert, Denaja, Hammadi, Coronado, Leroy
De gauche à droite et de haut en bas : MM. Mamère, Goldberg, De Rugy, Bays, Amirshahi, Lambert, Denaja, Hammadi, Coronado, Leroy© dr

François de Rugy, président du groupe écologiste et membre de la commission de la défense nationale, a d’ores et déjà fait savoir qu’il approuvait sans réserve la démarche :« Sans que le parlement ait à se substituer à la justice sur ce qui a pu se passer avec la Libye, c’est un sujet politique. Le parlement n’a pas à s’interdire ce type d’enquête que l’on croit être des domaines réservés auxquels on ne touche pas », confie-t-il à Mediapart.

« Sur Kadhafi, il y a eu un retournement complet de la France qui a la particularité d’avoir eu lieu sous la même présidence et sous le même gouvernement. La venue de Kadhafi en France, le tapis rouge qu’on lui a déroulé en décembre 2007, notamment à l’Assemblée nationale, fut une pantalonnade complète. Et quelque temps après, Sarkozy change de pied ? On est en droit de s’interroger sur un tel revirement », poursuit le député de Loire-Atlantique.

Pouria Amirshahi, député des Français de l’étranger (qui a la Libye dans sa circonscription) et secrétaire de la commission des affaires étrangères, est au Parti socialiste le plus ardent défenseur d’une enquête parlementaire sur les dessous des relations franco-libyennes sous Kadhafi : « On est passé du baiser honteux, qui ressemblait à de la prostitution, à la poudre, à la guerre. La question d’une éventuelle corruption est évidemment très présente », dit-il.

Sarkozy-Kadhafi: dans kadhafi-sarkozy SARKADHAFI-MAINS© Reuters

Il ajoute : « Mais au-delà de l’argent sale, l’irresponsabilité de Sarkozy pèsera lourd sur la région. On l’a accueilli en grande pompe, on lui a fait la guerre et maintenant on laisse la région dans le chaos. » Bruno Le Roux, le président du groupe PS, qui a été sensibilisé personnellement par le député Amirshahi sur la question franco-libyenne, n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Nicolas Bays, député socialiste du Pas-de-Calais et vice-président de la commission de la défense nationale, pense de son côté qu’« il y a aujourd’hui des questions qui se posent et qui engagent l’image de la France. La France a fait plus qu’outrepasser le mandat de l’Onu pendant la guerre », souligne-t-il.

Noël Mamère, député de Gironde et membre de la commission des affaires étrangères, estime pour sa part qu’« une commission d’enquête est non seulement souhaitable mais possible. Je m’engage à y travailler ». « Nous sommes face à un immense dossier qui peut se résumer en trois mots : “corruption”, “complicité” et “culpabilité” », déclare-t-il.  

D’autres députés de la majorité (Razzy Hammadi, Arnaud Leroy, Sébastien Denaja, François-Michel Lambert, Sergio Coronado, Daniel Goldberg…) ont également fait savoir à Mediapart qu’ils étaient favorables à la création d’une commission d’enquête sur les secrets libyens de la présidence Sarkozy, qui sont aujourd’hui autant de bombes qui dorment au cœur de la République.

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    Diplomatie parallèle et complicité française

  • Tout a commencé en 2005. Un homme est à la manœuvre : l’intermédiaire Ziad Takieddine. Mis en examen pour « recel d’abus de biens sociaux » et « blanchiment aggravé » dans l’affaire des ventes d’armes du gouvernement Balladur (1993-95), Ziad Takieddine a été, à partir de 2003, le missus dominicus de la diplomatie parallèle du cabinet du ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. En Arabie saoudited’abord, puis en Libye.

    MM. Hortefeux et Takieddine, en 2005
  • MM. Hortefeux et Takieddine, en 2005© dr
  • De septembre à décembre 2005, Ziad Takieddine aura été l’organisateur des visites à Tripoli du ministre Sarkozy, de Claude Guéant, son directeur de cabinet, et même de Brice Hortefeux, ministre délégué… aux collectivités territoriales. Officiellement, il s’agit de parler d’immigration et de lutte contre le terrorisme. En coulisses, le cabinet Sarkozy et Ziad Takieddine négocient en secret des contrats commerciaux, plus ou moins avouables.

    Main dans la main avec le cabinet Sarkozy, Ziad Takieddine sera ainsi le principal négociateur pour la société française Amesys de la vente de matériel d’espionnage du net libyen. L’homme d’affaires touchera via des sociétés offshore plus de 4 millions d’euros de commissions occultes sur ce marché conclu en avril 2007 (voir les preuvesici).

    Selon Le Figaro et Le Canard enchaîné, des agents des services secrets français ont été envoyés à Tripoli pour accompagner la mise en place du système d’espionnage conçu par Amesys. Une enquête judiciaire a depuis été ouverte à Paris pour « complicité d’actes de torture » à la suite d’une plainte déposée par la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

    SARKO-TEL dans kadhafi-sarkozy© Reuters

    À peine élu à la présidence de la République, Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à offrir une collaboration quasi inconditionnelle au régime libyen dans les domaines du nucléaire et de l’armement, contrairement à ce qu’il n’a cessé d’affirmer après. C’est ce qui ressort notamment de la retranscription d’un échange téléphonique du 28 mai 2007 entre le tout nouveau chef de l’État français et le colonel Kadhafi.

    Quelques semaines plus tard intervient à Tripoli, dans des conditions qui demeurent toujours mystérieuses, la libération des infirmières bulgares. L’ancienne épouse du président, Cécilia Sarkozy, avait été envoyée en première ligne, sur fond de tractations financières avec le Qatar. « Il fallait piger qui était Kadhafi. Il n’y a qu’une femme qui peut faire cela ! » confiera, énigmatique, quelques semaines plus tard Cécilia Sarkozy à la journaliste Anna Bitton pour son livre Cécilia (Flammarion).

    En décembre 2007, la France offrira finalement au dictateur libyen ce qu’aucune autre démocratie n’avait fait jusqu’ici : un accueil royal. À la clé, une virginité internationale qui était convoitée de longue date par Kadhafi. Dans un câble diplomatique rendu public par Wikileaks, l’ambassadeur des États-Unis à Paris, Craig R. Stapleton, s’étonnait dès le mois de juillet 2007 de la « lune de miel »Sarkozy/Kadhafi, trop chargée d’arrière-pensées financières.

  • Objectif corruption

  • Ziad Takieddine vend la mèche dans une note du 6 septembre 2005. D’après les déclarations qu’il a faites au juge Van Ruymbeke, l’intermédiaire a remis en mains propres le document à Claude Guéant, qui s’apprêtait alors à décoller pour Tripoli afin de préparer la venue en Libye de Nicolas Sarkozy un mois plus tard. « La visite préparatoire est inhabituelle, écrit Takieddine. Elle doit revêtir un caractère secret. Il sera préférable que CG se déplace seul et que le déplacement s’effectue sans fanfare. L’autre avantage : plus à l’aise pour évoquer l’autre sujet important, de la manière la plus directe… »

    En mars puis en avril 2012, Mediapart révélera plusieurs documents et témoignages évoquant un feu vert de Tripoli, donné en décembre 2006, pour le versement de 50 millions d’euros à l’occasion de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. L’ancien président français, qui n’a pas poursuivi Mediapart en diffamation, a déposé une plainte pour « faux » et « usage de faux » – l’enquête est toujours en cours. D’après plusieurs témoignages recueillis ces dernières semaines, une partie de l’argent noir aurait transité par des banques libanaise et allemande.

    M. BaghdadiM. Baghdadi© Reuters

    Plusieurs officiels du régime Kadhafi ont confirmé la corruption. À commencer par l’ancien premier ministre Baghdadi al-Mahmoudi. « Oui, en tant que premier ministre, j’ai moi-même supervisé le dossier du financement de la campagne de Sarkozy depuis Tripoli, des fonds ont été transférés en Suisse et Nicolas Sarkozy était reconnaissant pour cette aide libyenne et n’a cessé de le répéter à certains intermédiaires », avait-il déclaré le 25 octobre 2011, devant la cour d’appel de Tunis, selon plusieurs avocats tunisiens présents.

    Mais trois jours après avoir contacté le juge Van Ruymbeke, par l’intermédiaire de l’un de ses avocats français, Me Marcel Ceccaldi, pour lui faire part de révélations sur « des financements de campagnes électorales et des questions d’enrichissement personnel », l’ancien premier ministre a été extradé, en juin dernier, en pleine nuit, de Tunisie vers la Libye. Une extradition qui a suscité la polémique, celle-ci s’étant déroulée sans l’autorisation obligatoire du président tunisien, Moncef Marzouki.

    Interrogé le 18 juillet lors d’une conférence de presse à l’Élysée, François Hollande adéclaré qu’il « regrettait » cette extradition, ajoutant : « Il y avait sûrement des informations à obtenir qui seraient utiles pour connaître un certain nombre de flux. »

    Depuis la défaite électorale de Nicolas Sarkozy en mai dernier, les langues semblent se délier jusqu’au sommet du nouvel État libyen. En septembre, à la question d’une journaliste du Point sur un éventuel financement de Nicolas Sarkozy par le régime Kadhafi, le président libyen, Mohamed Youssef el-Megarief, a répondu : « Cela ne me paraît pas impossible. »

    La guerre, du jour au lendemain

    La chronologie intrigue. Le 10 mars 2011, en pleine révolution libyenne, Mouammar Kadhafi affirme, menaçant, via l’agence officielle Jana, « qu’un grave secret va entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale ». Le 16 mars 2011, Saif al-Islam Kadhafi, son fils, évoque l’existence de documents : « Il faut que Sarkozy rende l’argent qu’il a accepté de la Libye pour financer sa campagne électorale. C’est nous qui avons financé sa campagne, et nous en avons la preuve. »

    Le 17 mars, Nicolas Sarkozy obtient une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant une intervention militaire en Libye.

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  • Comment est mort le dictateur ?

  • Depuis la chute du régime Kadhafi, deux questions majeures n’ont toujours pas trouvé de réponses précises : 1) La France a-t-elle outrepassé le mandat de l’ONU, qui prévoyait exclusivement une protection des civils ? 2) Comment est mort l’ancien dictateur libyen ?

    Obeidi, à gaucheObeidi, à gauche© dr

    Un ancien responsable des services secrets extérieurs du Conseil national de transition (CNT) libyen, Rami el-Obeidi, a affirmé au Daily Telegraph et à Mediapartqu’un agent français aurait tué Kadhafi, dans les heures qui ont suivi son lynchage par la foule, le 20 octobre 2011, à Syrte. Une accusation encore difficile à étayer, mais qui interroge. « La menace d’une révélation d’un financement de la campagne de Sarkozy en 2006-2007 a été prise suffisamment au sérieux pour que quiconque à l’Élysée veuille la mort de Kadhafi très rapidement », confiait-il début octobre à Mediapart.

    D’après lui, il faudrait « regarder un peu plus en détail les fréquentes visites de Cécilia Sarkozy en Libye. Selon mes informations, les paiements n’ont pas eu lieu d’un coup, mais de manière partielle, notamment au travers de Nouri Mesmari, l’ancien chef du protocole du régime Kadhafi ».

    De son côté, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a publié, le 17 octobre, un rapportdétaillé contredisant la version officielle sur la mort de Kadhafi, selon laquelle il serait décédé après des échanges de tirs entre rebelles et le convoi qui le transportait. HRW affirme aujourd’hui avoir recueilli « les preuves, avec certitude, que Kadhafi a bien été capturé vivant par les miliciens de Misrata ». Et qu’il a par conséquent été exécuté après.

    « Qu’il y ait des hommes du renseignement sur le terrain c’est probable, mais des hommes dont la mission était d’exécuter Kadhafi, absolument rien ne le prouve », a nuancé Jean-Marie Fardeau, le directeur français de HRW au site de la chaîne TV5 Monde.

    Kadhafi capturéKadhafi capturé© dr

    Pour Le Monde, qui a enquêté sur les derniers jours de Kadhafi, « toutes les pistes sont envisageables ». Le Canard enchaîné, lui, avait publié quelques jours après la mort du “leader” libyen un article au titre sans équivoque : « Kadhafi condamné à mort par Washington et Paris ». « Obama et Sarko ne voulaient pas qu’il en sorte vivant. De crainte qu’il ne parle trop lors de son procès devant la Cour pénale internationale », écrivait alors Claude Angeli, l’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire, qui évoquait la présence à Syrte d’une cinquantaine d’agents des forces spéciales françaises.

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  • La fuite de Bachir Saleh, l’homme qui en sait trop

    Tous les témoins de premier plan des relations incestueuses entre Sarkozy et Kadhafi sont aujourd’hui réduits au silence ; morts, en fuite ou emprisonnés. Kadhafi a été exécuté. Son ancien premier ministre Baghdadi al-Mahmoudi est en prison, sans avocat, à Tripoli, après avoir été extradé dans d’étranges conditions.

    L’ancien chef des services secrets intérieurs, Abdallah Senoussi, point de contact entre les sarkozystes et Ziad Takieddine, a lui aussi été récemment extradé de Mauritanie vers la Libye. Citant une source « haut placée dans le renseignement arabe », l’agence Reuters présentait en mars dernier Senoussi comme « le principal témoin de la corruption financière et des accords qui ont impliqué de nombreux dirigeants et pays, dont la France ».

    Saïf al-Islam est toujours détenu par les miliciens de la ville de Zentane, au nord-ouest de la Libye, où son procès a été repoussé sine die. Chokri Ghanem, l’ancien ministre du pétrole et bonne connaissance de Ziad Takieddine, a pour sa part été retrouvé noyé dans le Danube, à Vienne, le 29 avril.

    Capture d'écran de la notice InterpolCapture d’écran de la notice Interpol

    Mais l’un des principaux acteurs de la « lune de miel » franco-libyenne fut le directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bachir Saleh, par ailleurs dirigeant du Libya Africa Investment Portfolio (LAP), la boîte noire de l’ancien régime pour la corruption internationale.

    Pourtant visé par une “notice rouge” d’Interpol (qui équivaut à un mandat d’arrêt international), Bachir Saleh a été protégé pendant de longs mois après la chute de Tripoli par le précédent gouvernement français, qui lui a offert en moins de 48 heures un permis de séjour…

    Au lendemain des révélations de Mediapart sur un financement occulte, Bachir Saleh, toujours recherché par Interpol, courait ostensiblement les brasseries parisiennes, où il s’est fait photographier par Paris Match. Mais en pleine polémique, Nicolas Sarkozy a affirmé le 2 mai au micro de RMC que « si (Bachir Saleh) est recherché par Interpol,(il) sera livré à Interpol ».

    Le message fut entendu. Le lendemain, Bachir Saleh était vu, au pied du pilier Est de la tour Eiffel, en présence de l’intermédiaire Alexandre Djouhri et de… l’ancien chef de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Bernard Squarcini, selon une enquête fouillée des Inrockuptibles. Quelques heures plus tard, Bachir Saleh quittait la France à bord d’un avion privé. Avec tous ses secrets et sans être arrêté.

« Droit au blasphème »? « Liberté d’expression »? Soutien à Saïd Bouamama au groupe ZEP et à Houria Bouteldja, inculpés suite à une plainte des fascistes pour blasphème contre la Sainte France!

21 octobre, 2012
19/Oct 2012



Dans un tract que nous diffusions courant septembre, nous dénoncions l’incessante stigmatisation en direction des quartiers populaires et en particulier des populations issues de l’immigration arabo-musulmane, sous couvert d’un hypocrite « droit au blasphème » ou de « liberté d’expression ».

Ainsi, le journal Charlie Hebdo, fidèle à son habitude raciste islamophobe, lançait une nouvelle provocation à sa Une sous les ovations et les louanges d’un pouvoir drapé dans la « philosophie des Lumières » et la « liberté d’expression »… pendant que Manuel Valls, ministre de l’Intérieur, interdisait à Paris une manifestation de protestation de musulmans réagissant à cette provocation!

Aujourd’hui encore, en inculpant Saïd Bouamama et Saïd du groupe ZEP pour « racisme anti-blanc » en donnant suite en conscience à une plainte de mouvements fascistes contre leur livre intitulé « Nique la France », le pouvoir est une nouvelle fois pris en flagrant délit : Tout ce qui stigmatise et divise les classes populaires de ce pays est favorisé et protégé des « totalitarismes » en tout genre sous couvert de « liberté d’expression », tandis que tout ce qui, dans les quartiers populaires, dénonce la françafrique et son passé colonial, est dénoncé voire réprimé !

Telle est bien la caractéristique d’une justice de classe, bourgeoise, capitaliste, qui se cache sous un vernis bien-pensant ! Nous protestons contre cette inculpation inique, émanant d’un pouvoir qui reste dans le sillage idéologique du sarko-lepénisme (« racisme anti-blanc », criminalisation de rappeur comme jadis celle du groupe « La Rumeur », … pendant que les propos racistes de ministre, comme « l’inégalité des civilisations » de Guéant, restent impunis!), et appelons les militants, les organisations progressistes à manifester leur soutien à ces camarades ainsi qu’à Houria Bouteldja des Indigènes de la République, elle même inculpée en faisant passer l’utilisation du terme « français de souche » pour du racisme anti-blanc !

Nous publions ci-dessous une interview de Saïd Bouamama pour DailyNord qui précise sa position et analyse les tenants et aboutissants de cette inculpation.

Hasard de l’actualité (ou pas), alors que Jean-François Copé nous a gratifié il y a quelques semaines de sa sortie sur le racisme anti-blanc, ceux qu’on appelle parfois « les deux Saïd » – les Roubaisiens Saïd Bouamama, sociologue engagé, et Saïd, du groupe de hip-hop Z.E.P – viennent d’être mis en examen par le tribunal de Paris pour « injures publiques envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion ».

En août 2010, les deux Roubaisiens avaient sorti le livre « Nique la France – Devoir d’insolence » et le morceau de hip-hop « Nique la France », ce qui leur avait valu un tombereau de réactions indignées (relire nos différents articles : Nique la France, le buzz nordiste ne laisse personne indifférent « Nique la France » en question par Jean-Pierre Decool). A l’époque, une première plainte émanant d’un identitaire toulousain avait été classée sans suite. Cette fois, c’est l’Agrif (Alliance Générale contre le Racisme et pour le Respect de l’Identité Française et Chrétienne) qui est à la manoeuvre et qui a réussi à convaincre le parquet d’instruire l’affaire. Rendez-vous est pris à l’heure de l’apéro dans un café de Lille-Fives avec Saïd Bouamama qui, tout en sirotant une bière (pour ceux qui imagineraient d’emblée le personnage en barbu intégriste), a bien voulu répondre aux questions de DailyNord. A 54 ans, ce sociologue formant des travailleurs sociaux, très investi dans la lutte pour les sans-papiers veut continuer « à poser des questions embêtantes » y compris au sein du Front de gauche qu’il soutient.

DailyNord : Votre mise en examen intervient alors que Jean-François Copé dénonce le racisme anti-blanc dont seraient victimes certains Français. Est-ce un hasard ?

Saïd Bouamama : Non, à force de céder à l’extrême-droite sur certains points, on assiste à une droitisation de la société. Copé reprend le racisme anti-blanc – vieille antienne du FN – à son compte. L’extrême-droite peut désormais aller plus loin. A leur place, je dirais : « la circoncision est inhumaine, il faut l’interdire » et vous verrez que dans deux ans, le débat sera porté en place publique. Or au final, c’est toujours l’extrême-droite qui gagne car la force du facisme, c’est de se présenter toujours plus net que la photocopie.

DailyNord : Est-ce à dire que pour vous le racisme anti-blanc est une pure invention ?

Saïd Bouamama : Le FN et Copé mélangent deux choses : d’un côté, les réactions individuelles de quelques jeunes de quartiers minoritaires qui existent, de l’autre un racisme structurel et institutionnel qui fait que tu as 30% moins de chances de trouver un boulot quand tu t’appelles Mohamed ou Mamadou. Le but étant d’invalider l’anti-racisme. On observe le même phénomène pour délégitimiser les féministes : certains prétendent qu’il faut un mouvement « hommiste » pour défendre les hommes battus. Comme si on pouvait comparer les deux…

DailyNord : Quand vous écrivez « Nique la France » il y a deux ans, quel est votre objectif  ?

Saïd Bouamama : Poser un certain nombre de questions dans une forme qui oblige à la réaction.

DailyNord : Au risque d’apparaître non-constructif ?

Saïd Bouamama : Mais la provocation est le seul moyen pour faire entendre une souffrance une frange de la population qui n’est pas entendue et qui n’a pas le droit à la parole. Quelques mois avant, j’avais écrit un ouvrage « la France autopsie d’un mythe national » qui pose les mêmes questions mais de manière plus policée. Pourquoi certains jeunes dans les banlieues disent « Nique la France »? Parce qu’ils n’ont pas l’impression d’être considérés comme Français. La provocation permet aussi d’avancer. Regardez, quand je disais il y a quelques années que la France possèdait encore un héritage colonialiste dont elle avait du mal à se défaire, on me disait que j’étais trop radical. Aujourd’hui François Hollande dit qu’il faut reconnaître le massacre de Thiaroye au Sénégal.

DailyNord : Mais vous saviez que vous alliez braquer certaines personnes, y compris à gauche ?

Saïd Bouamama : Oui, mais il y a eu des critiques avec qui nous avons pu débattre. Même à gauche, on entend dire que les gamins doivent s’intégrer alors qu’ils sont Français. Une partie de la gauche fait une erreur en construisant son discours sur des moyens. La laïcité, ce n’est qu’un moyen de bien vivre ensemble, ce n’est pas une fin en soi. Il ne faut pas que la gauche abandonne cette grille de lecture qui dit que ce sont les conditions de vie qui déterminent les comportements.

Par ailleurs, je pose une question : pourquoi Michel peut-il dire qu’il n’aime pas le drapeau et pas Mohamed ? Pourquoi Aragon peut-il écrire « je conchie la France impérialiste » et pas Saïd ? Nous sommes au début d’une interdiction de toutes critiques envers la France. Avec Sarkozy, on avait l’impression qu’il fallait faire allégeance au drapeau tous les jours.

Lors du jugement, « je compte bien invoquer Aragon, Léo Ferré et d’autres »

DailyNord : Ce livre n’est-il pas en fin de compte le reflet d’une période tendue entre jeunes des quartiers et autorité publique ? En clair l’écririez-vous maintenant ?

Saïd Bouamama : Oui, mais avec un autre titre comme « Marre des discriminations ! ». Il est clair qu’il y a eu un nombre de discours insultants à l’époque de Sarkozy. En sociologie, on appelle ça « le retournement du stigmate ». Le jeune qui entend toute la journée « t’aimes pas la France, t’aimes pas la France, t’aimes pas la France », à la fin il te dit « oui, j’aime pas la France ». Dans cinquante ans, on verra ce livre comme le résultat inévitable d’un contexte.

par/IRIS SAMY

Non aux provocations racistes islamophobes sous couvert de « liberté d’expression »! Film « Innocences des musulmans », caricatures de Charlie Hebdo, « droit au blasphème », interdiction de manifester pour les musulmans en lutte contre l’islamophobie…

21 octobre, 2012
20Sept 2012 
Non aux provocations racistes islamophobes sous couvert de  

 

 

 


Lois contre le foulard à l’école ou contre les nounous voilées, débats « républicains » sur « l’identité nationale », propagande officielle anti-halal, amalgames de plus en plus proches de ceux pratiqués par le Front National sous couvert de « défense de la laïcité »… certains auraient pu croire ce temps révolu, une fois installé à l’Elysée le nouveau président prétendument du « changement » s’inscrit bel et bien dans la continuité…
C’est oublier un peu vite que le racisme n’est pas un simple défaut moral quand il est organisé dans les hautes sphères de l’Etat : L’islamophobie, c’est en effet aujourd’hui ce qui se fait de mieux en matière d’idéologie bourgeoise dominante pour diviser et affaiblir notre classe ouvrière et notre peuple, multiculturel, multicolore et multiconfessionnel dans son refus collectif de payer la crise du système capitaliste.

Chaque fois qu’un recul démocratique doit être entériné, chaque fois qu’une nouvelle guerre coloniale doit être déclarée, la bourgeoisie impérialiste et ses médias nous enfument d’une diversion provocatrice pour voiler ses désastres sociaux et ses crimes en préparation. Valls ne vient-il pas d’annoncer leur intention d’abandonner la promesse du droit de vote des résidents étrangers ? Avec ce ministre de l’Intérieur, ce représentant de l’aile droite du PS admirateur de DSK et de Tony Blair, la continuité de la ligne sécuritaire et répressive de Sarkozy-Guéant est assurée : chasse aux Roms, chasse aux Sans Papiers, interdiction pure et simple des manifestations de musulmans français contre les provocations islamophobes de droite et de « gauche ». La continuité dans le changement, c’est aussi l’annonce d’un « patriote-act à la française » qui comme en 2005 va bafouer le droit constitutionnel de manifester et stigmatiser les citoyens et travailleurs musulmans. Rappelons que c’est avec de telles mesures discriminatoires qu’a été commis à Paris le massacre du 17 octobre 1961 contre les Algériens.

Parallèlement, la presse officielle, au service de ce pouvoir de gauche bourgeois impérialiste, avec en avant-poste le journal pro-PS Charlie Hebdo, élabore jour après jour une stratégie de la tension en insultant délibérément les musulmans et leur foi, sous couvert de « liberté d’expression » et de « droit au blasphème »… On accuse les militants qui ont sifflé, à la fête de l’Huma, l’ex-chroniqueuse de Charlie Hebdo, Caroline Fourest, d’islamistes violents. La presse écrite et télévisée fait passer les protestations populaires des pays musulmans contre le film insultant américain pour des scènes d’hystérie collective « antioccidentale »… tout en cachant les vrais « intégristes », ceux qui sont alliés à l’occident impérialiste, d’Al Qaïda aux mercenaires de l’ASL en Syrie en passant par le Qatar et l’Arabie Saoudite, qui accomplissent les basses besognes de l’Etat-major euro-étatsunien en Libye, au Mali, en Syrie, et bientôt au Liban, en Iran, en Algérie… à savoir liquider les régimes laïcs au profit des dictatures intégristes inféodées. Pendant ce temps on banalise, on dédiabolise sciemment les mouvements fascistes de plus en plus actifs et brutaux, luttant contre le « multiculturalisme » en France et en Europe ! Pendant ce temps on fait ainsi le lit du FN xénophobe fasciste.

L’anticléricalisme historique légitime du mouvement ouvrier et démocratique, c’est à dire la lutte contre le clergé, instrument de pouvoir des classes dominantes depuis des siècles, est aujourd’hui instrumentalisé par la bourgeoisie et ses serviteurs politiques contre l’islam, religion d’une partie de la classe ouvrière et de la Nation, afin d’affaiblir la lutte de classe des travailleurs.

Germanophobe avant la première guerre mondiale, antisémite, anticommuniste et antisoviétique pendant la guerre froide, la propagande impérialiste est aujourd’hui principalement islamophobe et antichinoise pour préparer « l’opinion » à une prochaine guerre mondiale contre les pays émergeants et les peuples opprimés du Sud.

Nous ne sommes pas dupes de ces opérations et provocations bien calculées : La bourgeoisie cherche à détourner notre attention de la crise qu’elle nous fait subir, prépare la guerre sociale contre un prétendu ennemi de l’intérieur, musulman ou simplement croyant, et la guerre impérialiste à l’extérieur contre un prétendu « axe du mal ». Ils veulent nous diviser pour mieux régner ? Unissons-nous pour les combattre !

Français, immigrés, croyants, non croyants, tous ensemble contre les vrais intégristes de l’argent : Union Européenne, USA, Israël et leurs valets Qataris et Saoudiens ! Tous ensembles pour dire : NOUS NE PAYERONS PAS LA CRISE DU CAPITALISME !

 

par.IRIS SAMY