Archive pour décembre, 2011

Le magot des dictateurs arabes : Et la fortune de Bouteflika ?

8 décembre, 2011

 

 Le magot des dictateurs arabes : Et la fortune de Bouteflika ? dans la 11-01-13-bouteflika-ben-ali

Dans son enquête, le magazine Challenge classe la fortune de Bouteflika parmi celles des « invisibles », les moins apparentes car provenant du pétrole.

On lit, en effet : « Ces autocrates arabes sont tous dotés d’un insatiable appétit de richesses, résume Maud Perdriel-Vaissière. Mais leur façon de s’enrichir dépend des ressources du pays. S’il n’y a pas de pétrole, il faut spéculer sur le foncier, s’arroger des participations ou prélever des commissions. Si l’or noir est là, il suffit de prélever sa part et de placer le cash. Ces dernières fortunes sont les plus liquides, donc les mieux cachées. » Ainsi de celle, en Algérie, du président Abdelaziz Bouteflika, encore en poste malgré la contestation de la rue. Officiellement, il ne disposerait que de deux appartements à Alger. Mais, selon des opposants algériens, il aurait détourné avec les généraux une trentaine de milliards de dollars, placés du Liechtenstein au Brésil »

Ce que possède officiellement Abdelaziz Bouteflika

Dans sa déclaration de patrimoine, en février 2009, le président avait écrit ceci :

«Je soussigné, Abdelaziz Bouteflika, Président de la République, demeurant au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, Alger, candidat à l’élection à la Présidence de la République, prévue le 9 avril 2009. En application de l’article 157 de l’ordonnance 97-07 du 6 mars 1997, modifiée et complétée, portant loi organique relative au régime électoral. Déclare être propriétaire des biens ci-après:

I- Biens immobiliers :

Une maison individuelle sise à Sidi Fredj (commune de Staouéli) suivant acte enregistré sous le n° 226 du 11.11.1987.
Une maison individuelle sise rue de la Rochelle, Alger, suivant livret foncier n° 70-68/07 du 11/12/2007.
Un appartement sise au 135, rue Cheikh El Bachir El Ibrahimi, El Biar, suivant livret foncier n° 29-39/07 du 26/06/2007.

II- Biens mobiliers

Deux (02) véhicules particuliers.
Déclare qu’il n’est propriétaire d’aucun autre bien à l’intérieur du pays ou à l’étranger.»

Mais l’opinion fait la moue.

Elle n’oublie pas que le 22 décembre 1981, Bouteflika fut poursuivi pour « gestion occulte de devises au niveau du ministère des Affaires étrangères» (entre 1965 et 1978) par la Cour des comptes. Dans son arrêt définitif du 8 août 1983, la Cour des comptes donnait son verdict : « M. Abdelaziz Bouteflika a pratiqué à des fins frauduleuses une opération non conforme aux dispositions légales et réglementaires, commettant de ce fait des infractions prévues et punies par l’ordonnance n° 66-10 du 21 juin 1966 et les articles 424 et 425 du Code pénal. ». La Cour des comptes évaluait à « plus de 6 milliards de centimes » (l’équivalent de 100 milliards de centimes actuels) le montant dont Bouteflika restait redevable auprès du Trésor.

Pour sa défense, Bouteflika invoquera aux magistrats de la Cour des comptes la construction d’un nouveau siège du ministère des Affaires étrangères pour laquelle il destinerait la trésorerie amassée sur les comptes suisses. La réponse de la cour : « Ce motif fallacieux ne peut être pris en considération sachant qu’une opération d’investissement obéit à des règles bien précises qu’aucun ordonnateur ne peut ignorer et que l’éventuelle construction d’un nouveau siège du ministère des Affaires étrangères doit être financée par des crédits normalement inscrits au budget de l’État.»

De plus, l’opinion sait que les proches de Bouteflika se sont enrichis avec Khalifa, notamment ses frères.

Les personnes impliquées dans le scandale Sonatrach (Khelil, Hemche), sont des intimes de Bouteflika.

Personne ne peut croire aujourd’hui que celui qui parlait des 15 chats et qui a su au moment opportun se débarrasser des responsables «encombrants», est complètement innocent de la rapine qui s’est installée dans le pays depuis que les prix du pétrole ont connu une augmentation sensible et que la tirelire de l’Etat est devenue fort alléchante.
Les scandales financiers se sont succédé à un rythme soutenu, plaçant le pays parmi les pays les plus corrompus du monde. Aucun haut responsable n’a été jugé. Même lors du jugement du hold-up du siècle en Algérie, à savoir l’affaire Khalifa, les ministres dont la responsabilité était avérée sont venus au tribunal de Blida en témoin et reparti en témoin, par la grâce de la juge en charge de ce procès et de la justice de nuit.

Même le ministre des Finances de l’époque, qui a eu un aveu fort révélateur devant la juge obstinée à épargner les hauts responsables de sa majesté, en disant «qu’il n’a pas été assez intelligent», s’est vu propulser au poste du premier responsable de la diplomatie du pays, une diplomatie dans laquelle continue à activer le plus vieux diplomate du monde, Missoum Sbih et dans une capitale-clé pour l’Algérie (Paris). Missoum Sbih a, aujourd’hui, 82 ans. Le pouvoir n’ayant pas tiré de leçons de l’affaire Khalifa qui a lourdement terni son image, voilà qu’il récidive avec les affaires de l’autoroute, le FNDRA, Sonatrach, des barrages. Le président ne peut pas endosser toute la responsabilité au gouvernement, il est personnellement responsable de la systématisation de la rapine et de la corruption en Algérie. Ce triste épisode de la gestion du président Bouteflika ne peut renvoyer qu’à l’absence de projet ou de stratégie de développement pour le pays qui traverse une période rare d’aisance financière, il a gouverné et continue à le faire sous l’emprise de l’improvisation. C’est là, la triste vérité de 12 ans de règne sans partage.

8 décembre, 2011

L’impôt visa rapporte 1 milliard d’€

par an à l’UE

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«Le demandeur de visa est appelé à comparaître en personne». C’est ainsi que les sites visafrance.org citent à «comparaître» le quémandeur de visa comme un suspect devant un tribunal consulaire. Le choix du terme n’est pas fortuit, ni un lapsus involontaire. On retrouve explicitement cette expression «comparution personnelle» dans tous les documents officiels traitant des problèmes de visa. (1) 

La réglementation européenne sur les visas utilise un langage judiciaire, policier et militaire à outrance. Quand on lit le «Programme européen 2007-2013 de contrôle des frontières», on croirait lire le scénario d’un film tragi-comique hollywoodien. L’absurdité de la systématisation technologique du contrôle des voyageurs vire à la caricature.

On y trouve pêle-mêle « technologie d’authentification biométrique, passeports sécurisés à lecture optique, titres de séjour et vignettes électroniques, capteurs d’empreintes mono et multi doigts, comparateur d’encre spécifique, détection de documents falsifiés, liaisons haut débit des réseaux consulaires, base de données alphanumériques VISABIO interfacée avec le VIS, détecteurs spécifiques de présence humaine, maillage de surveillance et d’identification, veille littorale permanente par la chaîne sémaphorique, patrouilleurs de haute mer, radars haute fréquence, drones aériens et de surface, surveillance satellite quotidienne, … » 

Tout citoyen du monde a le droit de circuler librement et éprouve le besoin de quitter momentanément son pays, bouger, changer d’air, faire du tourisme,… Pourquoi ériger des obstacles à ce désir de voyage à certaines catégories de citoyens du monde et pas à d’autres. 

Des millions d’européens visitent la plupart des pays arabo-africains sans visas, sans frais, sans tracasseries administratives, sans perte de temps, sans même dire Salam Alikoum. Il serait peut-être temps que les gouvernements du Sud se dressent énergiquement contre ces dérives unilatérales, insultantes et inhumaines de confinement des citoyens afro-arabes par l’obstacle insurmontable du visa Schengen. 

Racisme institutionnel et islamophobie de l’Union Européenne 

Deux chercheurs européens ont disséqué dans une excellente étude la politique discriminatoire de l’Union Européenne sur les visas. «Le visa n’est pas un instrument technique, ni une stratégie de gestion des frontières. Il est d’ordre politique. C’est à travers le visa qu’on tient à distance les étrangers indésirables. C’est à travers lui qu’on définit pour l’espace Schengen une liste de pays ennemis dont on tient à se protéger.»

Tout citoyen soumis à l’obligation du visa est considéré comme un suspect d’immigration clandestine, voire comme un terroriste. Son désir de voyager est interprété comme un désir d’émigrer ou de commettre un crime. Il est perçu comme un risque surtout s’il est jeune, étudiant, chômeur, pauvre ou démuni de ressources stables et prouvées. Pour définir sa cartographie du visa, lUE prend en considération trois catégories de critères: 

- Immigration illégale: maîtrise des flux migratoires, séjours irréguliers, refus d’entrée sur le territoire, mesures d’éloignement, blocage des filières d’immigration clandestine et de travail clandestin, sécurité des documents de voyage, accords de réadmission, … 

- Ordre public: coopération policière, typologies de criminalité, menaces à l’ordre public, sécurité intérieure, lutte contre le terrorisme, … 

- Relations internationales : choix du régime de visas,  qualité des relations de l’UE avec des groupes particuliers de pays, cohérence régionale, position particulière d’un Etat membre, solidarité des Etats membres, critère de réciprocité, … 

Finalement, on ne sait plus si le visa sanctionne l’individu en particulier ou est un instrument de relations internationales? L’octroi du visa pour un voyageur est-il dépendant de l’appréciation de son pays comme menace? Ou bien un pays devient-il menaçant parce que ses ressortissants veulent le fuir? On entre là dans une dialectique complexe entre le risque idéologique d’un pays et le risque migratoire de ses citoyens. 

C’est notamment le cas très paradoxal du citoyen honnête et paisible d’un pays à risque qui se retrouve soumis à un visa draconien quelles que soient ses qualités personnelles (palestinien, libanais, algérien, afghan, irakien,…). Le fait de vivre dans un pays où existent des minorités dangereuses est considéré comme un délit potentiel. 

Il en va de même des pays à fort taux migratoire. On empêche des individus de faire du tourisme ou visiter naturellement leurs familles ou leurs amis, parce que soupçonnés d’être tous volontaires potentiels à l’immigration clandestine. 

La cartographie du visa Schengen fixe une limite entre les amis et les ennemis. Les critères effectifs de choix des pays ennemis relèvent purement de «racisme institutionnel et d’islamophobie». La carte des 44 «pays amis» de l’UE, exemptés de visas, est celle du «peuplement blanc». Par contre, la carte des 133 pays dont les ressortissants sont soumis à un visa recouvre clairement l’Afrique, le Moyen-Orient (excepté Israël) et une large partie de l’Asie. 

Il est donc clair que les critères de danger migratoire concernent les peuplements arabe, noir ou asiatique. Les critères consulaires qui mêlent immigration, criminalité, terrorisme, idéologie ou religion ne sont pas cohérents. Ils relèvent de la peur de déstabilisation des identités nationales européennes blanches… par un islam conquérant, une négritude envahissante ou un péril économique asiatique. 

L’idéologie du visa Schengen est une idéologie de guerre. Elle constitue un nouveau syndrome des fléaux et crimes contre l’humanité dont est coutumière l’Europe comme l’inquisition, l’esclavagisme, le colonialisme, les guerres mondiales, les pogroms, la déportation… 

La politique ségrégationniste européenne provoque des milliers de victimes afro-arabes qui se noient en mer en voulant atteindre les rivages européens, ou sont «parqués comme des bêtes» dans des Centres de rétention avant leur déportation vers leurs pays d’origine. 

La scandaleuse traçabilité des demandeurs de visa 

L’Union Européenne a créé en 2004 un Système d’Information sur les Visas (VIS) permettant l’échange et l’accès des données entre les gouvernements des Etats membres et leurs autorités de sécurité intérieure. La mise en œuvre du VIS a débuté dans les «zones à risques migratoire et sécuritaire» en Afrique du Nord et Proche-Orient. (4) 

Le VIS repose sur une architecture centralisée et comprend le «système central d’information sur les visas» (CS-VIS) en réseau avec une interface nationale (NI-VIS) dans chaque Etat membre. Selon les estimations, le VIS peut traiter les données de 20 millions de demandes de visa par an, y compris les empreintes digitales, et les stocker pour une période théorique de conservation de 5 ans.  Il est prévu à terme le stockage de tous les éléments d’identification biométriques et alphanumériques dans les vignettes de visa et les titres de séjour sur une puce électronique, directement lisible par un terminal informatique policier. 

Le VIS avait pour objectif initial et affiché de lutter contre la fraude documentaire et le «visa shopping» (dépôt de demandes multiples auprès de plusieurs Etats membres). Mais son but véritable est de renforcer la sécurité intérieure en fichant les demandeurs de visa ainsi que les personnes et organismes qui les invitent. Les renseignements enregistrées dans le VIS sont les données alphanumériques du demandeur, les visas demandés, délivrés, refusés, annulés, retirés ou prorogés; ses photographies et empreintes digitales; les renseignements des personnes ou organismes adressant l’invitation ou prenant en charge les frais de subsistance durant le séjour. 

Le VIS est ainsi devenu un outil international de «Renseignements Généraux» permettant aux Etats membres de l’UE, grâce aux visas demandés qu’ils soient accordés ou non, de constituer toutes sortes de fichiers politique, économique, patronal, syndical, associatif, scientifique, culturel, sportif, médiatique, etc… Le VIS renforce la traçabilité des déplacements des porteurs de visas biométriques qui peuvent pour différentes raisons attirer l’attention de services intéressés. 

Face aux réticences parlementaires d’exempter les enfants de moins de six ans de la prise d’empreintes digitales, le Gouvernement français s’y est opposé en soulignant la nécessité de prendre les empreintes des enfants le plus tôt possible, en prétextant la lutte contre les trafics d’enfants. Même les titulaires de passeports diplomatiques, de service ou spéciaux sont concernés par le fichage VIS. Il est préconisé que les exemptions doivent rester exceptionnelles et ne concerner que les chefs d’Etat ou de gouvernement… sur lesquels les fichiers de renseignement sont déjà bien fournis. 

Quand on sait quelles sont les types de personnes les plus aptes à se procurer facilement les visas, on en conclut vite que toutes les élites des nomenklaturas, l’intelligentsia, leurs progénitures, leurs protégés, leurs contacts, leurs relations et leurs déplacements seront fichés. 

Grâce à cette redoutable efficacité qu’offre le VIS, l’UE pense maintenant à la création de consulats européens communs, sous forme de «centres communs de traitement des demandes de visa». Ne voyant pas d’intérêt à juxtaposer des consulats multiples pour délivrer un document identique dans des conditions similaires, les européens préparent des réformes juridiques, en particulier de la Convention de Vienne qui ne prévoit pas le cas de représentation diplomatique commune à plusieurs Etats. 

D’autre part, l’UE envisage un recours à des prestataires extérieurs sous forme d’externalisation pour la réception du public et l’enregistrement des demandes, comme cela se pratique déjà dans certains pays (Russie, Chine, …). Le coût de cette externalisation sera à la charge du demandeur de visa et viendra s’ajouter à l’impôt visa de 60 €. 

Cela fait déjà plusieurs années que les Etats-Unis et l’Europe se concertent dans leur stratégie de stigmatisation, confinement, flicage des citoyens du Sud, pour des objectifs non avoués. Ils ne se gênent même pas à monter des mises en scène de «tentative d’attentas» pour justifier «l’application immédiate» de mesures drastiques déjà élaborées. 

Ce fut le cas au Royaume-Uni en 2006 pour aboutir à l’interdiction de toutes sortes de liquides dans les salles d’embarquement et à bord des avions. Depuis décembre 2009, le transport aérien est placé sous le coup d’une nouvelle psychose suite à une supposée tentative d’attentat par un nigérian sur un vol reliant Amsterdam à Detroit, aux Etats-Unis. Au point qu’un autre africain constipé a provoqué une alerte générale du FBI et de l’US Air Force parce qu’il avait trop tardé dans les toilettes d’un avion. 

La France veut aussi exiger immédiatement, comme les USA, la fourniture par une liste de pays à risques, dont l’Algérie, de nouvelles informations personnelles sur les voyageurs dès la réservation du billet d’avion (identité, moyen de paiement, adresse, téléphone, e-mail, agence de voyage). 

Si on suit la logique de ces trains de mesure, les citoyens de pays à risque ne tarderont pas tous à voyager bientôt en caleçons menottés à leurs sièges. 

L’exagération et l’absurdité de cette tension permanente est mise en exergue par un directeur de recherche du CNRS: «A chaque fois qu’il y a un accident de la route ou un fraudeur fiscal, personne n’en conclut qu’il faut modifier complètement le code de la route ou la législation fiscale. C’est pourtant ce qui se produit en matière de politique d’immigration.»

Le Pacte Européen sur l’Immigration et l’Asile prévoit la généralisation du système des visas biométriques à compter du 1er janvier 2012. Le VIS constitue une humiliation de l’UE contre les Etats listés en les considérant comme incompétents à contrôler la sécurité de leurs propres citoyens. Pourtant la délivrance d’un passeport est déjà en soi un acte de procédure policière dont sont exclus les criminels. La sortie du territoire national est également soumise à une vérification systématique sur le terminal policier de la PAF. 

La constitution de fichiers de police et la prise d’empreintes digitales sont du ressort du pouvoir régalien et judiciaire d’un Etat. Laisser d’autres Etats procéder à ces pratiques policières sur son propre sol relève d’un abandon de souveraineté nationale et d’une atteinte à la protection de la vie privée de ses ressortissants. 

Contingentement des visas 

Le visa constitue une exception pour entrer sur le territoire européen. Selon les statistiques de l’Organisation Mondiale du Tourisme, 480 millions de touristes visitent l’UE chaque année, dont seulement 10 millions sont soumis à l’obligation du visa, soit 2%. 

La France, première destination touristique mondiale avec 80 millions de visiteurs ne délivrent que 2 millions de visas par an, soit seulement 2,5% des touristes qu’elle reçoit. L’Allemagne délivre un peu moins de 2 millions de visas pour une réception de 25 millions de touristes, soit 8% des visiteurs. Depuis quelques années, les pays de l’UE limite la délivrance des visas à une politique restrictive de quotas annuels. C’est ce qui explique que la diminution du quota de visas de certains pays, comme l’Algérie, est destinée à compenser une augmentation pour d’autres pays, comme la Russie, Chine, Turquie, Maroc. 

Ce durcissement européen a dégoûté les commerçants maghrébins et africains les poussant à aller jusqu’au Moyen-Orient ou en Asie faire leurs achats. Les cadres qui veulent s’expatrier se détournent de l’Europe et optent pour l’Amérique du Nord. Mais cela a aussi provoqué une recrudescence des demandes d’asile venant de pays pourtant stables et puissants comme la Russie, Chine, Pakistan… 

On assiste aussi à une explosion des mariages mixtes pour contourner l’obstacle consulaire et obtenir plus facilement un visa en qualité de conjoint d’européen, ou carrément la double nationalité. Rien qu’en France, les mariages mixtes ont doublé depuis 1996. La hausse est particulièrement visible avec le Maghreb, +487%, ou la Turquie, +656%. 

Ankara, qui frappe aux portes de l’adhésion à l’UE, ne cesse de réclamer la suppression du visa européen. La dernière levée des restrictions à la libre circulation dans la zone Schengen, accordée le 19 décembre aux Serbes, Macédoniens et Monténégrins, a profondément irrité la Turquie: « Il est inacceptable que certains pays des Balkans qui en sont à l’étape initiale du processus d’adhésion et n’ont pas entamé leurs négociations, se voient accorder le privilège Schengen et pas la Turquie », a réagi le ministre turc des affaires étrangères. Les acteurs économiques turcs déplorent la ségrégation européenne qui permet de laisser circuler librement leurs marchandises, alors qu’eux doivent passer par le visa pour leurs voyages d’affaires. 

L’injustice est encore plus criante pour les maghrébins voisins immédiats de l’Europe confrontés aux pires tracasseries alors que la «dette coloniale» est loin d’être soldée. Le sénateur socialiste Louis Mermaz rappelle que la France a des devoirs historiques particuliers, vis-à-vis du monde de la francophonie. Il raconte cette anecdote du président Boumediene qui, recevant Valéry Giscard d’Estaing en voyage officiel en 1974, lui avait tenu ce propos: «Vous avez voulu faire la France de Dunkerque à Tamanrasset, donc comprenez que mes compatriotes veuillent circuler librement».

Les maghrébins et africains ont d’abord participé aux deux guerres mondiales avec l’Armée Coloniale d’Afrique pour libérer la France occupée. Ensuite, ils ont contribué à la reconstruction d’après-guerre par une immigration de travail célibataire et masculine qui se retrouvait seule dans les foyers et renvoyait l’essentiel de sa rémunération au pays, ne gardant quasiment rien pour vivre ni pour ses loisirs. Cette émigration aurait pu aboutir à une réussite économique, comme pour les émigrés portugais qui ont contribué à la modernisation du Portugal. Ou les émigrés espagnols qui ont participé au décollage économique de l’Espagne grâce à leurs mouvements financiers. Mais l’Europe, en persistant à soutenir les dictatures africaines et arabes, a contribué à entraver toutes les amorces de  développement économique de ces pays d’émigration. 

L’Europe vieillissante peine à assurer le renouvellement de ses générations. Ses pays perdront, dans les vingt ou trente ans à venir, des millions d’habitants et donc, des millions de bras. Selon le Word population Forum, l’Europe devrait accueillir en moyenne 800.000 immigrés légaux par an au moins jusqu’en 2050. 

En vertu de quoi, les maghrébins et africains seraient-ils écartés, au profit de pays lointains par une politique restrictive de visas, de ces gros besoins de l’immigration en Europe… Parce qu’ils sont musulmans ou noirs? Le refus de régulariser des travailleurs «sans papiers» pourtant reconnus et déclarés par leurs employeurs est en soi une réponse cinglante du cynisme européen.

Un consul général de France en Afrique a parfaitement résumé le sentiment du continent noir: «dans le contexte africain, le visa pour la France est encore perçu comme un droit moral dont chacun disposerait en raison de l’histoire… les refus sont souvent ressentis comme la violation d’un droit historique».

Le coût exorbitant de l’impôt visa Schengen 

Au 1er janvier 2007, les frais de dossiers pour l’instruction des visas Schengen sont passés de 35 à 60 euros.  Pour le Royaume-Uni ils sont de 63 livres (93 €), et pour les USA de 100 dollars (73 €). A ces frais de dossier, s’ajoutent des «frais de service» de 20€. 

Le calcul est vite fait. L’espace Schengen accorde 10 millions de visa par an, auxquels il faut ajouter 15 à 20% de visas refusés mais pour lesquels les frais ne sont pas remboursés. Soit 11,5 à 12 millions de demandeurs de visa qui paient 80€. Le montant de l’impôt visa s’élève donc à environ 1 milliard d’€/an. Cet impôt visa payé par des particuliers des pays demandeurs est versé directement au budget des Etats européens. Une partie seulement de cette manne financière est reversée au fonctionnement des consulats.

A titre d’exemple en France, «le budget du ministère des affaires étrangères ne bénéficie que de 50% du produit de la recette des frais de dossiers de demandes de visas, ce qui constitue un progrès par rapport à une période récente où les services des visas ne bénéficiaient pas d’un droit de retour automatique sur les frais de visas».

Ce montant fiduciaire n’est pourtant que la partie visible du coût exorbitant de la procédure des visas que supportent les pays demandeurs. Sans même faire un calcul économique, on imagine aisément l’énorme gâchis du temps perdu à réunir tous les documents exigés, la gymnastique financière pour se procurer des devises au marché noir et prouver ses moyens de subsistance, les frais de déplacement pour «comparaître personnellement» vers les consulats, la mobilisation solidaire autour du demandeur de visa, l’absentéisme sur les lieux de travail, etc… 

L’injustice est d’autant plus scandaleuse que les touristes européens qui se rendent par millions dans la plupart des pays afro-arabes ne sont pas soumis à cette obligation du visa. Le voyageur européen peut réserver simplement son billet et son séjour de chez lui par téléphone ou Internet et se rendre directement à l’aéroport, sans perdre une seule seconde à «demander une autorisation de voyager». C’est le cas pour aller dans des pays réceptifs comme la Turquie qui reçoit 25 millions de touristes/an, l’Egypte (10 millions), le Maroc (7 millions), la Tunisie (7 millions) qui n’imposent pas de visa aux européens. 

Ces pays fortement dépendants de l’activité touristique n’ont jamais pensé à «récupérer» d’une façon ou d’une autre auprès de ces voyageurs l’impôt-visa payé par leurs citoyens. La moindre des décences devrait inciter l’Europe à exempter des frais de visa les ressortissants de ces pays paisibles, hospitaliers et coopératifs. L’Europe richissime devrait aussi penser à restituer cet impôt visa aux Etats pauvres. 

Ces millions de touristes européens confirment bien l’effet «cocotte-minute» existant dans tous les pays du monde et ce besoin irrésistible de transhumance de tout être humain pour sortir de sa routine quotidienne, aller respirer ailleurs, se ressourcer, prendre du recul pour un nouveau départ. 

Tous les malheurs de l’émigration clandestine, les décès par noyades, les drames personnels et familiaux, les humiliations devant les consulats n’existeraient pas si les individus pouvaient circuler sans visa en toute légalité simplement avec leurs passeports, aller, revenir, repartir de leurs pays librement sans contraintes. 

6 décembre, 2011

Claude Guéant aujourd’hui à Alger

Dérapages fachos pour racoler du vote Fhaine Un facho-xénophobe-raciste

Publié par IRIS SAMY : Rise des Fachos

 dans Claude Guéant sarkozy  gueant dans Claude Guéant fillon brunel ollier 

En France, le parti de Nicolas Sarkozy tient aujourd’hui une convention baptisée « Défense nationale ». Au siège de l’UMP, des parlementaires, des industriels et des militants vont débattre des questions de défense et des moyens d’assurer la pérennité du modèle militaire français.

Le quotidien gratuit français « 20 minutes » s’est procuré les propositions qui seront débattues aujourd’hui par le parti majoritaire. Parmi elles, la demande faite aux personnes qui acquièrent la nationalité française de faire « allégeance aux armes » de la France.

Une proposition qui interpelle, le service militaire obligatoire ayant été supprimé depuis maintenant dix ans en France. Cela peut donc paraître étrange d’évaluer la volonté d’un individu d’adhérer au projet français par sa capacité à s’abandonner à la nation. Combien de Français de naissance seraient prêts, aujourd’hui, à prendre les armes pour la patrie ?

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La semaine dernière, l’avocat franco-israélien Arno Klarsfeld, qui a servi au sein de l’armée israélienne en Cisjordanie, a été nommé par Nicolas Sarkozy lui-même, président du Conseil d’administration de l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Son engagement militaire pour un autre pays n’a pas été un obstacle quand le président Sarkozy a jugé de sa capacité à servir les intérêts de la France à la tête d’un organisme d’Etat.

La France approche d’un scrutin électoral crucial, la, présidentielle de 2012, et comme le déclare le député UMP de Haute-Marne, François Cornut-Gentille, « les questions de défense doivent et vont trouver une place dans le projet politique ».

Certes, mais la question de l’ »allégeance aux armes » de la France par ceux qui souhaitent obtenir la nationalité française, se pose dans un contexte bien particulier marqué par une certaine « libération » de la parole politique de certains tabous, notamment sur les questions de sécurité et d’immigration. Une « libération » qui s’est traduite, depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy, par une multiplication des dérapages verbaux aux relents racistes, de la part de politiciens et d’élus de la nation.


DÉRAPAGES EN SÉRIE

Nicolas Sarkozy, le 26 juillet 2007. Discours à l’université de Dakar :

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. […] Le paysan africain […] ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. […] Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé. »

 



Patrick Ollier, députe des Hauts-de-Seine, le 10 novembre 2008. Interrogé par France 2 sur l’absence d’élus de couleur dans les instances républicaines :

« Les candidats de couleur n’ont pas été élus, je le répète, parce qu’ils n’avaient pas le niveau de l’élection. »

 



Brice Hortefeux, ministre du Travail, le 15 janvier 2009. A propos de la chargée de la politique de la Ville, Fadela Amara :

« C’est une compatriote. Comme ce n’est pas forcément évident, je le précise. »



Alain Destrem, conseiller UMP du 15e arrondissement de Paris, le 7 avril 2009. Invité du Grand journal de Canal+, il est interrogé sur une photographie de Ségolène Royale en boubou, au Sénégal :

« À travers cette image, je vois ma femme de ménage. »

destrem 


Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, le 5 septembre 2009.

A Seignosses, dans les Landes, lors de l’université d’été de l’UMP, en référence à l’origine arabe d’un jeune militant :

« Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »

Alfred Trassy-Paillogues, député UMP de Seine-Maritime, le 21 octobre 2009. A propos des « gens du voyage » :

Ils « nous envahissent assez régulièrement de manière brutale à 20, 30, 40 ou 50 caravanes » et « débarquent en faisant fi de toutes les règles ». « Bien sûr », ils « récupèrent l’électricité sur le réseau d’éclairage public, de l’eau sur les poteaux d’incendie ». Plus scandaleux encore, « ils bénéficient assez souvent d’aide sociale de notre pays » et « font tout cela en roulant dans des véhicules de luxe, des Porsche, des BMW, des Jaguar haut de gamme alors je trouve que c’est un petit peu fort de café ».

alfred hortefeuxvalentin 



André Valentin, maire UMP de Goussainville (Meuse), le 1er décembre 2009. Débat sur l’identité nationale à Verdun :

« Il est temps qu’on réagisse, parce qu’on va se faire bouffer ». « Par qui ? « , lui demande un journaliste. « Y’en a déjà dix millions [d’immigrés], dix millions que l’on paye à rien foutre ».

 


Nadine Morano, secrétaire d’Etat chargée de la famille, le 14 décembre 2009. A propos « du » jeune musulman lors d’un débat sur l’identité nationale dans les Vosges :

« Ce que je veux, c’est qu’il travaille, qu’il ne parle pas verlan et qu’il ne mette pas sa casquette à l’envers ».

morano 

Georges Frêche (PS), président du Conseil général du Languedoc-Roussillon, janvier 2010. A propos de Laurent Fabius, député socialiste:

« Voter pour ce mec en Haute-Normandie me poserait un problème, il a une tronche pas catholique. »

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Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat, le 9 mars 2010. A propos de la possible nomination de Malek Boutih, secrétaire national du Parti Socialiste, à la tête de la Halde (haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) :

« C’est pas le bon personnage. [...] Il vaut mieux que ce soit [quelqu’un issus du] corps français traditionnel » qui prenne la présidence de la Halde.


longuet 


François Lebel , maire du 8e arrondissement de Paris, le 30 Novembre 2010. A propos du marché de Noël des Champs-Elysées, qui perdrait selon lui de ce qu’il appelle « son côté traditionnel » :

« J’ai d’ailleurs reçu à ce sujet une lettre anonyme. C’est dommage, les gens n’ont aucun courage. On trouve même, rendez-vous compte, des sandwiches Halals, comment appelle-t-on ça, des Kebab, et une femme voilée, sur le marché de Noël des Champs-Elysées! Une femme voilée ! Comme si les musulmans en avaient quelque chose à faire de fêter Noël ! »

lebel 

Josaine Plataret, suppléante d’un candidat UMP aux cantonales (Ardèche), exclue depuis du parti. Sur sa page Facebook publique elle poste des blagues. Compilation :

- 15 Janvier : « Comment appelle-t-on un arabe dans une bassine d’eau bouillante ? Un gris bouilli ».

-Le 14 février : Une amie : - »Quelle est la différence entre un arabe écrasé par une voiture et un chien écrasé par une voiture ?  »

Josaine Plataret : - »Devant le chien, il y a des traces de freinage. »

blagueuse 

Chantal Brunel, député UMP (Seine-et-Marne), le 8 mars 2011, lors d’un point presse à l’Assemblée nationale:

« Il faut rassurer les Français sur toutes les migrations de populations qui viendraient de la Méditerranée. Après tout remettons-les dans les bateaux! »

brunel 


Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, le 17 mars 2011. Sur la radio Europe1 :

« Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux (…) de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale ».

 

Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, le 22 mai 2011. Invité du Grand Rendez-Vous Europe 1/Le Parisien:

« Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. »

Il ajoutait également que la France « n’a pas besoin de maçons, de serveurs de restaurants » issus de l’immigration, car elle dispose « de la ressource nécessaire. »

François Fillon, Premier ministre, le 15 juillet 2011. Au lendemain d’une proposition d’Eva Joly de remplacer le défilé militaire du 14 juillet par un « défilé citoyen »:

« Je réagis avec tristesse. Je pense que cette dame n’a pas une culture très ancienne des traditions françaises, des valeurs françaises, de l’histoire française. »

 

DÉCRYPTAGE

Les médias français laissent entendre que depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, la parole des politiques s’est libérée de certains tabous, notamment sur les questions de sécurité et d’immigration. Nous avons questionné Jean-Yves Camus, politologue français et spécialiste de l’extrême-droite, sur le phénomène.

Q-Réalité ou effet médiatique ?

R – « J’ai conduit en 2007 une étude pour l’Agence Européenne des droits Fondamentaux, sur la représentation des minorités dans les médias français. L’échantillon de journaux étudié concernait la période suivant immédiatement l’élection de Nicolas Sarkozy. J’avais alors constaté une situation paradoxale : d’une part la diversité de la population française devenait plus visible dans la presse, d’autre part les représentations de l’islam et des musulmans comportaient toujours une charge de méfiance, dans le climat spécifique créé par les attentats du 11 septembre 2001. 

Aujourd’hui, c’est le discours politique qui a évolué et les médias ne font que répercuter ce changement. Il faut toutefois garder en tête le fait que cette crainte de l’islam s’inscrit dans une tradition française de méfiance à l’égard des religions en général, de laïcité intransigeante en quelque sorte, qui voit un archaïsme dans toutes les affirmations cultuelles. 

Il faut également se souvenir que dans les années 70 et 80, le Figaro Magazine était plus idéologique que de nos jours, que Minute (hebdomadaire d’extrême-droite) était encore vendu à plus de cent mille exemplaires et qu’un très grand quotidien régional, le Méridional, avait à sa tête un député du Front national. En outre, l’offre de télévisions et radios était nettement plus limitée. Le refus de l’immigration et du multiculturalisme est exprimé dans des termes plus tranchés qu’avant. C’est une évolution antérieure à l’élection du président Sarkozy. Il l’a accentuée mais il ne l’a pas engagée ».

-Si c’est une réalité, comment l’expliquez-vous?

« La réalité de ce constat provient de la perte d’hégémonie culturelle de la gauche qui, pendant 20 ans, sur les questions d’identité et d’immigration, n’a pas été audible, soit qu’elle soit demeurée angélique, soit qu’elle ait été tétanisée par le poids politique du Front National (FN) : sitôt que celui-ci s’emparait d’un thème, le traiter de manière réaliste devenait synonyme de complaisance. Cette perte d’influence culturelle au profit de la droite a été accompagnée par une évolution importante au sein de celle-ci, intervenue au seuil des années 2000 : c’est alors que le gaullisme disparaît véritablement et que s’opère l’intégration au sein de l’UMP (Union pour la Majorité) des sous-familles centriste, libérale et conservatrice. 

Au sein de l’UMP, sous l’effet du poids du FN, le balancier penche actuellement à droite. C’est ce qui incite un observateur comme Jean-Louis Bourlanges (essayiste et homme politique) à penser que le centre dispose d’un espace réel ».

-S’agit-il d’une stratégie politicienne ? Si oui, peut-elle être efficace?

« Lors de la présidentielle de 2007, il s’agissait d’une stratégie assumée, qui a permis au président Sarkozy de réduire le FN à 5%. Ensuite, deux pôles de l’entourage présidentiel ont proposé deux stratégies différentes incarnées par deux conseillers de Nicolas Sarkozy : Henri Guaino mise sur une action présidentielle centrée sur les questions économiques et sociales, là où Patrick Buisson privilégie les questions identitaires et sécuritaires, dans l’esprit de la constitution d’une « grande droite » pouvant peut être inclure un jour un FN « modernisé ». 

Le même clivage prévaut à l’UMP entre républicains sociaux d’un côté (François Fillon; Roselyne Bachelot; Nathalie Kosciusko-Morizet, de filiation gaulliste) et nationaux-conservateurs. Cet exercice d’équilibre politique est périlleux pour l’UMP. Il génère des mécontentements au centre comme dans la frange la plus droitière, sans parvenir, on l’a vu aux cantonales de 2011, à éliminer un FN qui apparaît revigoré ».

-Ce phénomène est-il la conséquence d’une surenchère politique ou le reflet d’une évolution de la société?

« C’est la conséquence avant tout d’un rapport de force politique : l’UMP fait face à une Marine Le Pen qui rassemble 18% des intentions de vote en 2012, le FN dépassant les 20% dans certaines régions. C’est ensuite l’illusion qu’on peut tuer le FN en faisant de la surenchère sur ses thèmes de prédilection. 

C’est enfin une mauvaise interprétation par la droite des attentes de la société française. En effet, le rapport annuel de la commission nationale consultative des droits de l’homme fait apparaître à la fois une augmentation préoccupante du nombre d’actes racistes et un recul de l’intolérance, sauf parmi les couches de population les plus vulnérables à la crise économique et sociale. 

Tout un secteur de la droite oublie que les préoccupations économiques et sociales sont bien les principales préoccupations des Français ».

-Constate-t-on la même évolution dans les autres pays européens?

« Oui, mais il faut tenir compte également des contextes historiques nationaux. Une ancienne puissance coloniale comme la France ne réagit pas à l’immigration venue d’Afrique du nord ou d’Afrique de l’ouest comme un pays de l’ancien bloc de l’est où l’immigration est encore très faible. On discerne toutefois des constantes : l’irruption sur la scène politique d’une droite populiste xénophobe mue par la crainte de l’islamisation; une remise en cause du relativisme culturel et du multiculturalisme; une diminution importante, en Europe de l’ouest, de l’impact politique de l’antisémitisme ».

2 décembre, 2011

PÉTROLE ET RÉVOLUTIONS ARABES

 

  dans PÉTROLE ET RÉVOLUTIONS ARABES Revolution_Arabe2

A l’ombre des révolutions démocratiques arabes se déroule une autre bataille éminemment stratégique autour de la politique énergétique dans le monde. Dans ce jeu de coulisses, le Qatar montre un activisme particulier et énigmatique laissant croire la volonté et la détermination de ce pays du Golfe à occuper tous les espaces et évoluer sur tous les registres. Cette nouvelle doctrine diplomatique adoptée par le Qatar montre clairement la très grande ambition qu’il nourrit tant sur le plan politique que celui de l’économie, après avoir réussi notamment à décrocher le billet d’organisation de la Coupe de monde de football en 2022.
Après avoir organisé, les 16 et 17 novembre derniers, à Doha, une réunion au sommet des pays producteurs et exportateurs de gaz, boudée par le président iranien, l’émirat du Qatar s’apprête à accueillir le 20e Congres mondial du pétrole du 5 au 8 décembre prochain. Cette réunion importante, dont les travaux seront ouverts par le très médiatique émir du Qatar, intervient quelques jours seulement avant la tenue du sommet de l’Opep, prévu le 14 décembre prochain. Le congrès de Doha verra la participation de plusieurs délégations ministérielles de pays producteurs dont l’Algérie, qui sera représentée par le ministre de l’Energie et des Mines, Youssef Youcefi dont l’intervention est programmée pour le 7 décembre, soit la veille de la clôture de cette rencontre. Sont également conviés aux travaux de ce sommet, les premiers responsables des plus grandes sociétés pétrolières au niveau mondial, comme Exxon, Total, Repsol Statoil, qui présideront des ateliers et donneront des conférences sur les défis et enjeux du marché énergétique dans le contexte actuel marqué par des bouleversement politiques planétaires et la crise économique qui frappe de plein fouet les pays occidentaux en général et les pays de la zone euro en particulier. Durant les quatre journées que durera cette réunion, plusieurs questions stratégiques seront débattues et des pistes de travail seront peaufinées pour les soumettre à la future conférence de l’Opep, dont le secrétaire général en exercice sera présent au sommet de Doha pour donner une conférence sous le thème significatif «Le dialogue des consommateurs : l’attente et les résultats». L’intitulé de cette communication à lui seul révèle la problématique qui se pose, et marquera, sans doute, les relations entre les pays producteurs et les pays consommateurs dans la phase actuelle et l’avenir prochain. Dans les coulisses, les manœuvres et les négociations ont déjà commencé pour accompagner le changement politique dans le monde arabe par la reconfiguration des relations économiques entre ces pays et l’Occident qui vit une des crises les plus graves de son histoire récente. L’après-Kadhafi va peser lourdement dans cette nouvelle carte étant donné que la Libye est l’un des pays les plus importants en matière de richesse en or noir ; avec une réserve estimée à 39,1 milliards de barils, elle occupe le 9e rang mondial. Ce qui explique d’ailleurs la célérité avec laquelle les nouvelles autorités de ce pays tentent, avec l’aide des pays occidentaux qui ont des intérêts directs, de relancer la production en procédant à la remise en marche des raffineries touchées par la guerre contre le régime du dictateur déchu. La production de la Libye, qui était de l’ordre de 1,6 million de barils /jour, a chuté de plus de la moitié pour atteindre 700 000 barils en septembre dernier. Les observateurs et les experts dans ce domaine estiment que le retour au rythme normal de production de la Libye pourrait prendre de six à dix-huit mois. Les nouveaux responsables de ce pays, quant à eux, vont engager une course contre la montre pour essayer d’avoir les fonds nécessaires pour la reconstruction et le développement du pays. Les grandes sociétés pétrolières européennes et américaines sont sur les lieux et s’affairent à remettre sur les rails le secteur de l’énergie libyen. La bataille autour du contrôle des matières premières n’est pas totalement gagnée par ceux qui l’ont engagée. La phase actuelle est celle de la redistribution des rôles entre les différents acteurs, ce qui explique d’ailleurs l’intense activité du Qatar sur tous les fronts, profitant de son aisance financière, de la sécurité dont il bénéficie grâce à la base américaine implantée sur son territoire ainsi que la stabilité interne qui le caractérise ces derniers années. L’émirat du Qatar essayent de doubler l’Arabie saoudite pour jouer un rôle prépondérant dans la nouvelle configuration que les grandes puissances, et à leur tête les Etats-Unis, tâchent de mettre en place pour faire face aux dangers que constitue l’Iran sans oublier l’avancée de la Chine qui grignote et occupe chaque jour des espaces qui leur sont traditionnellement acquis. Sur le plan énergétique, bataille la plus stratégique aux yeux des Occidentaux, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord restent des terrains d’influence où se joue cette guerre qui ne dit pas son nom. La situation actuelle n’offre pas une grille de lecture complète sur la nature des rapports de force et l’avenir et le cap de la bataille de l’énergie que se livrent les puissances économiques pour le contrôle des matières premières comme instrument de production, de contrôle et de redéfinition des relations internationales sur le plan économique mais aussi celui politique et stratégique. Il faudrait attendre la fin ou le parachèvement du processus pour comprendre et saisir convenablement les objectifs et les enjeux de ce bouleversement que vivent les pays arabes actuellement. Processus qui n’est pas totalement différent de ce que le bloc de l’Est, les pays communistes, avait vécu au lendemain de la chute du mur de Berlin en octobre 1989. C’est peut-être l’histoire qui se répète dans des régions différentes mais pour les mêmes objectifs