Archive pour juillet, 2011

25 juillet, 2011

Lundi 25 juillet 2011 1 25 /07 /Juil /2011 13:17

Algérie:Tant qu’il y a du pétrole !

http://observatoiredessubventions.com/wp-content/uploads/petrole.jpgCes chiffres du Cnis nous font spontanément penser au ministre de l’Agriculture qui passe le plus clair de son temps vouloir faire avaler aux Algériens l’idée qu’à la faveur de sa politique et de celle de son prédécesseur, l’Algérie serait sur la voie de l’autosuffisance.

Peut-on dire que la très controversée loi de finances complémentaire de juillet 2009, à travers laquelle le gouvernement entendait fermement donner un coup de frein aux importations, aura déjà vécu ? En tout cas, la question est à poser au vu des chiffres publiés, hier, par la douane concernant les produits alimentaires importés pour le premier semestre de l’année 2011. Ils sont tout simplement sidérants.
On y apprend ainsi que les importations, tous produits confondus, ont enregistré un rebond spectaculaire de l’ordre de 59%. C’est plus de la moitié ; c’est énorme ! En tête de ces chiffres, arrivent les céréales dont l’importation a quasiment doublé, soit une hausse de 99,61% correspondant à 2,04 milliards de dollars. Les laits et dérivés ont, également, explosé avec près de 93% d’augmentation. Ces chiffres du Cnis nous font spontanément penser au ministre de l’Agriculture qui passe le plus clair de son temps à vouloir faire avaler aux Algériens l’idée qu’à la faveur de sa politique et de celle de son prédécesseur, l’Algérie serait sur la voie de l’autosuffisance.
On se rappelle encore de ce charivari médiatique orchestré l’année dernière autour de l’exportation de quelques misérables quintaux de blé. Comme si l’Algérie, par on ne sait quelle opération du Saint-Esprit, avait retrouvé sa vocation de “grenier de Rome”. Mais par-delà l’anecdote, c’est de voir dans les statistiques de la douane les indicateurs de la réalité de l’économie algérienne qui, à défaut de production de biens de consommation, voit ses responsables, à tous les échelons, produire du discours pour tenter de maquiller une faillite structurelle qui fait le miel des gros bras de l’import-import.
Grâce à Dieu, il y a du pétrole qui permet de financer les importations pour remplir les tubes digestifs que nous sommes. Multiplions les prières pour que les prix ne baissent pas sur le marché. Amen ! Tant qu’il y aura du pétrole !

poste par IRIS SAMY

25 juillet, 2011

Les documents Takieddine. Les négociations secrètes de l’Elysée pour blanchir le bras droit de Kadhafi
Le marchand d’armes Ziad Takieddine, principal suspect dans le volet financier de l’affaire Karachi, a été l’émissaire secret de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant en Libye, de 2005 jusqu’en 2009, à une époque où, loin de la fureur de la guerre, l’heure était à la lune de miel avec le dictateur libyen. Dans l’ombre, c’est Ziad Takieddine qui a transmis les conditions posées par Mouhamar Kadhafi, négocié plusieurs contrats d’armement et de pétrole, tout en posant, en 2007, les bases de la libération des infirmières bulgares et de la très controversée visite du leader libyen en France.

Surtout, selon des documents recueillis par Mediapart, l’équipe de Nicolas Sarkozy a tout fait, par l’intermédiaire du même Takieddine, pour répondre favorablement à l’une des premières exigences du régime: sauver la mise judiciaire d’Abdallah Senoussi, patron des services spéciaux libyens et beau-frère de Kadhafi, condamné le 10 mars 1999 à une peine de perpétuité en France dans l’affaire de l’attentat contre le DC10 d’UTA et visé depuis lors par un mandat d’arrêt international.

 

A.Senoussi A.Senoussi© (dr.) Une note «confidentielle» de Ziad Takieddine fait même état d’une réunion le 16 mai 2009 avec Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, durant laquelle a été évoqué le fait de «demander au procureur général de mettre le mandat d’arrêt “de côté”».

 

Depuis le début, ces démarches sont restées ultra-secrètes. Soumises à Claude Guéant, elles ont donné lieu à des consultations de Me Thierry Herzog, l’avocat personnel de Nicolas Sarkozy. L’enjeu était crucial: Abdallah Senoussi allait être l’homme clé des négociations de la libération des infirmières bulgares, premier «succès» diplomatique de la présidence Sarkozy.

 

Questionné au sujet de Senoussi, en décembre 2007, par la commission d’enquête parlementaire sur la libération des infirmières, Claude Guéant avait commenté, pince-sans-rire: « Pour tout vous dire, nous n’avons pas demandé à M. Kadhafi que son beau-frère vienne se constituer prisonnier…» Sous serment, le secrétaire général de l’Elysée a en réalité caché le rôle de M. Senoussi dans le processus de rapprochement entre la France et la Libye.

 

Et pour cause: Abdallah Senoussi, marié à la sœur de la seconde épouse de Kadhafi, est connu en Libye pour être l’exécutant des desseins criminels du dictateur auquel la France fait aujourd’hui la guerre. Il n’existe que très peu de photos de lui. Sa date de naissance varie selon les documents: 1949, 1951, 1952…

 

Outre l’attentat du DC10 d’UTA, qui a coûté à la vie à 170 personnes, Abdallah Senoussi est tenu pour responsable du massacre de 1.200 détenus de la prison d’Abo Sleem, en 1996, de la mort de treize manifestants anti-Kadhafi, à Benghazi, le 17 février 2006, et de la sanglante répression des insurgés de Benghazi l’hiver dernier.

 

Cette répression vaut aujourd’hui à Abdallah Senoussi, tout comme Mouhamar Kadhafi et son fils Saïf al-Islam, une inculpation et un mandat d’arrêt émis par la cour pénale internationale pour «meurtre et crimes contre l’humanité». Devenu l’une des incarnations des raisons pour lesquelles la France a engagé un conflit armé avec la Libye, Abdallah Senoussi n’a pourtant pas toujours été infréquentable aux yeux du clan Sarkozy.

Après plusieurs semaines d’enquête, Mediapart continue la publication d’une série d’articles consacrés à l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine. Nous avons eu pour cela accès à un nombre important de documents inédits, en particulier à plusieurs dizaines de photographies et rapports ou notes. Nous avons retenu et choisi de publier uniquement les documents qui ont un intérêt public, permettant de développer une information à caractère général.

 

Tout ce qui pourrait éventuellement relever de la vie privée a été écarté. Nous avons ainsi choisi de masquer les visages des personnes qui apparaissent sur les photographies mais ne sont pas en prise directe sur les affaires publiques évoquées (par exemple les épouses ou les proches ou les membres de la famille des personnalités publiques évoquées).

 

Connu pour être le principal suspect du volet financier de l’affaire Karachi, Ziad Takieddine apparaît aujourd’hui, grâce aux documents que nous avons pu recueillir, comme le fil conducteur de la part d’ombre d’un clan: celui du chef de l’État.

 

Ce cinquième volet ouvre la séquence libyenne de notre série-enquête avec les négociations secrètes menées par le clan Sarkozy pour trouver une issue judiciaire au bras droit de Kadhafi, cerveau de l’attentat contre le DC10 d’UTA.

Le rôle de Me Herzog

C’est en 2005 que Ziad Takieddine s’installe comme le représentant officieux du ministre français de l’intérieur lors de ses déplacements en Libye. Il avait déjà joué ce rôle en 2003 avec l’Arabie saoudite. Takieddine remet à Claude Guéant des comptes-rendus de ses voyages et prépare la première visite de Nicolas Sarkozy à Tripoli, le 6 octobre 2005.

Ziad Takieddine Ziad Takieddine Selon ses notes personnelles, l’homme d’affaires commence même à préparer le terrain deux mois avant le retour de Nicolas Sarkozy à l’intérieur. Ainsi, en avril 2005, il rencontre Abdallah Senoussi, son fils Mohamad, ainsi que Saïf al-Islam Kadhafi, à Tripoli.

 

Dans un compte-rendu de cette visite, M. Takieddine note au sujet de l’attentat du DC10-UTA: «Affaire personnelle de AS (Abdallah Senoussi, ndlr) avec la France, et voir comment régler ce contentieux ». Il évoque une «promesse» faite en ce sens par Jacques Chirac à Kadhafi, lors de sa visite officielle de 2004. M. Takieddine obtient la «confirmation par AS» de son  «rôle de conseiller spécial auprès des autorités libyennes».

 

En réalité, le marchand d’armes apparaît tout autant comme le conseiller spécial des Français. Pour preuve, une note du 22 septembre 2005, intitulée «visite de CG», met en scène dans ses moindres détails la venue de Claude Guéant à Tripoli:

 

– «Lettre (copie) + fax à envoyer au Ministre de l’Intérieur concernant la visite de CG. (Arrivée et départ)».

 

«Livres de NS + signature à emmener avec lui pour le Leader».

 

«Cadeaux livres de valeur : histoire /  Révolution Française etc…»

 

«Le CV de NS et BH à remettre pour avis avant de les remettre au Leader».

 

Les rendez-vous prévus sont cadrés de bout en bout par le marchand d’armes : «Tête à tête avec le Leader» ; «Avec le Ministre de l’Intérieur: jusqu’où ?» ; «Dîner avec le N° 2 (patron de la Sécurité et de la Défense) et le Ministre Libyen de l’intérieur – sans l’ambassadeur ? et ZT.»

 

M. Takieddine prévoit d’aborder avec le n°2 «tous les dérivés du domaine de la sécurité, défense et surtout protection des frontières effectué par le pôle de sécurité française dirigé par SAGEM» et la question du «refit» la modernisation   des Mirages et des avions de chasse Sukhoï libyens.

 

Après la visite de Guéant, fin septembre, et celle de Nicolas Sarkozy, début octobre 2005, M. Takieddine adresse une note «à mon frère Abdallah Senoussi», traduite de l’arabe par Mediapart. C’est d’abord pour transmettre les remerciements de Nicolas Sarkozy au «Leader», pour «la chaleur de sa réception». «Le ministre souhaite vous informer que la nouvelle relation personnelle avec vous doit être basée sur une totale transparence», écrit M. Takieddine.

 

Pure coïncidence: Me Thierry Herzog, ami personnel du ministre de l’intérieur et futur avocat du président de la République, est contacté par un cabinet d’avocat libyen pour analyser les possibilités de recours d’Abdallah Senoussi dans l’affaire du DC 10 d’UTA. Lors d’une rencontre le 26 novembre 2005, Me Azza Maghur demande à Thierry Herzog de quelle façon la modification des règles de la contumace par la loi Perben 2 en 2004 pourrait modifier la donne pour les six condamnés libyens de 1999. Dont Senoussi.

 

La possibilité d’un déplacement de Me Herzog à Tripoli et sa prise en charge par le régime libyen est également évoquée dans une lettre de l’avocate Azza Maghur (ci-dessous).

Mettre le mandat d’arrêt «de côté»

Un compte-rendu «sur la situation d’Abdallah Senoussi», daté du 25 juin 2008, rappelle sa condamnation par contumace par la cour d’assises et signale que «l’objectif est de faire casser cette décision sans qu’il ait à revenir personnellement en France».

Selon cette note, «deux motifs de cassation existent: le premier est que l’arrêt de la cour d’assises n’a pas été notifié à Abdalllah Senoussi, le deuxième est que cette décision n’a pas non plus été notifiée au Parquet, ce qui est la règle lorsque l’adresse du condamné est inconnue».

 

Z.Takieddine Z.Takieddine© Mediapart La note précise que la jurisprudence permettrait de faire un recours par l’intermédiaire d’un mandataire et qu’un avocat a été saisi du dossier. Il s’agit de Me Philippe Dehapiot.

L’avocat, contacté par Mediapart, assure qu’il a été saisi de cette affaire «par une personne physique privée» dont il ne peut pas dévoiler l’identité. « La personne n’a pas donné de suite, assure l’avocat. Il y avait des possibilités juridiques pour contester la contumace. On pouvait soutenir que M. Senoussi avait été tenu dans l’ignorance de la décision qui l’avait renvoyé aux assises. L’arrêt de renvoi avait été signifié au parquet et non pas à sa personne. Cela pouvait renvoyer le dossier à l’instruction.»

 

Selon une autre «note confidentielle» de Ziad Takieddine livrant cette fois-ci le compte-rendu d’une «réunion CG», avec Claude Guéant, samedi 16 mai 2009, les soutiens de Senoussi, forts de l’analyse juridique qu’ils ont recueillie, cherchent activement les traces de notification de l’arrêt de renvoi aux assises à un parquet étranger, en se prévalant des «conclusions de Thierry Herzog».

 

La démarche, efficace et rapide, «après l’accord de CG», consiste à  «demander au procureur général de mettre le mandat d’arrêt de côté, vu l’état de santé de Senousssi, et la nécessité de se faire soigner d’urgence en France».

 

 

21 juillet, 2011

Jeudi 21 juillet 2011 4 21 /07 /Juil /2011 10:05

Avenir sombre pour la Libye : la responsabilité de BHL « le tintin des démocrates »

 dans Bernard Henry Lévy arton14210-10291

Chems Eddine CHITOUR

BHL : « Mes amis de l’OTAN vous offrent ceci. Vous enfournez une dictature par là et de l’autre côté sortira une démocratie. »


« On ne s’impose qu’en s’opposant »


Il est des feuilletons dont on connaît à l’avance l’issue, il en est d’autres qui nous tiennent en haleine. En l’occurrence, le feuilleton libyen a battu tous les records par son imprévisibilité. Voilà un potentat qu’on croyait facilement indéboulonnable après 41 ans de règne sans partage et qui fait contre toute attente de la résistance avec son fameux cri de résistance (zenga zenga, dar dar) ; (Rue par rue, maison par maison) , qui arrive encore à mobiliser plus d’un million de personnes pour aller bouter les insurgés de Benghazi. Pour l’histoire, la résolution 1973 -votée avec la félonie de la Ligue arabe de Amr Moussa qui voulait être dans les bons papiers de l’Occident attendant un retour d’ascenseur pour une éventuelle succession du pharaon aux pieds d’argile qu’était Moubarek – était censée protéger les civils qui sont morts par centaines !!!

 

Comment a commencé la croisade avec BHL « le tintin chez les diplomates » ?

Christopher Caldwell, rédacteur en chef du Weekly Standard, n’est pas tendre avec Bernard-Henry Levy qui s’avère être l’âme du complot contre la Libye. Nous l’écoutons : « Le philosophe BHL a beaucoup pesé pour que Paris s’engage contre Kadhafi. De grands principes et un opportunisme teinté d’amateurisme qui pourrait faire des dégâts. L’Occident espère désormais, que Lévy ne s’est pas trompé sur la Libye. C’est en effet grâce à lui – ou à cause de lui – que l’Otan est intervenue. Fin février, Lévy a pris un avion pour se rendre à la frontière entre l’Egypte et la Libye, où il est entré en contact avec le Conseil national de transition (CNT) , un groupe d’insurgés de Benghazi. (..) Il a alors téléphoné à Nicolas Sarkozy (son ami depuis trente ans) pour l’engager à soutenir les rebelles par des frappes aériennes. Le philosophe a ensuite organisé à Paris une rencontre entre les rebelles et Nicolas Sarkozy, le 10 mars, et Hillary Clinton a rencontré leur dirigeant officiel, Mahmoud Jibril, quelques jours plus tard dans la capitale française. Le 17 mars, dix membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont voté la résolution 1973, et l’aviation française est entrée en action pour empêcher les chars de Kadhafi d’entrer dans Benghazi ». (1)

« Plus le temps passe, moins ces initiatives semblent judicieuses. (…) L’avenir de Sarkozy dépend désormais de cette question : est-ce Bernard-Henri Lévy ou bien BHL qui l’a poussé à agir ? Lancer un pays dans la guerre après avoir consulté un philosophe d’une haute autorité morale est une chose ; mais le faire sous la pression d’un ami très riche et très influent en est une autre. (…) Il est vrai que l’humanitarisme militarisé de Lévy, contrairement à celui de Bush, suppose l’obsolescence de l’Etat-nation. D’après Lévy, que la Ligue arabe demande de l’aide à l’ONU pour renverser Kadhafi est un fait historique d’une importance capitale. Pourtant, son engagement au nom de la communauté internationale reste flou. (…) La France a beau dire qu’elle occupe une place privilégiée en Afrique du Nord, les soulèvements démocratiques dans la région ont été autant d’humiliations pour elle. Lévy a surtout joué un grand rôle dans la manière dont la France s’est engagée dans la guerre. (…) La France a ensuite rapidement reconnu le CNT comme seul gouvernement légitime de la Libye, suivie par l’Italie et le Qatar. Ce n’était apparemment pas une sage décision. (…) Voilà un homme riche qui assure au reste du monde que la Libye compte d’innombrables démocrates, mais qui agit ensuite en secret pour s’assurer que le contrôle des milliards du pétrole libyen revienne bien à la poignée de démocrates qu’il connaît personnellement. C’est hélas, le genre de démocratie qui fait le lit des dictateurs ». (1)

Le trophée de l’Otan

Au fil des mois, l’Otan s’est illustré surtout dans la morts des civils en toute impunité, notamment les équipages français qui ont tiré les premiers pour avoir la priorité des contrats pétroliers auprès du CNT ont fait une dizaine de morts parmi les civils en juin. L’Otan promet une enquête, on est rassuré…Par ailleurs, on apprend que le « Center for Research on Globalisation », (CRG) , a révélé l’usage, par l’Otan, d’uranium appauvri, en Libye. Mahdi Darius Nazemroaya, chercheur associé au centre, a dit, lors d’un entretien avec Press TV, que l’Otan a commis des crimes de guerre, en ayant recours à l’uranium appauvri. Nazemroaya, qui se trouve à Tripoli, affirme que les chasseurs-bombardiers de l’Alliance bombardent et détruisent les hôpitaux, les maisons et les hôtels.

Selon toute vraisemblance, écrit Nabila Ramdani, c’est un missile français qui aurait par accident tué neuf civils libyens, dont deux enfants, le 19 juin à Tripoli. (…) Il y a à peine plus de trois mois, Nicolas Sarkozy conviait la presse mondiale à l’Elysée pour annoncer le début de son offensive aérienne contre la Libye. Entrant fièrement par une double porte dans un des salons grandioses de l’Elysée, le président français avait déclaré aux journalistes, avec un rictus déterminé, qu’en « ce moment-même » (voix forte, torse bombé et menton levé) , les as français pulvérisaient les chars et les soldats de Kadhafi sur une vague route perdue à l’ouest de Benghazi. Peut-être les Rafale qui s’acquittaient de la tâche étaient ceux-là mêmes que Sarkozy avait tenté de vendre à Kadhafi lors de sa visite d’Etat à Paris, seulement quatre ans plus tôt, mais qu’importe : l’heure était à la célébration d’une initiative martiale bleu-blanc-rouge, non au souvenir d’échecs commerciaux. A écouter Sarkozy, on aurait pu croire qu’il parlait du général Philippe Leclerc et de sa 2e DB, fer de lance de la libération de Paris en 1944. (…) Aujourd’hui, cette même presse hexagonale se fait étrangement silencieuse alors que, selon toute hypothèse, ce serait un missile français qui aurait frappé un pâté de maisons à Tripoli, tuant au moins 9 civils, dont de jeunes enfants, et en blessant des dizaines d’autres. (2)

C’est dire que l’Otan veut sauver des civils en tuant d’autres !!!. En toute impunité, car nous n’avons pas vu une résolution contre l’Otan. Pour l’histoire, cette résolution arrachée par la France et l’Angleterre s’est faite en menaçant la Chine par Arabie Saoudite interposée d’un tarissement du ravitaillement en pétrole et en promettant à la Russie la vente des bateaux de guerre.

Comment expliquer que Kadhafi tienne encore ? « Dans la plupart des pays arabes, écrit Franklin Lamb, le vendredi est un jour de colère contre le gouvernement en place, mais en Libye les prières du vendredi sont suivies par des manifestations massives pro-Kadhafi auxquelles ont participé il y a deux semaines près de 65% de la population de Tripoli. (…) Depuis le début des opérations de l’Otan (le 31 mars 2011) , l’alliance a effectué 15.000 sorties, dont près de 6000 opérations de bombardement – selon les chiffres officiels du bureau de Naples de l’Otan. Les chiffres annoncés pour la journée du 9 juillet sont de 112 sorties et 48 bombardements ou attaques par missiles, ce qui correspond à la moyenne. (…) Les dirigeants russes et chinois sont de plus de plus critiques des actions de l’Otan et exigent à présent un cessez-le-feu immédiat et définitif. (…) » (3)

« Des sources de l’Otan, diplomatiques et du Congrès (US) confirment que l’administration Obama s’est lourdement trompée en pensant que le régime libyen s’effondrerait « en quelques semaines sinon en quelques jours », comme l’avait affirmé Obama au peuple américain qui devra mettre la main à la poche à la hauteur de 5 milliards [chiffre corrigé 16/7 – NdR] de dollars au 31 juillet pour couvrir les coûts de l’opération. L’erreur de calcul d’Obama pourrait lui coûter la présidence, si ce n’est pas la situation économique. (…) Le dimanche 10 juillet, la France semblait se ranger aux côtés des Russes et des Chinois en appelant à l’arrêt immédiat des bombardements inutiles et contre-productifs, alors que de plus en plus de pays connaissent des manifestations contre les actions de l’Otan en Libye. Le ministre de la Défense français, Gérard Longuet a déclaré à Paris qu’il était temps pour les loyalistes à Kadhafi, dont la France reconnaît que leur nombre est en croissance rapide, et les rebelles libyens de « s’asseoir à une table pour trouver un compromis » parce que, a-t-il dit, « il n’y avait pas de solution par le recours à la force ». Le ministre français de la Défense s’était à peine exprimé, en accord avec l’opinion des militaires britanniques et italiens, que le département d’Etat des Etats-Unis publiait une déclaration confirmant que « les Etats-Unis poursuivront leurs efforts en tant que membres de l’Otan pour faire respecter la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU destinée à protéger les civils libyens de toute attaque ». (3)

Amar Djerrad abonde dans le même sens et analyse le rôle des médias aux ordres et qui ont joué les boutefeux, en vain. Khadafi est toujours aussi populaire. « Quelle déchéance ont atteint la plupart des médias occidentaux et leurs alliés arabes comme surtout Al Jazeera de l’émir du Qatar, Alarabia la Saoudienne – que singent idiotement certains autres médias arabes – lorsqu’ils débitent en continu des infos ridicules qui frisent la débilité ! Après 4 mois d’intenses matraquages médiatiques, elles ont épuisé tous les sujets de mensonges. (…) Les articles, images, reportages et témoins « oculaires » de ces chaînes se sont avérés, avec le temps, qu’un tissu de mensonges, y compris les accusations de « bombardements de civils par Kadhafi » qui avaient « justifié » l’agression, comme l’affirment des journalistes, analystes et observateurs sur les lieux. (…) La réalité est que l’Otan avec ses « révolutionnaires » de pacotille – composés de voyous, de truands, de prisonniers libérés de Benghazi et de Guantanamo, d’islamistes graciés, d’éléments de l’Aqmi, de jeunes désoeuvrés et de sots, de félons de dissidence récente, de renégats, d’opposants inconnus de dernière minute- montre des signes d’échec, voire de déroute face à un petit pays (qui n’a jamais agressé quiconque) de 7 millions d’habitants qui vivaient correctement, mieux que beaucoup de pays européens, y compris la France. (…) Faire croire que Kadhafi est trahi de tous côtés ou qu’il n’a plus de « légitimité populaire » est de la désinformation de bas niveau ». (4)

« De plus, il est difficile de faire admettre que toute la population s’était liguée contre lui et du même souffle expliquer pourquoi des centaines de milliers lui manifestent leur soutien, pourquoi il ne craint pas d’armer la population, pourquoi il se permet des tours – en cortège et en voiture découverte – dans les rues et ruelles de la capitale sous les applaudissements de milliers de citoyens dont beaucoup sont armés, pourquoi les habitants de plusieurs agglomérations ont violemment répondu par les armes aux rebelles qui avaient tenté de conquérir leur localité, pourquoi Benghazi et récemment Tobrouk, mais aussi Derna – du tueur « Gambo » que soutient l’Otan – se révoltent. (…) Cette aventure en Libye a mis à l’épreuve les règles internationales de l’ONU qui s’avèrent n’être érigées que pour mettre au pas, par la menace ou la force, les pays qui n’entrent pas dans le giron occidental – c’est-à-dire dans les fondements euro-atlantistes et mondialistes en les obligeant à adopter leurs principes politico-philosophiques – et non pour plus de justice dans le monde après l’effroi de la Seconde Guerre mondiale. (…) L’avenir proche nous le dira. (4)

L’impasse occidentale en Libye

« Pour le capitaine Martin, la guerre en Libye est en train de devenir un problème. Ce n’est pas la guerre-éclair que beaucoup attendaient. A presque quatre mois du début du soulèvement de la « coalition des volontaires », la situation sur le champ de bataille ne connaît pas de changements notables. Bien au contraire, les pays qui promouvaient l’intervention et les résolutions de l’ONU qui lui font lieu de paravent connaissent une agitation symptomatique. En France, l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine nationale, a exprimé le 10 juin devant l’AJD (Association des journalistes de défense) de sérieuses préoccupations sur l’effet des opérations libyennes sur les ressources techniques et humaines de la marine de guerre. En Italie, le ministre de l’Intérieur Roberto Maroni a invité son gouvernement à « ne plus gaspiller de l’argent en jetant des bombes ». En Grande-Bretagne, l’armée de Sa Majesté entrevoit la possibilité de ne pas poursuivre trop longtemps la mission à cause des coupes sombres faites à la défense. Les États-Unis ne sont pas en reste et le conflit libyen y provoque une certaine agitation. Le président américain a été accusé par le Congrès d’avoir violé la loi parce qu’avant de donner le top à l’intervention en République libyenne, il aurait dû avoir l’approbation du Parlement (loi sur les pouvoirs de guerre de 1973) . Pour le moment, les opérations militaires en Libye ont coûté aux Etats-Unis la bagatelle de 716 millions de dollars, et devraient atteindre le somme d’1,1 milliard de dollars fin septembre, La France n’aurait quant à elle, déboursé que 160 millions d’euros. (5)

Kadhafi reste… « dans une pièce à côté »

L’heure n’est donc plus au départ de Kadhafi qui renaît peu à peu de ses cendres, mais au dialogue pour un éventuel partage des richesses pétrolières de la Libye, au grand dam du Conseil national de transition, (branche politique de la rébellion) sacrifié sur l’autel des intérêts en plein désert. (…) La détermination de l’adversaire à aller jusqu’au bout est une donnée qu’il ne faut jamais négliger quand on veut prendre de force au nom d’une démocratie dont on n’a que faire, les richesses des autres. S’asseoir donc à la même table que celui contre qui la CPI a lancé un mandat d’arrêt international, pour finir par faire ce qu’on ne voulait pas envisager. (6)

Pour le quotidien conservateur italien, l’aventure libyenne du président français est un échec patent. Même si le Parlement a choisi de reconduire les opérations menées contre le régime Kadhafi, la façon dont elle a été menée n’a pas permis d’atteindre l’objectif fixé. « Kadhafi peut rester, dans une autre pièce de son palais, avec un autre titre. » L’auteur de cette déclaration – aussi surprenant que cela puisse paraître – Gérard Longuet, le ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy. (…) Ainsi conclut le ministre français : « Nous avons demandé aux deux camps de se parler, parce que, selon nous, le moment est arrivé de s’asseoir autour d’une table. » (7)

Il ne faut pas pour autant croire que l’Occident a renoncé à la force en négociant. Les frappes sont toujours là et un forcing est fait pour que le CNT arrive à s’emparer de Tripoli avant le début du Ramadhan qui risque d’être problématique pour la coalition : faire la guerre pendant le Ramadhan est difficilement gérable auprès des opinions publiques. De plus, la réunion d’Istanbul du 14 juillet n’apportera pas la sérénité au peuple libyen , une fois de plus la position modérée de l’Union africaine –C’est un problème libyo-libyen, qui doit être réglé par les Libyens eux même, après un cessez le feu- est marginalisée. Le CNT a arraché une reconnaissance des participants occidentaux , notamment des Etats-Unis. Ce qui est sûr c’est que Khadafi passera la main, par contre des jours sombres se profilent pour une Libye démolie et que l’Occident qui l’a détruite compte reconstruire avec les dollars du pétrole. De plus, la fracture intertribale est plus que jamais d’actualité. Le prochain gouvernement devra choisir entre la légitimité populaire ou l’adoubement de l’Occident, jetant une fois de plus le doute concernant la sincérité occidentale quant au vœu pour l’émergence de sociétés arabes démocrates fascinées par l’avenir. Il n’en sera rien, la démocratie ne peut et ne doit être qu’endogène et tous les satrapes qui cherchent une légitimité à la pointe des canons occidentaux n’ont aucune chance de mener leur pays à bon port.

21 juillet, 2011

 

Entretien avec Nacer Boudiaf, auteur du livre « l’Algérie avant tout »

« L’âme de Boudiaf est toujours intacte !

 

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Invité à Tizi Ouzou par la fondation Lounès Matoub pour une vente dédicace de son premier livre ”L’Algérie avant tout”, Nacer Boudiaf a livré dans l’entretien qui suit, ses impressions. Il a bien voulu répondre aux questions de la Dépêche de Kabylie concernant la relance du RPN en particulier.

Entretien réalisé par Omar Zeghni :

La Dépêche De Kabylie : Vous venez de présenter à Tizi Ouzou, en collaboration avec la fondation Matoub Lounès,  » l’Algérie avant tout  » votre premier livre, comment jugez-vous l’accueil qui vous a été réservé ?

Nacer Boudiaf : Formidable ! Le livre a été bien accueilli par le public. Que ce soit à TiziOuzou ou ailleurs.
Les gens sont toujours intéressés par le Chahid Boudiaf. Le livre a bien marché, preuve en est que la première édition est en rupture de stock. Nous sommes déjà à la deuxième édition. On attaquera, du coup, très prochainement, la troisième édition. Pour cette dernière, nous prévoyons quelques modifications.
En accord avec la maison d’édition Apopsix, nous allons inclure des photos de mon père.

Attendiez-vous justement à un tel engouement de la part du public ?
Nous sommes ravis de constater cet engouement. Mon rêve est que chaque algérien pourra avoir accès à un livre qui parle de Boudiaf.

Vous avez annoncé, dans le sillage de la parution du livre, votre intention de relancer le RPN, projet lancé par votre défunt père…
Effectivement, l’annonce a été faite à Béjaïa et Tazmalt, mais aussi à Alger. Partout où nous sommes passés, la population ne cessait de nous presser et de nous demander de relancer ce projet si cher à Boudiaf. Nous avons déjà un collectif qui active, notamment sur les réseaux sociaux. Les jeunes ont lancé, dans ce sens, un groupe sur facebook qui a rassemblé en deux mois, plus de 42 000 adhésions.
Le projet, mais aussi la demande de relancer le Rassemblement patriotique national, est l’émanation de tous ces gens qui me disent quotidiennement d’essayer de reprendre le RPN. Face à toutes ces sollicitations, j’ai accepté cette mission.

Le projet de relance du RPN est donc formalisé et prêt à être mis en œuvre ?
Mohamed Boudiaf a laissé un projet, la plate forme que mon père avait rédigé dès son retour au pays en 1992. Une plate forme à laquelle on n’a jamais fait attention. Elle est là. Élaborée en 1992 dans un contexte particulier, la plate forme qui a servi de fondement au projet du RPN va être remodelée un petit peu parce que nous sommes en 2011, dans un contexte différent.

Quand est-ce que vous comptez lancer le projet ?
Dès la promulgation de la nouvelle loi sur les partis politiques.

 Vous n’avez pas peur de vous heurter à un rejet de votre dossier ?
Je ne pense pas que les responsables puissent refuser de donner l’agrément pour la création d’un parti politique au fils du Chahid Boudiaf, l’un pionnier de la révolution algérienne.

Justement, le fait d’inclure intégralement la plat forme du RPN dans votre livre, est-ce une façon d’anticiper la relance du projet ?
Non ! J’ai intégré intégralement la plateforme du RPN dans mon premier livre juste pour faire comprendre aux algériens que Mohamed Boudiaf avait un projet de société quand il était rentré en Algérie. En un laps de temps court, il avait élaboré un grand projet de société. C’était le but qui m’a inspiré l’idée. Ce n’était nullement dans mon intention de m’appliquer au moment de l’écriture du livre.

Vous allez donc garder la même mouture du projet rédigé par Boudiaf ?
Oui le projet est là. Nous allons rester sur les fondements idéologiques tels que bâtis par Boudiaf, c’est important. Par contre, nous allons bientôt mettre la plateforme entre les mains de la jeunesse pour apporter des petites modifications car le contexte n’est plus le même.

Vous affirmez dans  » l’Algérie avant tout  » que c’est, justement, ce projet qui serait derrière la disparition de votre défunt père …
Oui, certainement ! Le sort qui a été réservé à Boudiaf avait, entre autres, une relation avec le projet du RPN. Ce dernier demandait le changement radical du système, des anciennes pratiques, des méthodes mais aussi des gens du passé. Vous comprendrez que c’était, à l’époque, très fort.

D’où tirez vous ces certitudes ?
Ecoutez, le projet de société a été, entre autres, une raison de sa disparition. Il y a aussi les affaires de corruption. Il a touché pas mal d’affaires quand il était à la tête de l’Etat.

Certains observateurs vous reprochent le fait que vous ayez surfé sur du  » léger » dans votre premier livre, pensez-vous que  » l’Algérie avant tout  » pourrait apporter un plus dans la quête de vérité sur l’assassinat de Boudiaf ?
On veut toujours du lourd. Je ne pouvais pas mettre des noms. Si j’avais des preuves, je n’aurais jamais hésité, mais là, on a pas de noms.
C’est ça qui est dramatique. Maintenant, vous me demandez de mettre des noms, on risque de se retrouver devant la justice, comment on va faire à ce moment ? Cependant, si on lit le livre, bien et entre les lignes, on va comprendre qui sont les commanditaires de l’assassinat de mon père. De mon côté, je constate avec une très grande satisfaction que le combat de mon père est toujours d’actualité. 19 ans après sa tragique disparition, il est toujours vivant chez le peuple.L’âme de Boudiaf est toujours intacte.

Oui, mais certains disent que ceux qui sont sensés défendre sa mémoire, sa famille entre autres, ne l’ont pas fait de la meilleure  manière ?
Le problème c’est que je me suis retrouvé seul, depuis 12 ans à ce jour. Vous pouvez revoir la presse et vous constaterez que durant toute cette période, j’étais présent. Par rapport à Fatiha Boudiaf, qui s’est contentée de ne rien dire.

Vous la citez dans votre livre …
Ah oui ! Absolument. Je lui ai mis les points sur les i.

Vous dîtes que Mme Fatiha Boudiaf a  » lourdement  » pesé dans le retour de votre père au pays, qu’en est- il au juste ?
Pas lourdement, je ne pense pas. Elle a joué un rôle, bien sûr, car elle se voyait déjà la première Dame d’Algérie, c’était son but. Pour le retour de mon père, il y a d’autres paramètres qui ont pesé plus lourd qu’elle.

Quels souvenirs gardez-vous de votre défunt père ?
Incontestablement, celui de son retour au pays. Je l’ai vu au premier jour, il était très content de retrouver l’Algérie, surtout pour travailler et servir son pays.

Comment vous avez vécu, dans l’ombre, les six mois de la présidence de votre père ?
Moi, j’ai continué ma vie normalement et tout simplement.

Vous écrivez dans votre livre que l’hommage du peuple à Boudiaf lors de son enterrement vous marquera à jamais…
Ah Oui ! Ça c’est quelque chose d’inoubliable. Je me souviens, quand j’étais à la présidence, les gens sont rentrés de force, ils voulaient prendre le cercueil pour aller eux même l’enterrer. J’ai vu des femmes qui se laçaient le visage, c’était insoutenable. Le peuple algérien n’a pas accepté qu’on lui ôte l’un de ses symboles.

Que comptez-vous faire pour faire avancer l’enquête ?
Ce combat, je l’assume et je le demande toujours. Nous lancerons, une grande pétition nationale dès septembre prochain, pour exiger la vérité sur l’assassinat de Boudiaf. Le dossier ne sera jamais enterré et tant que le peuple algérien ne saura pas la vérité, rien ne marchera normalement.

Vous êtes l’invité de la fondation Matoub, le procès de son assassinat s’est tenu lundi dernier, faites-vous le parallélle entre les deux assassinats ?
De mon côté, je soutiens la famille Matoub dans sa quête de vérité. Que le dossier Matoub, comme celui de Boudiaf, soient traités de la même manière c’est-à-dire la verité toute entière.

Entretien réalisé par Omar Zeghni :

12 juillet, 2011

Libye:Le bourbier français, la diplomatie algérienne et le malaise du CNT libyen

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Le temps a fini par avoir le dessus sur les ambitions électoralistes et de leadership du président français Nicolas Sarkozy, dans sa course aussi «précipitée» que «pas très claire» à la guerre en Libye. Sarkozy était-il trop ambitieux ou trop confiant quant à l’issue de cette guerre ?

Le conflit qui devait durer quelques jours, quelques semaines tout au plus est malheureusement toujours là, faisant, quotidiennement, son lot de victimes parmi les civils, dont ceux tués dans des bombardements. Alain Juppé avait annoncé, rappelle-t-on, que le conflit ne va durer «sûrement pas des mois».

Les services de renseignements français assuraient que, dès les premières frappes, des milliers de soldats de Kadhafi feraient défection. Ils prédisaient aussi que les rebelles avanceraient rapidement jusqu’à Syrte, la ville natale du Guide, et que tout cela le contraindrait à partir très vite. Mais rien ne s’est passé comme prévu, a-t-il été rappelé.

Quand l’euro est plus précieux que la vie humaine
Rien de tout ça. Les contre-vérités sont aussi nombreuses qu’inquiétantes. La dernière sortie médiatique du ministre français de la Défense annonce que son pays va mettre fin à ses opérations en Libye dans le cadre de l’Otan.

Ceci après quatre mois de conflit et de milliers de frappes aériennes qui ont fait de nombreuses victimes. Sursaut de conscience ? Le ministre français n’évoque pas les morts et autres victimes pour «justifier» le retrait français des opérations militaires de l’Otan en Libye, mais cite des chiffres relatifs aux dépenses financières pour les frappes aériennes, révélant que l’intervention française a coûté 170 millions d’euros en munitions et 27 millions en salaires. Tout est donc question d’argent.

Ce qui rejoint, malgré les déclarations de Sarkozy et ses amis dans cette guerre, les propos tenus par Seif El Islam Kadhafi, fils du «leader» libyen », dans un entretien accordé au quotidien algérien «El Khabar» et publié dans l’édition d’hier. «Nous faisons face à une guerre libyo-française dont les origines sont les avions «Rafales» et la centrale nucléaire »,

selon Seif El Islam Kadhafi. Autrement dit, et selon lui, la France qui a été un partisan farouche d’une intervention militaire en Libye pour «protéger des civils » a mené cette guerre pour exercer la pression sur le régime de Kadhafi et l’obliger à signer des contrats juteux ou le faire remplacer par un autre régime favorable à sa cause économique.

C’est ainsi que Seif El Islam a révélé que «Paris a menacé de mettre fin à son soutien au groupe de Benghazi quand il a su qu’il nous a rencontrés en Egypte», allusion faite à une rencontre entre le pouvoir en place en Libye et le CNT libyen, «représentation politique des insurgés».  Plus grave, Seif El Islam a révélé que Tripoli a dépêché un représentant qui a rencontré Nicolas Sarkozy qui, lance-t-il, l’a informé que les «négociations» devraient avoir lieu avec Paris et non pas avec Benghazi.

Le CNT libyen réagira-t-il ou confirmera-t-il la machination par le silence ?
Le fils du leader libyen a révélé par ailleurs que des éléments des forces spéciales françaises se trouvent sur le sol libyen pour diriger les avions français, ainsi qu’a annoncé  l’existence d’un plan britannique pour diviser la Libye, «l’ouest et le sud pour la France et l’est pour l’Angleterre, qui obtiendrait l’installation d’une base militaire aérienne».

«Si la France veut vendre des avions « Rafales», s’ils veulent signer des contrats de pétrole, s’ils veulent le retour de leurs sociétés, ils doivent s’entretenir avec le gouvernement légitime en Libye et avec le peuple libyen de façon pacifique et officielle», a expliqué Seif El Islam  à «El Khabar». Dans un entretien accordé précédemment à une chaine de télévision russe, il avait abondé dans le même sens, demandant à la France «de s’entretenir avec le gouvernement légitime et le peuple libyens pour obtenir des contrats de façon légale».

Le chef de l’Etat français aurait même, à en croire le fils du guide,  annoncé que «c’est l’argent de la France qui a crée le CNT» libyen et, donc, qu’il est en mesure de le stopper «si des contrats sont signés avec Paris». Le CNT réagira-t-il ou confirmera-t-il la machination par le silence ?

Guerre des renseignements
Le conflit armé en Libye et les frappes aériennes de l’Otan qui ont malheureusement fait de nombreux morts est aussi une guerre de renseignements ayant pour théâtre Benghazi, où sont concoctées des manipulations de toutes sortes, dont celle consistant à accuser l’Algérie de soutenir le régime de  Kadhafi en transportant mercenaires, armes et matériels militaires.

Accusations qui ont révélé leur caractère absurde et manipulateur, même si certains membres du CNT libyen continue à exprimer des  reproches dans une tentative d’imposer à l’Algérie la reconnaissance officielle et l’obliger à abandonner son principe de non-ingérence dans les affaires d’un autre pays. «L’Algérie n’est pas un peuple de mercenaires», a lancé Seif El Islam.

A peu de temps du premier vote parlementaire sur la guerre en Libye, plusieurs responsables français (officiers supérieurs, diplomates et hommes politiques) racontent l’histoire secrète de cette opération, les bévues des services de renseignements et les déchirements au sein de l’Alliance atlantique. Une guerre dans laquelle l’Algérie et ses services secrets ont prouvé une sagesse à toute épreuve en refusant de s’ingérer dans les affaires d’un pays et l’intervention militaire étrangère en Libye.

«Si vous voulez régler le problème libyen, écoutez l’Algérie»
Il y a quelques semaines, un universitaire russe avait lancé cette phrase qui a toute sa signification aujourd’hui, en disant que «si vous voulez régler le problème en Libye, écoutez l’Algérie». Quant à lui, Seif El Islam a, dans l’entretien accordé à «El Khabar», annoncé que «la médiation de l’Algérie est la bienvenue».  L’Algérie a su, dans cette affaire rester intacte et constitue, avec l’initiative de l’Union africaine (UA), l’une des solutions pour le conflit en Libye.

Le terrorisme, seul grand gagnant dans le conflit.

Le seul grand gagnant dans le conflit reste le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC ou « AQMI »), qui, des mois durant, récupérait armes, munitions et explosifs volés de casernes militaires libyennes. L’organisation terroriste qui disposerait d’appuis parmi les «insurgés» en Libye a pu reprendre du souffle après avoir été sérieusement malmenée par l’ANP et les forces de sécurité algériennes.

De hauts responsables de pays participant aux frappes aériennes en Libye le reconnaissent. Une fois le conflit armé et les forces de l’Otan rentrées chez elles, les pays de la région affronteront, eux, l’organisation terroriste d’Abdelmalek Droukdel, alias Abou Mossab Abdelouadoud, mieux armée, loin des soucis éléctoralistes de Nicolas Sarkozy.

Publié Par Nado -

12 juillet, 2011

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Du Copé collé

Par : IRIS  SAMY . On n’est pas sorti de “l’axe” tourner la page, les choses étant essentiellement vues sous l’angle de l’intérêt des entreprises françaises qui ont eu droit à un traitement bien plus éloigné des IDE ; Paris et Alger leur ayant réservé spécialement deux pointures pour les tirer du bord du gouffre.

Le patron de l’UMP et proche du président français vient de boucler un cycle de visites en Algérie. Le défilé a été éminemment économique, mais une belle marge politique a donné à Alger l’air d’une incontournable place dans l’échiquier parisien. Cette impression a été accentuée par les allers-retours de M. Raffarin qui a mis en tête des priorités le sauvetage des compagnies françaises à la veille d’une présidentielle à risque pour Sarkozy. Occupée à réanimer son économie encore sous “le choc psychologique”, la droite a laissé agir la gauche venue afficher ses ambitions politiques. Sur ce plan, gauche et droite se confondent et se rejoignent dans le pur style de la politique étrangère américaine.
Cet esprit n’est pas loin. Il transparaît dans les propos de M. Copé, poli et arrondi, qui a évité avec finesse les sujets qui fâchent, prêchant “l’intérêt commun” et l’ouverture “d’une nouvelle page de développement partagé”. Vieille rengaine qui semble résister aux effets du temps et de l’évolution du côté de l’Hexagone.
En définitive, on n’est pas sorti de “l’axe” tourner la page, les choses étant essentiellement vues sous l’angle de l’intérêt des entreprises françaises qui ont eu droit à un traitement bien plus éloigné des IDE ; Paris et Alger leur ayant réservé spécialement deux pointures pour les tirer du bord du gouffre.
Comme si, politiquement, véritablement une page était tournée. Quid des débats, commissions et conférences initiés par la majorité UMP, pilotés par ses ministres. Copé, en émissaire à Alger, joue la prudence et clame ouvertement son opposition à certains projets de “sa” majorité.
Il sait qu’il opère en terrain miné. Miné par la politique adoptée par son propre parti depuis l’élection de Sarkozy.
Incapable d’assumer son passé colonial, la France a trouvé en la droite, ces dernières années, la classe qui assume son rôle de “gomme” assortie d’une dérive lexicale qui a affecté même le repêché Juppé.
Et Copé aura fort à faire pour convaincre et faire passer son 2 en 1. Surtout s’il continue à considérer la proximité exclusivement du point de vue géographique. Les proximités politiques sont beaucoup plus difficiles à apprécier. M. Copé le sait !

Il n’empêche que de l’avis des observateurs, le déplacement du SG de l’UMP dans notre pays est intimement lié avec les présidentielles de 2012 en France. Paris souhaiterait donc s’assurer du soutien d’Alger pour la réélection de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Elysée. Les autorités algériennes seraient elles à même de cautionner ce choix? Rien n’est moins sûr et cela au moins pour une raison  bien évidente.

Il s’agit de la différence d’approche  des deux capitales (Algérie et Paris)  de la question libyenne qui occupe présentement  le devant de  l’actualité internationale. Les autorités françaises n’ont pas hésité  à opérer une intervention militaire en Libye, en application d’une résolution adoptée en ce sens par le Conseil de sécurité de l’ONU. Cette manière d’agir n’est pas, pour le moins que l’on puisse dire, du  goût  des dirigeants algériens.

Copé rêve d’une nouvelle page de partenariat
Dans la matinée d’hier, Jean François Copé a animé une conférence intitulée «la France et les valeurs de la République face à la mondialisation» abritée par le siège de l’Ecole nationale des Sciences politique d’Alger.  Au cours de son intervention, il fera  part de sa volonté d’ouvrir une nouvelle page de partenariat avec l’Algérie. «Je rêve d’une nouvelle page de partenariat entre l’Algérie et la France», a-t-il déclaré.
Il mettra l’accent sur «les nouvelles  perspectives» que font siennes les dirigeants de l’UMP dont est issu le président français Nicolas Sarkozy.
Des perspectives basées essentiellement sur la conquête de nouveaux marchés à travers le monde à même de faire face, dira-t-il, au nouveau défi de la mondialisation. Celle-ci a provoqué selon l’orateur «un choc terrible au sein de la société française». Et pour cause, il se trouve que la mondialisation n’a pas épargné les français et leur gouvernement d’une série de crises multiformes aux conséquences économiques plus ou moins graves.

Parmi ces moments de crises, le SG de l’UMP citera, entre autres, la crise monétaire qui a secoué son pays en 2007. Ajouté à cela les différentes mutations enregistrées au plan international et dans les sillages desquelles Paris n’a pu s’empêcher de s’impliquer comme tel est le cas actuellement avec la situation en Libye.
C’est une cagnotte de 160 millions d’euros qui, a titre de rappel, a été dépensée  jusque là par Paris dans le cadre de son intervention en Libye. Du coup, et pour renflouer les caisses de l’Etat français, l’alternative de dénicher et de surcroît de nouer des partenariats économiques avec d’autres pays, en particulier avec l’Algérie a valeur, non seulement «de perspective solide mais il s’agit aussi d’un choix stratégique» pour paraphraser Jean-François Copé.

 

8 juillet, 2011

 

Le papillon passant

 

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par Kamel Daoud

Ils sont là, ensemble, dans le même pays, mais ne le savent pas : un médecin, un garde communal, un étudiant sans fin, un avocat saignant de la tête et un passant en trois dimensions. Comme on le sait, tous marchent ou ont marché ou vont encore marcher à cause des salaires ou des mensonges ou de la dictature molle nationale. Les médecins, les gardes communaux, les avocats et les étudiants et les passants. D’ailleurs, les cinq ont les mêmes soucis et visent le même endroit quand ils parlent du bonheur et du malheur à la 3ème personne du singulier. Tous vont à la Présidence, par le même chemin d’ailleurs, puisqu’il n’en existe qu’un seul et ont le même slogan. La seule différence est dans le temps : chacun y va par lui-même, pour lui-même et en l’absence des autres. Les cinq ne marchent jamais en même temps, ou presque, si on réfléchit sur le cas du passant. Un vieux marxiste aigre aurait expliqué que c’est pour cette raison qu’on réussit à les tabasser sans provoquer de changement notable, sauf dans la qualité des soupirs collectifs.

Donc la question est : que se passera-t-il lorsque le garde communal, le médecin, l’avocat, l’étudiant et le passant marcheront tous vers le même endroit, ensemble et en même temps que le temps du monde entier ? Le Pouvoir ne pourra pas les avaler tous en même temps, ne pourra pas les frapper tous en même temps, ne pourra pas les repousser car ils seront partout : pendant que le médecin guérira le blessé, l’avocat criera à tue-tête ce que l’étudiant veut dire depuis toujours, pendant que le garde communal essaye de les défendre tous.

Passant par là, le passant apportera son nombre incalculable, sa qualité de peuple entier, sa légitimité de seul électeur légal et son poids mort qui donne la vie à la révolution. Que pourra alors le Pouvoir même caché derrière les policiers ? Rien. Ou presque rien. Il peut vaincre tout le monde, un par un, mais jamais tous en même temps que le temps. Il faut seulement de la concordance, de la coïncidence à défaut pour chasser Moubarak et ses frères.

Il y a dans le peuple de quoi sauver le peuple. Il faut seulement le lien, la corde, la capacité ancestrale d’être un seul homme sans se sentir seul justement. C’est ce que répètent les chansons, les éclairés, les analystes et la logique. D’ailleurs, c’est ce que dit le manuel des agitateurs : « Mettez la révolution dans la rue et attendez ». Oui mais si la rue est bloquée par un cordon de flics ? Cela ne fait rien, dit encore le manuel : le proverbe est symbolique et il veut dire que la rue existe toujours. Il suffit de la remplir et elle vous emporte. Ce qu’il faut, c’est que le temps soit partagé équitablement comme une cause. Pas comme un effet.

Ce qu’il faut aussi, c’est convaincre le passant qu’il ne fait pas que passer. Il faut lui dire qu’il est comme le papillon du Japon qui provoque des orages en Afrique du Sud : quand le passant baisse la tête, le médecin se fera frapper et l’avocat se fera tabasser. L’échine du passant est l’avenir du peuple.

7 juillet, 2011

 

Algérie: Ce policier qui tabasse les manifestants…

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Comme tous les jeunes qui sont rentrés dans la police, ce jeune homme est certainement issu d’un milieu très défavorisé. Il est le résultat d’une série d’échecs: scolaire, familial, social, existentiel…

Il a été chômeur, hitiste, amoureux éconduit. C’est un naufragé de l’espoir. Il a été écrasé par le luxe des nouveaux riches, qui l’ont écrabouillé de leur morgue, avec leurs voitures rutilantes, leur fringues griffées, leur fric qu’ils jettent à pleines poignées sous son nez, dans les gasbathèques qui beuglent des tebrihetes.

Et il a ainsi navigué entre désillusion et frustration, peut-être même entre saouleries et bondieuseries. Allant des unes aux autres, à la recherche de rivages aléatoires, entre paradis artificiels et promesses de jardins peuplés de belles nanas.

Puis, il a réussi à se faire recruter dans la police. Du jour au lendemain, il est devenu quelqu’un. Il était respecté désormais, et même craint. Il a été surpris de découvrir que les autres, tous ceux qui le méprisaient lui témoignaient une considération dont il n’avait jamais osé rêvé. Il avait une arme à feu, et il ne ratait plus une occasion de l’exhiber, surtout quand il n’était pas de service. Surtout quand il se rendait dans les gasbathèques, où il ouvre ses bières avec le canon de son pétard.

Puis, il découvrit soudainement qu’il avait changé de camp. Il était passé naturellement dans celui des maîtres. Et même qu’il était devenu leur protecteur, leur rempart, contre ceux-là même qui étaient les siens. Et qu’il renie désormais.

Puis, comme un bonheur ne vient jamais seul, la « doula » s’était penchée avec sollicitude sur sa vie de tous les jours, et lui avait offert un salaire et des privilèges qui étaient supérieurs à des gens qu’il enviait, ceux qui avaient fait des études entre autres. Puis la « doula » chérie lui avait consenti une augmentation avec effet rétroactif de plusieurs années. Ce qui le fit bénéficier d’un pactole inespéré. Il s’est acheté une voiture neuve. Il avait bénéficié d’un logement, et il s’était marié dans une débauche de fantaisies en tout genre. Comme tout parvenu qui se respecte.

Le doute l’avait quitté, et il surfait sur la vague de la réussite sociale. Du moins celle qu’il avait toujours espéré. Et même plus. Puisque maintenant il peut taper sur ceux qu’il avait envié. Il était du bon côté du manche, et il n’allait pas se priver d’en faire un usage immodéré, contre tous ces va-nu-pieds qui osaient s’attaquer à la « doula », et qui menaçaient de le renvoyer à un statut de citoyen comme tout le monde, s’ils obtenaient cet Etat qu’ils revendiquaient. Un Etat sans abus, sans privilèges indus. Il leur en voulait d’autant plus que ces gêneurs qui le haïssaient n’avaient pas bougé le petit doigt lorsqu’il était lui-même dans la mélasse. Ah…ils voulaient donc le priver de ses attributs légitimes.

Ah…ils veulent s’attaquer à ses protecteurs, à ceux qui ont fait de lui un homme redouté, sollicité, envié…

Il ne le permettra pas! Non! Jamais!

Hier, pendant la décennie rouge, il n’a pas hésité à torturer, à violer, à tuer, et cela lui a procuré un plaisir insoupçonnable, un sentiment de puissance enivrant.

Il a vu couler un fleuve de sang, et ses oreilles ont été agréablement chatouillées par des cris de douleur, par des râles d’agonie. Et cela l’a lié à jamais à ses maîtres.

Aujourd’hui, son rôle est moins émoustillant. Il ne peut plus tuer qui il veut, ni violer des enfants, ni enlever des gens de chez-eux, pour les exécuter sur le bas-côté des routes. Ces gueux ont réussi à alerter les opinions publiques internationales, et le huis-clos n’est plus possible.

Mais il a encore de la marge. Surtout lorsque le maître lui permet de laisser libre cours à son énergie débordante. Ah…que c’est bon alors ! Avec quel enthousiasme il les tabasse, ces braillards ! Il charge sa matraque de toute sa haine pour cette populace, et de tout son zèle pour le maître, et il il y met tout son coeur. Il tape jusqu’à ne plus pouvoir, il vise les parties les plus vulnérables. Lorsqu’une arête de nez se brise sous son coup, ou que le sang gicle d’un crâne, ou que des dents explosent, il éprouve une jouissance qui le fait vibrer.

Et après la relève, lorsqu’il se retrouve avec ses collèges, pour évoquer les faits d’armes des uns et des autres, au milieu de rires gras et de gloussements. Surtout lorsque dans le palmarès des tabassés figurent des femmes. Oh…le pied ! Un jour, il a lui-même fait pleuvoir une série de coups de matraque bien assénés sur la tête, et surtout les fesses, d’une femme qui avait osé insulter la « doula » sous son nez. Puis, aidé de ses collègues, ils l’avait traînée jusqu’au panier à salade. Là, Il l’avait alors abreuvé d’injures. Il lui avait dit des choses atroces, et il jouissait de la voir rougir.

Voilà ce qu’est ce jeune policier, et voilà son mode de fonctionnement. Une brute en un seul bloc, fruste et agitée de soubresauts malsains.

Le plus grand malheur est que cet élément des « forces de ‘lordre »  est jetable et immédiatement remplaçable. Les effectifs de police en Algérie sont parmi les plus étoffés du monde, en rapport au nombre de la population. Et le malheur est que les jeunes chômeurs qui sont en liste d’attente, pour un éventuel recrutement, se comptent par millions. On n’est pas sorti de l’auberge.

D.BENCHENOUF

7 juillet, 2011

Réformes politiques de Bouteflika : une reproduction des expériences du passé

 dans Bouteflika

Manifestation pour le changement, le 12 février 2011

Les choses sérieuses vont commencer bientôt pour le pouvoir. Ayant lancé, au début du mois de mai 2011, le processus « de réformes politiques », le président Abdelaziz Bouteflika passe à une étape supérieure en vue de réaliser ses promesses. Selon notre confrère « El Khabar », le chef de l’Etat a réuni, jeudi 23 juin, les présidents des institutions constitutionnelles afin d’entamer la réflexion sur la mise en œuvre des propositions de la classe politique nationale sur « les réformes politiques ».

« Cette réunion a eu lieu à la résidence d’Etat, Dar El Mefti à Alger. Le président Bouteflika a convoqué le président du conseil de la Nation, Abdelkader Bensalah, le président du conseil constitutionnel, Boualem Bessayah, le président de l’Assemblée populaire nationale, Abdelaziz Ziari, le premier ministre, Ahmed Ouyahia et le représentant personnel du chef de l’Etat, Abdelaziz Belkhadem », précise El Khabar dans son édition du lundi 27 juin. La réunion aurait duré plusieurs heures et elle a été consacrée spécialement à l’examen des dossiers relatifs aux « réformes politiques ».

Mais le pouvoir a-t-il la volonté d’aller plus loin dans sa démarche d’introduire « des réformes politiques » ? La question demeure posée, d’autant que la manière de faire jusque là est décriée par l’opposition. La révision des textes législatifs régissant la vie politique en Algérie, à savoir la constitution, la loi sur les partis, la loi électorale et la loi sur les associations proposées par Abdelaziz Bouteflika ne suscite pas trop d’intérêt.

Un changement du système

« Le problème n’est pas dans les textes, mais dans leur application », rappelle la plupart des représentants de la classe politique ayant été reçus par l’instance de consultations sur les réformes politiques. Certains d’entre eux ont même cloué au pilori le système en le qualifiant « de défaillant ».

Ces derniers s’alignent carrément sur les positions des partis (RCD, FFS) et des personnalités nationales ayant rejeté la démarche du pouvoir dès son annonce. « Le changement à l’intérieur du système ne résout pas la crise nationale. Seul un changement de système est capable de mettre l’Algérie sur les rails de la démocratie », tranche l’opposition.

Elle plaide, dans ce sens, pour une Assemblée constituante et l’ouverture d’un débat général sans exclusive en vue de mettre en place les bases d’une véritable démocratie. Cette demande ne semble pas tomber dans l’oreille des tenants du pouvoir pour le moment. Ceux-ci s’obstinent à appliquer les mêmes recettes qui ont prouvé leurs limites par le passé.

Les expériences de 1989 (révision de la constitution qui a consacré l’ouverture politique) et de 1994 (dialogue national) ont permis au régime politique de se maintenir, sans donner l’occasion aux partis politiques de s’épanouir. La démarche d’aujourd’hui risque d’aboutir au même résultat.

Qu’en pensez-vous ?

IRIS/SAMY

6 juillet, 2011

 

 

Que sont devenues les archives du FLN/ALN ?

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La problématique des archives algériennes détenues en France était revenue il y a semaines par la bouche de Mohamed Harbi. L’historien savait de quoi il parlait, quand il évoque la pertinence de ces documents au cours d’un entretien au quotidien El Watan. Que cela soit ceux saisis par l’armée française au cours d’opérations militaires ou alors les rapports rédigés suite à des interrogatoires ou bien les enquêtes menées par l’armée ou les services psychologique de l’armée française pendant la guerre de libération.

Certaines des archives ont été exploitées, donc consultables depuis pas mal d’années, auprès du service historique de l’armée à Vincennes (Paris) ou alors dans les archives détenues à Aix-en-Provence (sud de la France). D’autres le seront l’année prochaine, après 50 ans d’indépendance. Mais il y en aura, certainement, que les historiens ne pourront pas de sitôt éplucher, lire et décortiquer. Eu égard à leur sensibilité et à ce qu’elles recèlent comme secrets.

Mais …

Mais ce qu’on a tendance à oublier dans cette affaire récurrente des archives et qui passionne beaucoup d’Algériens, ce sont plutôt toutes ces tonnes de documents qui sont restés au sein des structures de l’ALN. Ceux des six wilayas, du GPRA, des différents ministères, comme la Défense, les finances, la diplomatie, etc. Eh oui ! l’ALN écrivait beaucoup contrairement à ce qu’on pourrait penser. Elle était procédurière. Chaque qasma, secteur, région, zone et wilaya couchait sur du papier les moindres faits et gestes de la lutte. L’un des plus précieux de ces structures est sans doute le livret journalier qui retrace au quotidien la marche d’une unité donnée de moudjahidine. A les consulter, on retrouvera tout sur les hommes, les villages et l’organisation en général. De vraies mines d’informations.

L’armée de l’extérieur avait également ses archives. Que sont devenus tous ces documents ? Sont-ils accessibles pour les chercheurs ? Quelles sont les conditions de leur archivage ? Ces questions méritent d’être posées car ces documents constituent un trésor inestimable pour notre pays et les générations futures. Ils sont fondateurs de la lutte d’un peuple pour son indépendance.

A notre connaissance, rares ceux qui ont eu accès à ces archives. Seule Madame veuve Anissa Boumediene avait eu accès à ces archives pour dresser un portrait panégyrique de son époux, le colonel Boumediene, dans la presse nationale dans les années 1990.

De fil en aiguille, cela me replonge dans les années 2000 quand je faisais quelques recherches sur les premières années de l’indépendance. Je suis allé aux archives nationales avec l’espoir de consulter la presse internationale. Quelle fut ma surprise de découvrir que toutes les pages qui parlaient de l’Algérie de l’époque ont été déchirées. Depuis, je ne sais qu’en est-il ? Mais quand j’observe le véto que le ministère des moudjahidine met sur les films qui traitent de la guerre de libération, il y a lieu de s’inquiéter sérieusement sur ces mémoires de la lutte du peuple algérien.

Par ailleurs, j’ai appris de Yaha Abdelhafidh, officier de l’ALN dans la wilaya III et ancien responsable du FFS que la première chose que les unités de l’ANP avaient faite quand elles sont arrivées en Kabylie début octobre 1963, lors des affrontements avec le FFS, c’était de récupérer les archives de la wilaya kabyle et de les embarquer dans des camions pour le ministère de la Défense. Depuis, aucune nouvelle.

Ce sont en fait tous ces faits qui nous poussent à nous interroger sur les archives de l’ALN restées entre les mains des Algériens.

K. Y.

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