Libye:Le bourbier français, la diplomatie algérienne et le malaise du CNT libyen

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Le temps a fini par avoir le dessus sur les ambitions électoralistes et de leadership du président français Nicolas Sarkozy, dans sa course aussi «précipitée» que «pas très claire» à la guerre en Libye. Sarkozy était-il trop ambitieux ou trop confiant quant à l’issue de cette guerre ?

Le conflit qui devait durer quelques jours, quelques semaines tout au plus est malheureusement toujours là, faisant, quotidiennement, son lot de victimes parmi les civils, dont ceux tués dans des bombardements. Alain Juppé avait annoncé, rappelle-t-on, que le conflit ne va durer «sûrement pas des mois».

Les services de renseignements français assuraient que, dès les premières frappes, des milliers de soldats de Kadhafi feraient défection. Ils prédisaient aussi que les rebelles avanceraient rapidement jusqu’à Syrte, la ville natale du Guide, et que tout cela le contraindrait à partir très vite. Mais rien ne s’est passé comme prévu, a-t-il été rappelé.

Quand l’euro est plus précieux que la vie humaine
Rien de tout ça. Les contre-vérités sont aussi nombreuses qu’inquiétantes. La dernière sortie médiatique du ministre français de la Défense annonce que son pays va mettre fin à ses opérations en Libye dans le cadre de l’Otan.

Ceci après quatre mois de conflit et de milliers de frappes aériennes qui ont fait de nombreuses victimes. Sursaut de conscience ? Le ministre français n’évoque pas les morts et autres victimes pour «justifier» le retrait français des opérations militaires de l’Otan en Libye, mais cite des chiffres relatifs aux dépenses financières pour les frappes aériennes, révélant que l’intervention française a coûté 170 millions d’euros en munitions et 27 millions en salaires. Tout est donc question d’argent.

Ce qui rejoint, malgré les déclarations de Sarkozy et ses amis dans cette guerre, les propos tenus par Seif El Islam Kadhafi, fils du «leader» libyen », dans un entretien accordé au quotidien algérien «El Khabar» et publié dans l’édition d’hier. «Nous faisons face à une guerre libyo-française dont les origines sont les avions «Rafales» et la centrale nucléaire »,

selon Seif El Islam Kadhafi. Autrement dit, et selon lui, la France qui a été un partisan farouche d’une intervention militaire en Libye pour «protéger des civils » a mené cette guerre pour exercer la pression sur le régime de Kadhafi et l’obliger à signer des contrats juteux ou le faire remplacer par un autre régime favorable à sa cause économique.

C’est ainsi que Seif El Islam a révélé que «Paris a menacé de mettre fin à son soutien au groupe de Benghazi quand il a su qu’il nous a rencontrés en Egypte», allusion faite à une rencontre entre le pouvoir en place en Libye et le CNT libyen, «représentation politique des insurgés».  Plus grave, Seif El Islam a révélé que Tripoli a dépêché un représentant qui a rencontré Nicolas Sarkozy qui, lance-t-il, l’a informé que les «négociations» devraient avoir lieu avec Paris et non pas avec Benghazi.

Le CNT libyen réagira-t-il ou confirmera-t-il la machination par le silence ?
Le fils du leader libyen a révélé par ailleurs que des éléments des forces spéciales françaises se trouvent sur le sol libyen pour diriger les avions français, ainsi qu’a annoncé  l’existence d’un plan britannique pour diviser la Libye, «l’ouest et le sud pour la France et l’est pour l’Angleterre, qui obtiendrait l’installation d’une base militaire aérienne».

«Si la France veut vendre des avions « Rafales», s’ils veulent signer des contrats de pétrole, s’ils veulent le retour de leurs sociétés, ils doivent s’entretenir avec le gouvernement légitime en Libye et avec le peuple libyen de façon pacifique et officielle», a expliqué Seif El Islam  à «El Khabar». Dans un entretien accordé précédemment à une chaine de télévision russe, il avait abondé dans le même sens, demandant à la France «de s’entretenir avec le gouvernement légitime et le peuple libyens pour obtenir des contrats de façon légale».

Le chef de l’Etat français aurait même, à en croire le fils du guide,  annoncé que «c’est l’argent de la France qui a crée le CNT» libyen et, donc, qu’il est en mesure de le stopper «si des contrats sont signés avec Paris». Le CNT réagira-t-il ou confirmera-t-il la machination par le silence ?

Guerre des renseignements
Le conflit armé en Libye et les frappes aériennes de l’Otan qui ont malheureusement fait de nombreux morts est aussi une guerre de renseignements ayant pour théâtre Benghazi, où sont concoctées des manipulations de toutes sortes, dont celle consistant à accuser l’Algérie de soutenir le régime de  Kadhafi en transportant mercenaires, armes et matériels militaires.

Accusations qui ont révélé leur caractère absurde et manipulateur, même si certains membres du CNT libyen continue à exprimer des  reproches dans une tentative d’imposer à l’Algérie la reconnaissance officielle et l’obliger à abandonner son principe de non-ingérence dans les affaires d’un autre pays. «L’Algérie n’est pas un peuple de mercenaires», a lancé Seif El Islam.

A peu de temps du premier vote parlementaire sur la guerre en Libye, plusieurs responsables français (officiers supérieurs, diplomates et hommes politiques) racontent l’histoire secrète de cette opération, les bévues des services de renseignements et les déchirements au sein de l’Alliance atlantique. Une guerre dans laquelle l’Algérie et ses services secrets ont prouvé une sagesse à toute épreuve en refusant de s’ingérer dans les affaires d’un pays et l’intervention militaire étrangère en Libye.

«Si vous voulez régler le problème libyen, écoutez l’Algérie»
Il y a quelques semaines, un universitaire russe avait lancé cette phrase qui a toute sa signification aujourd’hui, en disant que «si vous voulez régler le problème en Libye, écoutez l’Algérie». Quant à lui, Seif El Islam a, dans l’entretien accordé à «El Khabar», annoncé que «la médiation de l’Algérie est la bienvenue».  L’Algérie a su, dans cette affaire rester intacte et constitue, avec l’initiative de l’Union africaine (UA), l’une des solutions pour le conflit en Libye.

Le terrorisme, seul grand gagnant dans le conflit.

Le seul grand gagnant dans le conflit reste le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC ou « AQMI »), qui, des mois durant, récupérait armes, munitions et explosifs volés de casernes militaires libyennes. L’organisation terroriste qui disposerait d’appuis parmi les «insurgés» en Libye a pu reprendre du souffle après avoir été sérieusement malmenée par l’ANP et les forces de sécurité algériennes.

De hauts responsables de pays participant aux frappes aériennes en Libye le reconnaissent. Une fois le conflit armé et les forces de l’Otan rentrées chez elles, les pays de la région affronteront, eux, l’organisation terroriste d’Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossab Abdelouadoud, mieux armée, loin des soucis éléctoralistes de Nicolas Sarkozy.

Publié Par Nado -

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