Archive pour avril, 2011

7 avril, 2011

COMMENT LA FRANCE PRÉPARAIT DEPUIS NOVEMBRE 2010, LE RENVERSEMENT DE KADHAFI.

 

Kadhafi lève le voile sur les négociations françaisesSelon le journaliste de la droite libérale italienne Franco Bechis, la révolte de Benghazi aurait été préparée depuis novembre 2010 par les « services secrets français ». Comme le remarque, aussi, Miguel Martinez du site internet « progressiste ComeDonChisciotte », ces révélations, encouragées par les « services secrets italiens », doivent se comprendre comme une rivalité au sein du capitalisme européen. Par Franco Bechis (Directeur adjoint du quotidien italien « Liber »).
Le « Réseau Voltaire » précise que Paris a rapidement associé Londres à son projet de renversement du colonel Kadhafi (force expéditionnaire franco-britannique). Ce plan a été modifié dans le contexte des révolutions arabes et pris en main par Washington qui a imposé ses propres objectifs (contre-révolution dans le monde arabe et débarquement de l’« Africom » sur le continent noir). La coalition actuelle est donc la résultante de ces ambitions distinctes, ce qui explique ses contradictions internes.

Première étape du voyage, 20 octobre 2010, Tunis. C’est là qu’est descendu avec toute sa famille d’un avion de « Libyan Airlines », Nouri Mesmari, chef du protocole de la cour du colonel Muhamar Kadhafi. C’est un des grands perroquets du régime libyen, depuis toujours aux côtés du colonel.

Le seul -comprenons-nous- qui avec le minsitre des Affaires étrangères Moussa Koussa avait un accès direct à la résidence du raïs sans avoir à frapper (avant d’entrer, NdT).

Le seul à pouvoir franchir le seuil de la suite « 204 » du vieux cercle officiel de Benghazi où le colonel libyen a accueilli avec tous les honneurs le Premier ministre italien Silvio Berlusconi pendant la visite officielle en Libye. Cette visite de Mesmari à Tunis ne dure que quelques heures. On ne sait pas qui il rencontre dans la capitale où la révolte contre Ben Ali couve sous la cendre. Mais il est désormais certain que dans ces heures-là et dans celles qui ont immédiatement suivi, Mesmari jette les ponts de ce qui, à la mi-février, allait devenir la rébellion de la Cyrénaïque. Et prépare l’estocade contre Kadhafi en cherchant et obtenant l’alliance sur deux fronts : le premier est celui de la dissidence tunisienne. Le second est celui de la France de Nicolas Sarkozy. Et les deux alliances lui réussissent.

C’est ce dont témoignent des documents de la « DGSE », le « service secret français », et une série de nouvelles fracassantes qui ont circulé dans les milieux diplomatiques français à partir de la lettre confidentielle, Maghreb Confidential (dont il existe une version synthétique et accessible payante).

Mesmari arrive à Paris le lendemain, 21 octobre 2010. Et il n’en bougera plus. En Libye il n’a pas caché son voyage en France, puisqu’il a emmené avec lui toute sa famille. La version est qu’à Paris il doit subir un traitement médical et probablement une opération. Mais il ne verra pas l’ombre d’un médecin. Ceux qu’il verra seront par contre, tous les jours, des fonctionnaires des « services secrets français ». 
L’ex compagnon de Kadhafi, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection le 21 octobre 2010. Il vit aujourd’hui sous protection des « services secrets français ».
LA RÉUNION

On a vu de façon certaine au début du mois de novembre, entrer à l’« Hôtel Concorde Lafayette » de Paris, où Mesmari réside, d’étroits collaborateurs du président français. Le 16 novembre 2010, une file de voitures bleues est devant l’hôtel. Dense et longue réunion dans la suite de Mesmari. Deux jours plus tard une dense et étrange délégation française part pour Benghazi. Avec des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des dirigeants de « France Export Céréales » et de « France Agrimer », des managers de « Soufflet », de « Louis Dreyfus », de « Glencore », de « Cani Céréales », « Cargill » et « Conagra ».

Expédition commerciale, sur le papier, pour essayer d’obtenir à Benghazi justement de riches commandes libyennes. Mais se trouvent aussi dans le groupe des militaires français, déguisés en hommes d’affaire.

À Bengazi ils vont rencontrer un colonel de l’aéronautique libyenne indiqué par Mesmari : Abdallah Gehani. Il est au-dessus de tout soupçon, mais l’ex-chef du protocole de Kadhafi a révélé qu’il était prêt à déserter et qu’il a aussi de bons contacts avec la dissidence tunisienne.

L’opération est menée en grand secret, mais quelque chose filtre jusqu’aux hommes les plus proches de Kadhafi Le colonel se doute de quelque chose. Le 28 novembre 2010 il signe un mandat d’arrêt international à l’égard de Mesmari. L’ordre arrive aussi en France à travers les canaux protocolaires. Les Français s’alarment et décident de suivre de façon formelle l’arrêt

Quatre jours plus tard, le 02 décembre 2010, la nouvelle filtre justement depuis Paris. On ne donne pas de nom mais on révèle que la police française a arrêté un des principaux collaborateurs de Kadhafi. La Libye, au premier abord, retrouve son calme. Puis apprend que Mesmari est en réalité aux arrêts domiciliaires dans la suite du « Concorde Lafayette ». Et le raïs commence à s’agiter.

La colère du raïs. Quand arrive la nouvelle que Mesmari a demandé officiellement l’asile politique à la France, la colère de Kadhafi éclate, il fait retirer son passeport même au ministre des Affaires étrangères, Moussa Koussa, accusé de responsabilité dans la défection de Mesmari. Il essaie ensuite d’envoyer ses hommes à Paris avec des messages pour le traître : « Reviens, tu seras pardonné ». Le 16 décembre 2010, c’est Abdallah Mansour, chef de la télévision libyenne, qui essaie. Les Français l’arrêtent à l’entrée de l’hôtel. Le 23 décembre 2010 d’autres Libyens arrivent à Paris. Ce sont Farj Charrant, Fathi Boukhris et All Ounes Mansouri.

Nous les connaîtrons d’avantage après le 17 février 2011 : parce-que ce sont justement eux, avec Al Hadji, qui vont mener la révolte de Benghazi contre les miliciens du colonel.

Les trois sont autorisés par les Français à sortir dîner avec Mesmari dans un élégant restaurant des Champs-Élysée. Il y a aussi là des fonctionnaires de l’« Élysée » et quelques dirigeants des services secrets français. Entre Noël et le Jour de l’an sort dans Maghreb Confidential la nouvelle que Benghazi est en ébullition (à ce moment-là personne ne le sait encore), et aussi quelques indiscrétions sur certaines aides logistiques et militaires qui seraient arrivées dans la seconde ville libyenne, en provenance justement de la France. Il est désormais clair que Mesmari est devenu un levier aux mains de Sarkozy pour faire sauter Kadhafi en Libye. La lettre confidentielle sur le Maghreb commence à faire filtrer les contenus de cette collaboration.

Mesmari est nommé « Libyan Wikileak », parce qu’il révèle un après l’autre les secrets de la défense militaire du colonel et raconte tous les détails des alliances diplomatiques et financières du régime, en décrivant même la carte du désaccord et les forces qui sont sur le terrain. À la mi-janvier 2011 la France a dans les mains toutes les clés pour tenter de renverser le colonel. Mais il y a une fuite. Le 22 janvier 2011 le chef des « services secrets de Cyrénaïque », un fidèle du colonel, le général Aoudh Saaiti, arrête le colonel d’aviation Gehani, référant secret des Français depuis le 18 novembre 2010.

Le 24 janvier 2011 il est transféré dans une prison de Tripoli, avec l’accusation d’avoir créé un réseau social en Cyrénaïque, qui faisait les louanges de la contestation tunisienne contre Ben Ali. Mais c’est trop tard : Gehani a déjà préparé la révolte de Benghazi, avec les Français.

IRIS_SAMY

6 avril, 2011
 
Le sort de Ahmed Ouyahia en pointillé…

ouyayay Le premier ministre a symboliquement un pied dehors. Son cours économique est détricoté par des mesures en faveur de l’importation et de l’informel. Son impopularité atteint des sommets.

Mais la position du président Boutéflika, qui peut lui sortir l’autre pied, s’est affaiblie en 2010 avec les affaires de corruption de son clan. Statut quo entre deux « ambulances ? »

Les émeutes de la jeunesse exclue n’ont pas produit en Algérie, d’effets politiques à chaud. En Tunisie, il a fallu une semaine de manifestations spontanées après le coup de tonnerre de Sidi Bouzid pour mettre en route les élites syndicales, associatives et l’opposition politique au régime de Zine Ben Ali. Rien de tout cela en Algérie. Le ministre de l’intérieur, Daho Ould Kablia, se félicite de ce que personne ne soit en mesure, dans son pays, de faire jonction avec les émeutiers : « la tentative de récupération a échoué. Ceux qui disent qu’il va falloir encadrer ce mouvement et le canaliser se trompent lourdement » a-t-il déclaré sur le site Algérie Plus. En conséquence, « la même feuille de route continue » épilogue t’il.

Il y’a pourtant des raisons d’en douter. Le premier ministre Ahmed Ouyahia est en très mauvaise situation. Il n’a pas signé le communiqué du conseil interministériel –sans images – qui prenait les décisions « anti crise » et a du subir la plupart des options de réponses dictées par la présidence. L’annonce par Mustapha Bendaba, ministre du commerce, rétablissant à la télévision les pratiques du commerce au noir à la fin d’une réunion avec les fournisseurs d’huile et de sucre, est un désaveu direct.

Dans le même sillage Daho Ould Kablia a pris des libertés pour déclarer, toujours sur Algérie Plus « Personnellement, j’ai toujours avancé l’idée qu’on ne peut engager que les batailles qu’on est sûrs de gagner. La bataille de l’informel doit faire l’objet d’une stratégie du moyen et du long terme (…) On a essayé de le maîtriser il y a deux ans en imposant le chèque mais on a reculé car pour imposer le chèque il faut avoir des structures qui répondent (…) est-ce que c’est réalisable tout de suite ? Moi, je dis non. Ca viendra progressivement ». Désavoué par ses ministres sur le front de la lutte contre l’informel, il a du également avaler la couleuvre de la promotion des importations du sucre et de l’huile avec la levée des droits de douanes et de la TVA. Des mesures qui visent, dans le premier cas, ouvertement l’industrie locale de raffinage du sucre, dominée par le groupe Cevital.

Une question d’interprétation des évènements

« La tendance dans les situations de crise est de faire bloc au début » rappelle un ancien ministre. La suite est d’un autre cru. Ahmed Ouyahia est t-il capable de s’approprier toutes les mesures et de continuer comme s’il n’avait pas été démonisé ? « Bien sur. Son parcours n’atteste pas d’une grande rigueur de principe. Et si le président ne lui demande pas de remettre le tablier, il ne le fera pas »

pense l’ancien ministre. Ahmed Ouyahia est donc très affaibli, mais pas nécessairement chancelant. Son sort dépendra alors de la lecture des évènements faite par le président de la république. Pour Said Medar, analyste politique, le scénario le plus probable est que « Boutéflika interprète les émeutes comme un complot contre lui, comme l’a laissé entendre Belkhadem avant de nuancer son propos.Il ne pensera pas alors que le départ de Ouyahia va régler sa précarité. Il pourrait même penser le contraire s’il se persuade qu’il y’ a la main des services dans ces émeutes ». Le clan présidentiel a pris beaucoup de coups en 2010. Sous le feu des enquêtes économiques du DRS (département du renseignement et de la sécurité), il a du subir l’effondrement de sa mainmise sur Sonatrach et son « pilotage » des gros contrats d’équipement comme l’autoroute Est-Ouest.Abdelaziz Boutéflika s’est séparé de deux ministres clés de sa gestion, Chakib Khelil et Nourredine Zerhouni, et a du se résoudre à mettre en semi retraite Hamid Temmar (aujourd’hui ministre de la prospective), un autre point d’appui au sein du gouvernement. Les émeutes de la jeunesse démunie peuvent lui offrir l’occasion d’une revanche clanique sur la partie du gouvernement qui obéit à d’autres fidélités, à commencer par le premier ministre. Les jours d’après indiquent qu’il n’en aurait pas l’énergie. Mais pas pour autant la volonté.

par_ iris samy

 

Soltani et le ticket d’entrée chez le général Toufik

Soltani et le ticket d’entrée chez le général Toufik

C’est un peu à cette guerre qu’on rencontre dans les mauvais polars, la « guerre aux mauvais fils », que nous invite aujourd’hui la caste au pouvoir en Algérie.  Ces enfants soudainement mutins, grossièrement impatients, fâcheusement présomptueux et qui, stimulés par l’absence d’autorité, bafouent les règles mafieuses de la succession, renversent les prééminences établies par la « famille » et revendiquent la place du caïd, ces bad boys qui rêvent de placer à leur tour leurs fauteuils dans le sens de l’histoire, ces insurgés ambitieux et présomptueux, il en pousse de partout. On apprend qu’à Batna trois personnes, dont un policier, ont été blessées dans des affrontements entre militants du Front de libération nationale (FLN) lors du renouvellement des instances de l’ex Mouhafada. « Et moi, et moi ? »  Diable ! Dans un système perverti, où l’on accède aux rangs les plus élevés non par le mérite mais par la connivence et la flagornerie, n’est-il pas du bon droit de chacun de se croire un destin ? On ira tous au paradis. Même Aboudjerra Soltani. Car l’anti-Al Pacino véritable, c’est lui. Le vrai bad boy Un lieutenant d’appoint recueilli par la famille pour les besoins de la politique-spectacle et qui a osé revendiquer le droit régalien de gouverner un jour. « Candidat en 2014 ? Oui, j’y pense ! », l’a-t-on entendu pérorer, accompagnant ses chmères de propos blessants pour la famille : « Il est inconcevable que l’Algérie fête ses cinquante ans d’indépendance avec la même mentalité, la même politique et les mêmes têtes. » (L’Expression du 22 mars)  Il est allé jusqu’à outrager le Godfather : “Les hommes politiques doivent prendre leur retraite à 70 ans”…

C’en fut trop. La guerre était déclarée. « Qu’il s’en aille », a décrété Ahmed Ouyahia, mercredi dernier. Soltani est banni par la « famille ». Sa faute est lourde : il a affiché une ambition interdite, une ambition réservée aux enfants légataires et à laquelle rien ni personne ne lui donnait droit.   Même pas le général Toufik. Avoir ses entrées chez le général Toufik  ne suffit pas. Il faut aussi savoir quel est son rang dans la queue qui mène chez le général Toufik. Selon que l’on s’appelle Ahmed Ouyahia, Aboudjerra Soltani ou Saïd Sadi, on dispose d’un numéro de ticket conforme au rôle qu’entend vous attribuer le régime dans la vaste parodie de pouvoir qu’il met en scène depuis cinquante ans. Et le rôle du sieur Aboudjerra Soltani était de donner l’illusion d’une structure pluraliste du régime en y occupant la case islamiste, comme Mme Hanoune occupe la case trotkyste et Saïd Sadi, naguère, la case démocrate laïque. A charge, ensuite, pour les journaux amis de donner une représentation médiatique d’une démocratie chimérique et aux députés amis de piquer de temps à autre, une de ces colères indispensables à la comédie générale.

Soltani n’a pas réalisé qu’il n’était, au mieux, qu’un feudataire du régime, c’est-à-dire un vassal privilégié, possédant certes un fief mais qui devait foi et hommage au seigneur suzerain.

Ainsi est bâti le système où il est devenu membre de « l’Alliance présidentielle » : on soupe à la même table que la noblesse dirigeante mais sur le pied commensal, c’est-à-dire en qualité de serviteur, soigneusement tenu à l’écart, mais toujours à portée de main. En échange des services rendus, l’écuyer a droit au privilège commensal qui le conserve  dans l’honneur des préséances dirigeantes, des « sauvegardes particulières » liées à l’honneur de servir le Roi, et qui le placent au dessus du milieu social dont il était issu. Il peut ainsi obtenir un chiffre inespéré de députés et même de ministres, bénéficier des avantages et de la considération de la famille et de quelques autres avantages insignes,  comme le droit à l’exemption, le droit de ne pas être soumis aux mêmes exactions que le commun des opposants, la censure par exemple, le droit de parler à la télévision, de tenir meeting, enfin tous ces insignes avantages qui forment la dignité commensale,  contrepartie dont le régime s’acquittait à l’égard de l’opposant-collaborateur afin qu’il puisse en recevoir un affectueux et assidu service.

Mais là s’arrêtent les droits.

Qu’avait-il donc, le sieur Aboudjerra Soltani à prétendre outrepasser son rôle d’écuyer et empiéter sur celui des vrais héritiers ?  Oh, il a conscience du privilège commensal et ne veut surtout pas d’une démocratie qui le pousserait hors de la table. Il tient à la soupe commensale. L’Assemblée constituante qui mettrait tout à plat ? « Nous sommes contre cette idée. Nous ne voulons pas retourner à 1963. Nous ne voulons pas ruiner les acquis des Algériens et retourner cinquante ans en arrière. Nous voulons avancer et non pas reculer.» Pas folle, la guêpe, sauf qu’elle a des dents longues !.

Il a commencé à les montrer en 2009 déjà , rêvant tout haut du poste de Premier ministre. «Je ne fuirai pas mes responsabilités. Je dirai oui si le Président Bouteflika me le demande», a –t-il laissé tomber, le 27 juillet, devant l’université d’été des jeunes militants de son parti, à Birkhadem.
Le chef de l’Etat ne l’a pas contacté, mais qu’à cela ne tienne.  Un mois plus tard, le 29 août 2009, Aboudjerra Soltani révèle au quotidien Asharq el-Awsat qu’il s’était fixé comme objectif la conquête du pouvoir en 2012. «Vous savez, cette année-là (2012 Ndlr) coïncidera avec le 50e anniversaire de l’Indépendance du pays. Nous avons toujours prédit qu’il nous faut au moins un demi-siècle afin que le flambeau de la génération qui a libéré le pays transmette le pouvoir à la génération de l’Indépendance. Nous avons coché cette date parce qu’elle coïncide avec le 50e anniversaire de l’indépendance du pays. Et nous représentons justement cette génération et ses préoccupations futures.»
Belkhadem et Ouyahia sont pour l’interdiction des marches dans la capitale? Lui est « pour l’autorisation des marches pacifiques à Alger à condition qu’il y ait des engagements de la part des partis politiques qui souhaitent marcher. » Belkhadem et Ouyahia sont  contre l’agrément de nouveaux partis politiques ? Lui : « Nous soutenons les libertés. L’agrément de nouveaux partis doit être soumis à deux conditions. On ne revient pas à la tragédie nationale. C’est une ligne rouge. La seconde condition est de respecter la Constitution et les lois de la République, ne pas menacer l’unité nationale et garantir une valeur ajoutée pour le pays. »
Et pour mieux irriter, il clame, le front haut, que  « les réformes politiques indispensables en Algérie doivent être portées par d’autres personnalités que celles qui sont actuellement au pouvoir. »

Une preuve vivante

Aboudjerra Soltani est l’incarnation de la dérégulation du régime algérien. En  formulant un discours opposé à celui de la « famille », il étale au grand jour la parodie de pouvoir. Elle ne repose sur aucune cohérence interne. Aucune valeur, sauf la finasserie et la ruse.
Soltani, en plus d’être la preuve vivante de la nature mafieuse de notre régime, est également l’incarnation de l’opportunisme qui en est la mie.
Comment lui qui a voté, en 2008, l’amendement de l’article 74 de la Constitution en vient-il à revendiquer aujourd’hui une nouvelle loi fondamentale où le président de la République est rééligible une seule fois ?
« Je ne vois aucune contradiction. En 2004, nous avons choisi de nous allier au chef de l’Etat pour lui permettre d’achever ses objectifs, notamment celui de passer de la concorde civile à la réconciliation nationale. En 2009, la situation sécuritaire et politique en Algérie nous ont imposé le besoin d’accorder au Président Bouteflika un autre mandat. Nous l’avons fait dans l’intérêt de la nation. Il est dans l’intérêt national, aujourd’hui, de revenir à la situation ordinaire visant l’alternance au pouvoir. Cela nécessite une révision globale de la Constitution limitant le mandat présidentiel. »

Allez trouver mieux !
Alors, le mauvais fils est devenu indésirable. On lui rappelle qu’il n’est qu’un écuyer, un collaborateur d’appoint, loin d’être indispensable : «Même avec le retrait du MSP, nous avons une majorité au sein de l’Assemblée nationale populaire. Avec les 137 députés du FLN et les 62 autres du RND, nous sommes à 199 députés, nous sommes, donc, majoritaires », clame Ouyahia, avec, dans les yeux, la malice qu’on devine. Soltani est banni. On lui préfère désormais l’autre frère, Menasra, le frère-ennemi. A lui la case islamiste.
Mais comme dans tous les mauvais polars, le bad boy se rebiffe :  Soltani n’écarte pas l’éventualité de faire imploser la coalition présidentielle. «Notre avenir dans cette coalition sera tranché en juillet prochain, à l’occasion de la réunion du conseil consultatif (majliss echoura) » (l’Expression publiée le 22 mars 2011).

Ainsi meurent les régimes sans morale : en nous léguant les monstres qu’ils ont enfantés.

Par iris samy

6 avril, 2011

Le potentiel algérien en gaz schisteux « fait sensation » à Houston

Gaz de schisteL’Algérie a un potentiel considérable en gaz de schiste

Le ministre algérien de l’énergie, Youcef Yousfi, indique le New York Times « a fait sensation » mercredi au Cera Week 2011 à Houston en annonçant que l’Algérie disposait de réserves de gaz schisteux qui sont « aussi grandes que certains des champs américains majeurs ».

L’information sur la disponibilité de réserves de gaz schisteux en Algérie n’a rien d’une nouveauté. Une source au ministère de l’énergie et des minés avait déjà indiqué l’automne dernier à Maghreb Emergent que le potentiel de l’Algérie en « gaz schisteux non conventionnel est, lui, tout simplement fantastique ». La même source avait relevé que cela avait été dit pour la première fois par Youcef Yousfi lors du Congrès Mondial de l’énergie tenue entre le 12 et 16  septembre 2010 mais que cela n’avait peut-être pas été « bien entendu ». Surtout en Algérie où des questionnements étaient soulevés sur l’état des réserves gazières et la capacité de l’Algérie à faire face à ses engagements. Cette fois-ci, Youcef Yousfi a choisi le Cera Week 2011 (Cambridge Energy Research Associates), une conférence annuelle qui réunit à Houston experts pétroliers, représentants des compagnies et hommes politiques de haut niveau pour transmettre le message. Et « y faire sensation », selon le grand journal américain, en révélant que l’Algérie assise sur d’énormes réserves inexploitées de gaz de schiste que le pays a maintenant l’intention de développer avec l’aide de partenaires internationaux. « Nous sommes intéressés par l’exploitation des réserves de gaz non classique. D’après les estimations, les réserves pourraient être atteindre 1.000 billions de pieds cubes. Pour le ministre de l’Énergie, l’objectif de l’Algérie est de déterminer le potentiel réel de ces ressources. « Nous sommes en train de préparer un programme pilote. Nous sommes en train de choisir une région où toutes les conditions sont réunies. Le programme sera réalisé par la société nationale Sonatrach et un partenaire étranger », a‑t‑il ajoute. Le ministre a précisé que les réserves algériennes de gaz conventionnel évaluées à la fin de l’année dernière s’élevaient à 150 000 milliards de mètres cubes.

Elargissement considérable de l’offre

L’Algérie disposerait ainsi des capacités d’élargir considérablement son offre dans un futur relativement proche grâce au potentiel de centaines de milliards de mètres cubes de gaz naturel piégé dans la roche de schiste à plus de 1.000 mètres de profondeur. L’exploitation de gaz de schistes aux États-Unis a déjà révolutionné le marché américain du gaz, en transformant le pays structurellement importateur de gaz en producteur  capable de satisfaire la demande intérieur pendant plus d’un siècle. L’exploitation de ce gaz a été rendu possible par le développement de nouvelles technologies de forage. Il s’agit de la technologie de la fracturation hydraulique qui a permis d’augmenter de manière drastique les réserves de gaz aux Etats-Unis et qui commence à intéresser les opérateurs dans le reste du monde. Mais les spécialistes estiment que la production de gaz schisteux pourrait rester encore pendant des années une exclusivité de l’Amérique du nord. Mais le succès de l’expérience américaine pousse de nombreux opérateurs à chercher à la dupliquer pour mettre en valeur leurs réserves de gaz de schistes.  Selon le ministre algérien de l’énergie et des mines, les « résultats préliminaires de notre évaluation du potentiel de gaz de schiste indiquent que le potentiel est au moins comparable aux plus importants gisements américains. » Il reste que l’association avec des partenaires étrangers est indispensable compte tenu des technologies nouvelles mises en œuvre. « Le développement des hydrocarbures non conventionnels sera une nouvelle expérience que nous serons prêts à partager avec les entreprises qui ont démontré leur savoir-faire dans ce domaine », a déclaré Yousfi. Il a confirmé que des discussions étaient en cours avec des entreprises spécialisées disposant d’une expérience et d’un savoir-faire reconnus dans ce domaine.

par iris samy

5 avril, 2011

 

Soltani et le ticket d’entrée chez le général Toufik

Soltani et le ticket d’entrée chez le général Toufik

C’est un peu à cette guerre qu’on rencontre dans les mauvais polars, la « guerre aux mauvais fils », que nous invite aujourd’hui la caste au pouvoir en Algérie.  Ces enfants soudainement mutins, grossièrement impatients, fâcheusement présomptueux et qui, stimulés par l’absence d’autorité, bafouent les règles mafieuses de la succession, renversent les prééminences établies par la « famille » et revendiquent la place du caïd, ces bad boys qui rêvent de placer à leur tour leurs fauteuils dans le sens de l’histoire, ces insurgés ambitieux et présomptueux, il en pousse de partout. On apprend qu’à Batna trois personnes, dont un policier, ont été blessées dans des affrontements entre militants du Front de libération nationale (FLN) lors du renouvellement des instances de l’ex Mouhafada. « Et moi, et moi ? »  Diable ! Dans un système perverti, où l’on accède aux rangs les plus élevés non par le mérite mais par la connivence et la flagornerie, n’est-il pas du bon droit de chacun de se croire un destin ? On ira tous au paradis. Même Aboudjerra Soltani. Car l’anti-Al Pacino véritable, c’est lui. Le vrai bad boy Un lieutenant d’appoint recueilli par la famille pour les besoins de la politique-spectacle et qui a osé revendiquer le droit régalien de gouverner un jour. « Candidat en 2014 ? Oui, j’y pense ! », l’a-t-on entendu pérorer, accompagnant ses chmères de propos blessants pour la famille : « Il est inconcevable que l’Algérie fête ses cinquante ans d’indépendance avec la même mentalité, la même politique et les mêmes têtes. » (L’Expression du 22 mars)  Il est allé jusqu’à outrager le Godfather : « Les hommes politiques doivent prendre leur retraite à 70 ans »…

C’en fut trop. La guerre était déclarée. « Qu’il s’en aille », a décrété Ahmed Ouyahia, mercredi dernier. Soltani est banni par la « famille ». Sa faute est lourde : il a affiché une ambition interdite, une ambition réservée aux enfants légataires et à laquelle rien ni personne ne lui donnait droit.   Même pas le général Toufik. Avoir ses entrées chez le général Toufik  ne suffit pas. Il faut aussi savoir quel est son rang dans la queue qui mène chez le général Toufik. Selon que l’on s’appelle Ahmed Ouyahia, Aboudjerra Soltani ou Saïd Sadi, on dispose d’un numéro de ticket conforme au rôle qu’entend vous attribuer le régime dans la vaste parodie de pouvoir qu’il met en scène depuis cinquante ans. Et le rôle du sieur Aboudjerra Soltani était de donner l’illusion d’une structure pluraliste du régime en y occupant la case islamiste, comme Mme Hanoune occupe la case trotkyste et Saïd Sadi, naguère, la case démocrate laïque. A charge, ensuite, pour les journaux amis de donner une représentation médiatique d’une démocratie chimérique et aux députés amis de piquer de temps à autre, une de ces colères indispensables à la comédie générale.

Soltani n’a pas réalisé qu’il n’était, au mieux, qu’un feudataire du régime, c’est-à-dire un vassal privilégié, possédant certes un fief mais qui devait foi et hommage au seigneur suzerain.

Ainsi est bâti le système où il est devenu membre de « l’Alliance présidentielle » : on soupe à la même table que la noblesse dirigeante mais sur le pied commensal, c’est-à-dire en qualité de serviteur, soigneusement tenu à l’écart, mais toujours à portée de main. En échange des services rendus, l’écuyer a droit au privilège commensal qui le conserve  dans l’honneur des préséances dirigeantes, des « sauvegardes particulières » liées à l’honneur de servir le Roi, et qui le placent au dessus du milieu social dont il était issu. Il peut ainsi obtenir un chiffre inespéré de députés et même de ministres, bénéficier des avantages et de la considération de la famille et de quelques autres avantages insignes,  comme le droit à l’exemption, le droit de ne pas être soumis aux mêmes exactions que le commun des opposants, la censure par exemple, le droit de parler à la télévision, de tenir meeting, enfin tous ces insignes avantages qui forment la dignité commensale,  contrepartie dont le régime s’acquittait à l’égard de l’opposant-collaborateur afin qu’il puisse en recevoir un affectueux et assidu service.

Mais là s’arrêtent les droits.

Qu’avait-il donc, le sieur Aboudjerra Soltani à prétendre outrepasser son rôle d’écuyer et empiéter sur celui des vrais héritiers ?  Oh, il a conscience du privilège commensal et ne veut surtout pas d’une démocratie qui le pousserait hors de la table. Il tient à la soupe commensale. L’Assemblée constituante qui mettrait tout à plat ? « Nous sommes contre cette idée. Nous ne voulons pas retourner à 1963. Nous ne voulons pas ruiner les acquis des Algériens et retourner cinquante ans en arrière. Nous voulons avancer et non pas reculer.» Pas folle, la guêpe, sauf qu’elle a des dents longues !.

Il a commencé à les montrer en 2009 déjà , rêvant tout haut du poste de Premier ministre. «Je ne fuirai pas mes responsabilités. Je dirai oui si le Président Bouteflika me le demande», a –t-il laissé tomber, le 27 juillet, devant l’université d’été des jeunes militants de son parti, à Birkhadem.
Le chef de l’Etat ne l’a pas contacté, mais qu’à cela ne tienne.  Un mois plus tard, le 29 août 2009, Aboudjerra Soltani révèle au quotidien Asharq el-Awsat qu’il s’était fixé comme objectif la conquête du pouvoir en 2012. «Vous savez, cette année-là (2012 Ndlr) coïncidera avec le 50e anniversaire de l’Indépendance du pays. Nous avons toujours prédit qu’il nous faut au moins un demi-siècle afin que le flambeau de la génération qui a libéré le pays transmette le pouvoir à la génération de l’Indépendance. Nous avons coché cette date parce qu’elle coïncide avec le 50e anniversaire de l’indépendance du pays. Et nous représentons justement cette génération et ses préoccupations futures.»
Belkhadem et Ouyahia sont pour l’interdiction des marches dans la capitale? Lui est « pour l’autorisation des marches pacifiques à Alger à condition qu’il y ait des engagements de la part des partis politiques qui souhaitent marcher. » Belkhadem et Ouyahia sont  contre l’agrément de nouveaux partis politiques ? Lui : « Nous soutenons les libertés. L’agrément de nouveaux partis doit être soumis à deux conditions. On ne revient pas à la tragédie nationale. C’est une ligne rouge. La seconde condition est de respecter la Constitution et les lois de la République, ne pas menacer l’unité nationale et garantir une valeur ajoutée pour le pays. »
Et pour mieux irriter, il clame, le front haut, que  « les réformes politiques indispensables en Algérie doivent être portées par d’autres personnalités que celles qui sont actuellement au pouvoir. »

Une preuve vivante

Aboudjerra Soltani est l’incarnation de la dérégulation du régime algérien. En  formulant un discours opposé à celui de la « famille », il étale au grand jour la parodie de pouvoir. Elle ne repose sur aucune cohérence interne. Aucune valeur, sauf la finasserie et la ruse.
Soltani, en plus d’être la preuve vivante de la nature mafieuse de notre régime, est également l’incarnation de l’opportunisme qui en est la mie.
Comment lui qui a voté, en 2008, l’amendement de l’article 74 de la Constitution en vient-il à revendiquer aujourd’hui une nouvelle loi fondamentale où le président de la République est rééligible une seule fois ?
« Je ne vois aucune contradiction. En 2004, nous avons choisi de nous allier au chef de l’Etat pour lui permettre d’achever ses objectifs, notamment celui de passer de la concorde civile à la réconciliation nationale. En 2009, la situation sécuritaire et politique en Algérie nous ont imposé le besoin d’accorder au Président Bouteflika un autre mandat. Nous l’avons fait dans l’intérêt de la nation. Il est dans l’intérêt national, aujourd’hui, de revenir à la situation ordinaire visant l’alternance au pouvoir. Cela nécessite une révision globale de la Constitution limitant le mandat présidentiel. »

Allez trouver mieux !
Alors, le mauvais fils est devenu indésirable. On lui rappelle qu’il n’est qu’un écuyer, un collaborateur d’appoint, loin d’être indispensable : «Même avec le retrait du MSP, nous avons une majorité au sein de l’Assemblée nationale populaire. Avec les 137 députés du FLN et les 62 autres du RND, nous sommes à 199 députés, nous sommes, donc, majoritaires », clame Ouyahia, avec, dans les yeux, la malice qu’on devine. Soltani est banni. On lui préfère désormais l’autre frère, Menasra, le frère-ennemi. A lui la case islamiste.
Mais comme dans tous les mauvais polars, le bad boy se rebiffe :  Soltani n’écarte pas l’éventualité de faire imploser la coalition présidentielle. «Notre avenir dans cette coalition sera tranché en juillet prochain, à l’occasion de la réunion du conseil consultatif (majliss echoura) » (l’Expression publiée le 22 mars 2011).

Ainsi meurent les régimes sans morale : en nous léguant les monstres qu’ils ont enfantés.

Par iris samy

4 avril, 2011

 

Tariq Ramadan: «J’ai touché le point où la France est sensible»

 dans farnce 9782845922907

Tariq Ramadan, de passage à Paris, reçoit dans un hôtel place de la République. Ses contempteurs acharnés, persuadés que chaque mot comme chaque geste tiennent chez lui du double discours, y verront quelque indice supplémentaire de la duplicité du personnage. Après tout, certains poussent la vigilance jusqu’à relever que son prénom en fait l’héritier de ce Tariq ibn Ziyad, qui conquit la péninsule Ibérique en 711, voilà exactement 1.300 ans, avant de… baptiser Gibraltar (déformation de Djebel – mont – Tariq). Il se trouve même deux ou trois censeurs attentifs pour avoir repéré que l’épouse de Tariq Ramadan, une Française convertie à l’islam, se prénomme Isabelle, histoire sans doute pour le mari de mieux détrôner Isabelle la Catholique!Bref, Tariq Ramadan serait le diable et il faudrait, pour l’interroger, un long microphone. Miniaturisation électronique oblige, le journaliste de Mediapart est venu avec un petit magnéto et des préventions les moins envahissantes possibles, recueillir les propos d’un pestiféré.

 

Dans l’entre-deux tours des élections cantonales, Jean-François Copé, s’appuyant sur Le Figaro, obtint le retrait de Martine Aubry et de Laurent Fabius des signataires d’une pétition du Nouvel Observateur et de Respect Mag, «contre le débat-procès de l’islam» lancé par l’UMP sous couvert d’évoquer la laïcité. Pour quelle raison? Tariq Ramadan, repoussoir national, figurait sur la liste. Explications du chien dans le jeu de quilles…

On dirait qu’en France, une fatwa a été lancée contre vous… 

Tariq Ramadan: En tout cas il existe une exception française: je l’ai rencontrée à mes dépens. On me rapporte même que Paris ferait pression pour m’expulser de différentes instances au niveau européen. Il y a eu, en France, une déferlante à mon encontre à partir de l’automne 2003, c’est-à-dire après la publication de mon article intitulé «Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires» puis mon débat, sur France-2, avec Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur et des cultes. La France est actuellement l’un des seuls pays au monde où l’accès des universités m’est pratiquement interdit.

Les Etats-Unis d’Amérique s’étaient crispés à votre encontre sous leur précédent président…Mon visa avait effectivement été révoqué en août 2004, du temps de Bush, sur décision du secrétaire adjoint à la défense Paul Wolfowitz et du vice-président Dick Cheney. En janvier 2010, Hillary Clinton et l’entourage du président Obama ont réglé la question. Je pars la semaine prochaine aux Etats-Unis, où je bénéficie d’une entière liberté de parole. Il n’y a donc plus qu’en France que je subis une diabolisation perpétuelle.

À quoi attribuez-vous cette «diabolisation», puisque vous ne reprenez pas le terme de fatwa?…

 Ce mot me fait néanmoins volontiers sourire et m’apparaît bien choisi puisqu’il désigne une opinion pratiquement de l’ordre du législatif; une opinion transversale (qui touche la gauche comme la droite) et politique…

La France connaît un contentieux avec le religieux, la laïcité et la nouvelle présence musulmane. Moi qui ne viens pas de banlieue ni ne suis représentatif des exilés économiques, j’ai pris la parole pour expliquer leur réalité. Et j’ai touché le point où la France est sensible, elle qui souffre d’hypertrophie du fait musulman. On m’a fait payer pour cette réalité qu’on refuse de voir, d’autant que j’ai très vite dit que la question n’est pas religieuse mais sociale.

J’ai également payé mon positionnement sur la question israélo-palestinienne. On a essayé, à gauche et à droite, de me faire passer pour antisémite. En vain. Je reproche simplement que trop d’intellectuels lisent, chez vous, les phénomènes français et internationaux à travers le prisme de leur soutien à Israël. J’ai également reproché à Alain Finkielkraut son assertion selon laquelle le nouvel antisémitisme est arabe. Je refuse toute généralisation abusive. J’ai toutefois reconnu, voilà une dizaine d’années, qu’il y a de l’antisémitisme dans les communautés musulmanes et arabes et qu’il faut le critiquer. Je concluais ce texte en écrivant que l’avenir appartient à ceux qui sortiront de leur appartenance communautaire pour en venir à des principes communs.

Vos ennuis avec la France ont peut-être à voir avec des enjeux de mémoire, où entre en ligne de compte le souvenir des guerres coloniales…

 C’est vrai, la France n’a pas réglé sa relation avec l’Algérie ni avec l’Arabe. Je suis maintenu en lisière du forum intellectuel français en tant que représentant de cet être colonisé.

Même si vous y échappez apparemment, avec votre élégance perçue par vos ennemis tel un signe supplémentaire de fourberie…

 Oui, je suis accusé de tenir un double langage, selon un discours stéréotypé qui reprend des bribes déjà entendues au sujet de la présence juive en France, dénonçant leur double loyauté, l’internationale juive, etc. Il est impossible de discuter des idées tant que me sont opposés ces reproches réchauffés sur le moratoire concernant la lapidation, sur ma condition de petit-fils de Hassan Al-Banna, fondateur des Frères musulmans en 1928 en Égypte….

Or que dis-je en France, devant des salles combles, à mes auditeurs musulmans ? Vous n’avez pas à être moins vous-même pour être français. Ne demandez pas à la France de changer mais réclamez-lui d’appliquer ses propres règles avec cohérence… Je m’oppose à la mise sous contrôle de l’islam en France par Nicolas Sarkozy qui, comme ministre de l’intérieur hier, comme président de la République aujourd’hui, entend jouer au mufti des musulmans. Il n’est pas là pour donner le la mais pour veiller à l’application des lois de façon cohérente. Je gêne parce que j’encourage les Français de confession musulmane à la dignité, à l’égalité et à l’autonomie par rapport au pouvoir.

«Je suis légaliste»

Vous êtes perçu tel un instrument. La France vous voit comme un cheval de Troie islamiste. La Grande-Bretagne vous considère au contraire comme une sorte de furet utilisé dans une commission instituée par Tony Blair pour déloger («root out» est-il écrit sur le site de votre université d’Oxford) l’extrémisme radical musulman…   

 Je n’avais pas connaissance de cette présentation britannique…

Cette fonction utilitaire et supplétive vous gêne-t-elle ?

J’apparais, notamment dans le milieu universitaire britannique, comme la voix de la raison, de la réforme, de l’installation: celui qui va calmer ceux qui repoussent toute collaboration possible avec le gouvernement. J’ai toujours été un lien. Je n’ai jamais refusé de rencontrer des responsables politiques.

En France, l’année dernière, j’en ai vu huit, de gauche comme de droite. Je ne vous donnerai pas de nom, ils ne veulent pas que ce soit su. L’un m’a confié : si je vous vois aujourd’hui, c’est que je n’ai pas de mandat. On sait le type de population que je touche, on me consulte avec une authentique volonté de comprendre et, dans le même temps, on participe à ma diabolisation publique. Voilà ce qui se passe en France…

En donnant votre nom à la pétition du Nouvel Observateur, saviez-vous qui vous alliez côtoyer ?

 Non, j’ai signé un texte, sans me soucier des signataires.

La laïcité apparaît à certains de ses défenseurs aussi intangible qu’une religion. Vous, au nom du sacré, réclamez-vous l’aménagement de cette loi qui régit l’espace public?

J’ai changé. En 1992, dans Le Monde, je réclamais une laïcité ouverte, capable de se négocier pour faire une place à l’islam, nouveau venu depuis 1905.

Vous réclamiez l’autorisation du voile, ainsi que des cimetières tournés vers La Mecque.

Je croyais en effet que la laïcité s’opposait à ces questions. Je m’étais trompé. En réfléchissant avec la Ligue de l’enseignement ou avec des spécialistes comme Jean Bauberot, j’ai compris qu’il n’y avait nul besoin de négocier puisque la laïcité offre une latitude d’application beaucoup plus large.

Grâce à Jaurès, au moment des débats voilà plus d’un siècle à la Chambre des députés…

Exactement. Émile Poulat, que j’ai lu, m’a fait comprendre qu’il ne faut pas confondre la laïcité légale, c’est-à-dire son institutionnalisation par la loi qui offre toute latitude, avec l’idéologie laïque de certains, qui font dire à la laïcité ce que jamais la loi ne stipule. La vision large et généreuse de Jaurès a effectivement triomphé d’une lecture restrictive, qui confond laïcité et remise en cause de la religiosité. Un retour au texte de loi m’a permis de découvrir que les marges de manœuvres jadis offertes aux catholiques, aux protestants et aux juifs, permettent aujourd’hui aux musulmans de trouver leur voie.

Vous dénoncez donc un intégrisme laïque ?

Je rejoins Jean Bauberot sur ce point. L’application des lois concernant la laïcité est liée aux perceptions que suscitent ceux auxquels le texte s’applique. Quand on a confiance en le sujet visé par la législation, on se montre inclusif ; quand on se méfie de lui, on se montre protecteur, c’est-à-dire qu’on se livre à une lecture surprotégée de la laïcité, qui vient en dénaturer l’esprit dans le cas d’espèce de l’islam.

J’en suis donc venu à proposer d’appliquer la loi telle qu’elle est. À propos du foulard, on m’a accusé de vouloir changer la loi. Faux ! En définitive, c’est la République française qui a changé la loi, en 2004, pour la rendre plus restrictive sur les signes religieux (le foulard était essentiellement visé). Auparavant, la loi française ne posait dans sa lettre aucun problème sur le fait de porter le foulard à l’école. Je suis légaliste. Une fois cette loi de 2004 votée, j’ai dit aux jeunes filles musulmanes : entre l’école et le foulard, choisissez l’école.

Pour ce qui touche aux cimetières, quand les musulmans réclament ce que les catholiques, les juifs ou les protestants ont déjà, on leur reproche de réclamer une spécificité musulmane. Ce sont des lectures restrictives qui font qu’on en arrive à des traitements différenciés. Ma position consiste à demander, depuis 1997, que soit appliquée la loi, rien que la loi, toute la loi sur la laïcité. Je l’ai écrit dans le livre Mon intime conviction (Ed. Presses du Châtelet, 2009), mais on refuse de l’entendre…

La déchristianisation fut la suite logique de l’obscurantisme de l’Église. Pourquoi une désislamisation ne serait-elle pas induite par l’obscurantisme de la Mosquée ?

Les mosquées ne représentent pas, au niveau de l’islam, ce que l’autorité cléricale représente s’agissant du catholicisme. Vous avez certes, ici en France, des imams venus des pays d’origine, complètement déconnectés de la réalité européenne et hexagonale. On les suit le vendredi, mais ils n’ont aucune autorité sur le quotidien de leurs fidèles. En revanche, existe un tissu associatif musulman hyper dynamique, avec une capacité de mobilisation phénoménale, rythmée par des moments: chaque vendredi, des centaines de personnes se réunissent. Dans l’entre-deux, loin des mosquées mais proches des fidèles, s’accomplit un véritable travail de conscientisation. Il y a un dynamisme lié à l’appartenance.

Semblable à celui qu’offrait, jusque dans les années 1970, le parti communiste français, avec le rituel laïque des réunions de cellules!

Je ne connais pas bien cela… En termes de tissu associatif et de mobilisation idéologique, un parallèle est sans doute possible. La seule différence touche au symbolique religieux: sachez qu’en France, aujourd’hui, être musulman n’est pas facile. Vous en prenez tous les jours pour votre grade. D’où un phénomène bien connu: on vous frappe et cela vous donne une certaine énergie. Il s’ensuit quelque chose d’imprévu, dans tous les pays européens: il n’y a pas désislamisation mais réislamisation. Le retour à la pratique religieuse est plus important chez les étudiants que dans les populations les plus paupérisées. La religion n’est donc pas le dernier recours (le fameux opium!) du peuple privé d’espoir. La religion ne peut être résumée à ce bastion-là. C’est aussi un élément de construction intellectuelle chez une jeunesse installée. Il y a donc l’émergence de consciences françaises de confession musulmane équipées intellectuellement pour faire face au débat. Je ne suis, en ce sens, que l’arbre qui cache la forêt poussant un peu partout en France et en Europe.

 

«Déplacer le centre de gravité de l’autorité en islam»

À cette émergence au nord de la Méditerranée répond, au sud, des révolutions arabes aux mots d’ordre résolument universels, sinon désislamisés…

Nous assistons tous aux vendredis de la liberté. Il ne s’agit pas simplement d’un fait religieux, mais le fait religieux mobilise et galvanise la possibilité de porter un discours qui va dépasser l’appartenance religieuse et donc inclure, par exemple, les coptes en Égypte. Ce ne sont pas les islamistes qui ont porté les révolutions, mais celles-ci ne sont pas dirigées contre l’islam. Voilà pourquoi je dis en Europe: appuyez-vous sur ce qui est en train de se passer dans le monde majoritairement musulman, pour montrer aux islamophobes qu’ils se trompent, dans la mesure où, vous aussi, vous avez des mots d’ordre universalistes.

Cependant, bien des jeunes Français musulmans me racontent comment ils se tournent vers le parti socialiste voire vers l’UMP, avec une idée ouverte de citoyenneté en tête, pour se retrouver sciés à la base : ils sont uniquement perçus comme des musulmans et des Arabes… La prégnance de l’appartenance à l’islam apparaît plus importante que les valeurs universalistes pourtant partagées : voilà tout le problème de la France.

Vous ne visez donc pas à islamiser la modernité?

J’ai déjà répondu dans L’Islam radical. Je veux être à la fois complètement musulman et complètement moderne. Pourquoi aurais-je un problème avec la modernité et sa définition ? Serait-elle étrangère à mes références ? Je ne suis pas moins musulman parce que je relève les défis de la modernité, qui n’est pas pour moi un champ clos strictement occidental, mais qui représente la capacité de vivre avec son temps, à tous les niveaux: économiques, politiques, intellectuels, ethnologiques et culturels.

La modernité peut de toute façon favoriser des contre-feux archaïques, comme chez cet ingénieur pieux saoudien ayant inventé une voiture diffusant, dès qu’on ferme la portière, non pas des consignes de sécurité mais des sourates du Coran…

Ce que vous appelez archaïsme recoupe aussi des principes fondamentaux, ou des questionnements sur ces principes. Dans La Réforme radicale, éthique et libération, que j’ai publié en 2009, j’explique qu’il faut mettre un terme à l’obsession musulmane de la norme et revenir aux finalités. Cela consiste donc à déplacer le centre de gravité de l’autorité en islam. Il faut ouvrir des chantiers de façon que des spécialistes musulmans et non musulmans développent, ensemble, une éthique sur les questions de médecine, de culture, liées à la place des femmes, ou à l’économie. Je suis contre l’idée qu’il y ait une économie islamique. Je suis pour une éthique islamique en économie. Nous rejoindrons alors les éthiques chrétiennes, athées, ou marxistes. Personne ne m’interroge jamais sur ces points en France, alors que j’ai effectué une tournée des universités américaines sur ces questions, qui m’a permis de constituer un réseau d’étudiants capables aujourd’hui de travailler sur de telles problématiques.

Quand les musulmans, au XIIIe siècle, se sont sentis dominés, en minorité, leur premier réflexe, intellectuellement compréhensif mais alarmant, fut de se bloquer sur la norme, moyen classique de protection des cultures et des religions. Du coup la confiance, qui avait fait de l’islam une civilisation du savoir et de l’art, s’est effacée au profit d’une civilisation de la résistance par la norme. Il faut enfin en sortir!

Une religion peut-elle se contenter d’une condition de minoritaire, en particulier l’islam, fondé sur l’expansion ?

Il y a d’une part le problème, international et historique, de se sentir dominé par l’Occident. Il y a d’autre part la situation des musulmans dans les sociétés occidentales ayant développé une intelligence de minoritaires. Nous devons donc échapper à deux dispositions intellectuelles aggravantes. La première est celle de la victime: comment les citoyens européens de confession musulmane vont-ils cesser d’être simplement objets de la perception d’autrui pour devenir sujets de leur histoire? Ils doivent se réconcilier avec la posture de sujet, individuellement – parce qu’il y a un individu musulman, que je ne mélange pas avec le collectif. Il existe un primat de l’individu, même dans la tradition religieuse: «Un jour vous serez seuls», nous est-il dit dans le Coran…

En plus de sortir de la condition de victime pour devenir des sujets de droit, d’intelligence et d’autonomie, il faut effectivement sortir du statut minoritaire. Si vous avez compris la laïcité et la sécularisation, vous n’entrez pas dans le débat d’un point de vue minoritaire: il n’y a pas de citoyenneté minoritaire, chacun parle d’égal à égal. La question du fait religieux doit aussi être abordée d’égal à égal, en tant que citoyens. Or les politiques mélangent les genres. Ils appréhendent une notion qui nous met théoriquement tous sur un pied d’égalité, la laïcité, en se drapant dans leur condition de représentants d’un fait culturel ou religieux majoritaire. Il faut casser cela.

Approuvez-vous l’intervention en Libye?

J’ai condamné l’invasion de l’Irak. Mais j’ai aussi blâmé la non-intervention à Gaza. Face au massacre qui se préparait à Benghazi, je pensais qu’il fallait trouver une solution. Une zone d’exclusion aérienne à tout le moins. Il fallait fixer les limites, les conditions et les perspectives d’une intervention. Or je crains que certains soient allés jusqu’au bout de l’attentisme pour intervenir au dernier moment. Alors ils ont eu les mains libres. La manipulation fut patente. Toute discussion pour encadrer leur entremise s’avérait impossible, tellement le temps pressait. La nécessité de s’interposer ne fait aucun doute pour moi, mais la façon dont ce fut enclenché n’est pas due au hasard…

par-iris samy

4 avril, 2011

Assassinat de Tounsi: Zerhouni a fait une déclaration hâtive et tendancieuse

zerhouni.jpgPar Iris samy 

Je n’ai pas la prétention d’avoir la compétence d’un flic, d’un procureur ni d’un juge d’instruction pour tirer une quelconque conclusion sur l’affaire Ali Tounsi. Je n’ai nullement l’intention de me prononcer avant la justice mais les déclarations du brillant ministre de l’Intérieur, je persiste et signe, sont incohérentes et ne tiennent pas la route. Sans situer clairement les circonstances de l’assassinat, Zerhouni a fait une déclaration hâtive et tendancieuse dirai-je pour paraphraser la famille de la victime réfutant en bloc la version officielle servie par le célèbre vizir notoirement connu pour maîtriser l’art de savoir mettre le feu aux poudres dans ses sorties médiatiques entachées d’arrogance.

Après avoir privilégié la piste de la démence mentale pour le prévenu alors qu’il s’agit d’une question technique relevant des compétences d’un expert en psychiatrie, l’homme fort du clan d’Oujda avance que “l’assassinat a eu lieu sans témoin et qu’il est l’aboutissement d’une affaire personnelle entre les deux hommes” Et d’ajouter enfin que la justice planche sur l’affaire pas avant d’avoir, de par ses déclarations controversées, orienté implicitement le cours de l’enquête judiciaire. Il y a de fortes chances pour que l’issue du procès ainsi influencée par les déclarations d’un homme influent comme Zerhouni aboutisse illico à la relaxe de l’assassin si la juridiction en charge de l’affaire obtient juste une expertise technique confirmant le scénario prématurément mis en avant par l’homme qui aurait pu être considéré comme le suspect n°1 dans l’assassinat pour le seul fait d’avoir eu de retentissants différents avec feu Ali Tounsi. Ce qui me fait chier dans ce semblant d’état de droit c’est que non seulement Zerhouni n’est même pas interpellé par exemple pour faire valoir son alibi au moment du crime mais se hâte à tirer des conclusions qui entravent le travail de la justice et porte une sacrée influence sur le jugement que rendra la juridiction.

Une question mérite d’être posée dans cet assassinat ponctué de nombreuses zones d’ombre:  “qui est réellement atteint de démence en plein exercice de ses fonctions?” Ce n’est un secret pour personne: tous les Algériens le connaissent pour son “quotient intellectuel très élevé” et sa manie remarquable pour dire des bêtises à chaque fois qu’il ouvre son clapet. Je rejoins cet internaute qui a fait remarquer que cet homme arrogant et stupide ne mérite pas d’être berger dans un pays qui se respecte. Conclusion en plaidant prématurément la thèse de la démence mentale, Zerhouni présente déjà à la justice un prévenu qui a commis un crime certes mais sous l’effet de la démence mentale donc un acte qui, aux yeux du code pénal, il est systématiquement relaxé et transféré dans un centre spécialisé pour aliénés mentaux.

Quel Algérien pourra dire non à cette issue du procès où il s’agira de blanchir le tueur de la manière la plus légale du monde ! Avec une justice aux ordes comme la notre, même si la famille de la victime demande une contre expertise la juridiction a le droit de la refuser ou alors désigner un autre expert judiciaire auquel on intimera l’ordre de confirmer la version officielle. Cela m’étonnerait que toute la lumière sur le crime soit faite et que le colonel Oultache ait commis un acte criminel isolé. L’hypothèse d’un règlement de compte demeure la plus plausible pour le plus modeste Algérien apolitique et naïf ! c’est bien la question qu’a posé feu Boudiaf et malheureusement on la pose encore aujourd’hui: où va l’Algérie ?

4 avril, 2011

 

El Kseur : Les enfants de la décharge publique

 

Des adolescents sont toujours là à fouiner dans les monticules d’ordures à la recherche d’objets susceptibles d’avoir la moindre valeur marchande.Par la force des choses et de la…misère, ils ont fait de cette décharge publique leur gagne-pain.

Une escouade de jeunes écume chaque jour que Dieu fait la décharge publique d’El Kseur, une grosse plaie purulente nichée dans un écrin de verdure. Leur âge oscille entre 13 et 17 ans. Leur destin rappelle étrangement celui des personnages de «l’Olympe des infortunes», un roman à succès de l’écrivain Yasmina Khadra. A ceci près, cependant, que ces infortunés mioches n’ont rien de marginaux, encore moins de desperados. «Je suis ici depuis 2008, année où je me suis fais viré de l’école suite à des résultats catastrophiques. J’ai atterri sur cette décharge par pur hasard. Je cherchais des asperges dans les parages quand je suis tombé sur un matériau de rebut que j’ai, par la suite, troqué contre quelques piécettes. C’est ainsi que l’idée d’en faire une activité a germé dans ma tête», se remémore Toufik, vraisemblablement le plus âgé d’entre ces jeunes. «Je dois avouer, ajoute-t-il, que ce n’est pas de gaîté de cœur que je passe le plus clair de mon temps dans cette satanée décharge mais que j’y suis contrains et forcé, ne serait-ce que pour avoir une certaine autonomie financière». Par cette moite et brumeuse matinée de début mars, l’air dans le périmètre de la décharge d’El Kseur, qui semble en perpétuelle combustion, est irrespirable.

Odeurs pestilentielles

Les pestilences des déchets disséminés à perte de vue emplissent l’atmosphère. Mais qu’à cela ne tienne, semblent se dire nos sémillants jeunes hommes, qui sont toujours là à fouiner dans les monticules d’ordures à la recherche de quelque objet susceptible d’avoir la moindre valeur marchande. «Cela n’a rien d’une sinécure, car il faut braver le mauvais temps, les mauvaises odeurs, la fumée et s’exposer à un tas d’autres dangers pour du menu fretin», lâche sur une pointe de dépit Djamel, un autre môme qui nous dit préférer se contenter de clopinettes, même à ses risques et périls, que de devoir verser dans le chapardage ou tendre la sébile. «Nous recherchons surtout les déchets métalliques, tels que le fer, le cuivre, l’aluminium et le zinc. Des métaux que nous refilons aux récupérateurs de déchets installés aux abords de la RN9», nous confient ces jeunes qui, par la force des choses et de la…misère, ont fait de cette décharge publique leur gagne-pain.

par_iris samy

3 avril, 2011

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Le regime brutal de Kadhafi est le meme que celui de Ben Ali et de Moubarak ainsi que celui de Bouteflika qui refuse de laisser les Algeriens manifester sans violence et exprimer leur degout face a
un pouvoir repressif et abusif car ils prennent leur peuple pour des esclaves qui n’ont pas le droit a la parole et les fouettent quand ils les derangent ou les critiquent. Toutes les
administrations et les companies doivent fermer pour exprimer leur soutien aux etudiants pacifiques malmenes et tabasses par une armee de 20 a 30 000 policiers, tout une armee qui devrait se ranger
dans le camps des etres integres qui aspirent a la liberte, a la paix, au respect, a une nouvelle, propre et sincere ouverture sur le monde, au developement des idees, aux inventions, a la
modernisation du pays, a la proprete des quartiers et des rues, a l’egalite des chances au travail, a une habitation moderne. Ces policiers et membres du DRS sont assez nombreux pour asphyxier le
nombre de manifestant. Tous les Algeriens qui revent d’une nouvelle et prospere Algerien doivent marcher ensemble, cote a cote pour eviter des effusions de sang, des morts et des blesses surtout
pour eviter que le payes ne tombe dans le chaos.

L’odieux Ben ali a laisse des centaines de morts derriere lui et Kadhafi n’a pas hesite a faire la guerre a son propre peuple tuant des milliers apres l’avoir voue a la misere et a la discrimination, apres avoir employe des milliers de travailleurs etrangers overpaid qui gagnaient $7000 a 15 000 dollars par mois pour le narguer et le
inciter aux emeutes et aux rebellions. Il a pousse ses jeunes voues au chomage et a la misere, apres des massacres plus de 1600 prisoniers et apres avoir enterre vivants des opposants.

 

Qui sait? Il est fort possible que Bouteflika et ses generaux notoires aient fait la meme chose avec les disparus. Leur atout repandre la peur et la terreur pour paralyser, asservir le peuple et le torturer
sans merci, faire disparaitre des milliers sans laisser aucune trace, aucun indice. Ces tueurs- enfumeurs laches qui ont detruit et dilapide les biens sociaux et les enormes revenus qui s’adonnent
au blanchiment d’argent dans presque tous les pays du monde et traitent le pays comme leur propre propriete privee, s’achetent les services de mercenaires et s’associant a d’autres malfaiteurs out
for what they can get pour une tranche du gateau dore chez les poules aux oeufs d’or qui n’arretent pas de pondre des milliards chaque annee et dont ils s’accaparent sans retenue. Ils pensaiet que
leurs maitres et complices leur permettraient l’immunite a jamais et se croyaient intouchables. Ceux-la meme qui les soutenaient pendant des decennies et fermaient l’oeil sur leurs deboires, sur
leurs assassinats et attentats qu’ils commettaient et les mettaient sur le dos de citoyens completement et totalement innocents comme le pretendu assassin du president Boudiaf tout cela pour nous
donner une mauvaise reputation, donnant des listes a l’occident de personnes a eliminer, a torturer, a assassiner et a tourmenter sans arret pour leurs bon plaisir et pour continuer a regner comme
des bourreaux assoiffes de petro-dollars et surtout insatiables. Qu’attend le conseil de securite pour geler leurs butins? Celui de Bouteflika, de son frere, des clans d’Oujda and co, des deputes,
des generaux tortionnaires, des membres et complices du regime, des 5000 milliardaires?
Pour continuer la lutte contre la corruption tout Algerien digne de ce nom et integre doit refuser de se faire acheter car ces demons se serviront d’eux pour rester au pouvoir et ne se generont pas
pour les massacrer plus tard ou laisser quelque sioniste criminel entrer au pays pour voler et de mutiler leurs enfants dans le but de vendre leurs reins, leur coeur, leurs poumons a des
Isrealiens, a des Americans, a des Europeens a n’importe quel acheteur pour 100 000 dollars et s’enrichir sur le dos de nos jeunes ou meme adultes tous disparus dans des circonstances mysterieuses.

par_ahf

1 avril, 2011

Le double jeu des Américains en Algérien!!!

 dans pétrole ALgérien? Boutef3

par Mohamed Tahar Bensaada 

Les Américains qui se sont fait discrets au début de la révolution tunisienne et qui ont attendu les derniers jours de la révolution égyptienne pour que, de guerre lasse, ils se rangent -du moins en paroles- du côté du peuple égyptien, ont été particulièrement rapides en ce qui concerne l’Algérie à en croire leur appel en direction du gouvernement algérien sommé de ne pas utiliser la violence contre les manifestants pacifiques. A première vue, les observateurs et les défenseurs des droits de l’Homme ne pourraient que s’en réjouir. Mieux vaut tard que jamais ! L’Administration américaine a peut-être tiré les enseignements de la Tunisie et de l’Egypte et pourrait désormais mettre au premier rang de ses priorités diplomatiques le respect des libertés et les garanties démocratiques. Si on ne veut pas confondre la politique et la samaritaine, il faut bien pourtant analyser de plus près cette soudaine agitation diplomatico-démocratique.

De quoi s’agit-il exactement ? Une marche d’un millier de personnes empêchée fermement mais sans violences par la police et qui s’est transformée en rassemblement. Une marche à laquelle a appelé une « coordination nationale pour le changement et la démocratie » (CNCD) composée essentiellement du RCD, de la ligue de défense des droits de l’Homme et de quelques associations de la société civile. Une marche qui a été rejetée par la majorité des partis de l’opposition socialiste et islamiste et par un grand nombre d’organisations syndicales et d’associations autrement plus représentatives. Mais le plus grave est que cette marche a été organisée sous l’impulsion d’un parti (RCD) connu pour avoir participé durant la décennie 90 à la répression féroce contre les islamistes et pour ses liens organiques passés et présents avec les secteurs les plus durs, les plus corrompus et les plus antipopulaires de l’armée.

Comment la diplomatie américaine peut-elle se mouiller aussi grossièrement dans une combine pareille ? Pour le comprendre, revenons aux confidences diplomatiques révélées par le site wikileaks. Nous apprenons deux choses. Premièrement, le leader du RCD, Said Sadi, est nommément cité pour avoir révélé à l’ambassade américaine les informations confidentielles qu’il aurait reçu du patron du DRS, le général Toufik, suivant lesquelles le régime est condamné et que le président Bouteflika ne terminera pas son second mandat pour cause de maladie et d’isolement politique. Sadi a-t-il agi en électron libre à la recherche d’un soutien américain pour une future candidature aux présidentielles ou bien a-t-il agi en service commandé, on ne le sait pas pour le moment, mais une chose est sûre son « information » a été démentie par la suite, puisque Bouteflika a réussi son pari d’un troisième mandat pourtant fort contesté !

Le Leader du RCD, Saïd Sadi avec son ami Bernard-Henry Lévy au festival de Cannes

Les Américains se sont-ils fait avoir en croyant que Bouteflika n’allait pas se présenter à un troisième mandat et en misant sur des alliés au sein de l’institution militaire qui se sont avérés impuissants à leur accorder ce qu’ils attendaient aussi bien sur le plan économique que sur le plan militaire ? C’est probable si on se réfère à un autre câble révélé par wikileaks dans lequel les diplomates américains en poste à Alger pointent amèrement du doigt les irrégularités qui auraient entaché la réélection de Bouteflika en 2009 ainsi que les chiffres exagérés avancés à cette occasion par le Ministère algérien de l’intérieur. Bien entendu, la bonne foi des diplomates américains n’est pas en cause puisque leurs « informations » proviennent toujours des mêmes sources algéroises qui ont intérêt à discréditer Bouteflika et à réduire sa marge de manœuvre, et au-delà celle de l’institution présidentielle, dans la guerre de pouvoir que se livrent les différents clans pour le contrôle de la rente.

Nul doute que la réaction américaine, suivie comme c’était prévisible par le parlement européen, Berlin et Paris, va donner du poil de la bête à une « opposition démocratique » moribonde et discréditée dans le peuple. Difficile de croire à la rhétorique démocratique des droits de l’Homme derrière laquelle se cachent les chancelleries occidentales quand on regarde de plus près les enjeux qui ont pour théâtre l’Etat et la société en Algérie. Comment peut-on soutenir la démocratie et les droits humains tout en soutenant un parti sur lequel pèsent de graves soupçons de participation à des crimes imprescriptibles via un escadron de la mort créé durant la décennie 90 à cet effet sous le nom d’organisation des jeunes algériens libres (OJAL) et dont un certain nombre de cadres restent passibles de poursuites devant des juridictions pénales internationales ?

Comment peut-on prétendre soutenir une ligne diplomatique soucieuse de la démocratie lorsqu’on soutient un islamiste radical comme Abdallah Djaballah (autre invité de marque de l’ambassade américaine) après avoir ignoré durant des années le calvaire du FIS avec ses milliers de militants et ses millions d’électeurs et après avoir justifié l’injustifiable soutien au dictateur égyptien déchu au nom de la crainte de la « menace islamiste » des Frères musulmans qui sont mille fois moins « radicaux » que Djaballah et ses acolytes ?

Si la rhétorique américaine et européenne sur la démocratie et les droits de l’Homme n’est là que pour servir de marketing à une défense implacable d’intérêts économiques sordides et de zones d’influence géopolitique, il est plus utile de chercher à démêler l’écheveau des contradictions américaines en s’en tenant aux intérêts des uns et des autres et aux contradictions qui traversent les relations algéro-américaines et leur impriment des contenus instables et des rythmes inégaux.

Enjeux géostratégiques

Sans atteindre l’importance de l’Egypte dans l’architecture géopolitique régionale, l’Algérie est un pays qui compte pour les Américains. Second PIB africain après l’Afrique du Sud, seconde armée africaine après l’armée égyptienne, sa profondeur saharienne en fait la première puissance de la zone du Sahel qui est en train de devenir le ventre mou de l’Afrique, après la Somalie, d’où peuvent se réorganiser et repartir en guerre les bataillons anonymes de la soi-disant Qaida. Ajoutés aux ressources que recèle un sous-sol riche non seulement en pétrole et gaz mais aussi en uranium, ces facteurs ne peuvent laisser indifférente une puissance mondiale comme la puissance américaine. La stabilité de l’empire c’est aussi la stabilité des zones sensibles de sa périphérie. Mais il y a stabilité et stabilité. Il y a des stabilités qui n’arrangent pas l’empire américain. Mieux vaut une instabilité contrôlée qu’une stabilité incontrôlée ! A peine sortie d’une guerre qui a fait 200 000 victimes sans parler des séquelles terribles sur le tissu social, l’Algérie commence-t-elle à faire peur ?

Pour comprendre les récentes contorsions démocratiques de la diplomatie américaine, il est utile de revenir aux mutations que connaît la région sur le plan géostratégique. Ce n’est pas un hasard si les pressions américaines sur l’Algérie s’accentuent maintenant, juste au lendemain la chute du régime de Moubarak. Durant la décennie 90, l’Algérie a subi un embargo de fait sur les armes. Durant cette période, l’Egypte faisait partie des trois pays (les deux autres étant la Turquie et l’Afrique du sud) qui ont fourni des véhicules blindés, des armes et des pièces de rechange à l’armée algérienne. Les relations entre les deux armées égyptienne et algérienne datent d’avant l’indépendance de l’Algérie.

L’Egypte fut le premier fournisseur d’armements au lendemain de l’indépendance. Les premiers MIG algériens furent un don égyptien. L’Algérie n’a jamais oublié le soutien de l’Egypte et n’a pas hésité à s’engager à ses côtés lors des guerres de 1967 et de 1973 et tout au long de la guerre d’usure. Après un refroidissement momentané à la suite des Accords de Camp David, les relations ont repris. Mais ce qui pourrait déranger les USA c’est une reprise de la coopération militaire et diplomatique entre ces deux pays qui pourraient créer un axe triangulaire avec la Syrie, un axe d’autant plus dangereux qu’il risque de renforcer la position diplomatique de l’Iran qui sortirait ainsi de son isolement régional. Cette éventualité est d’autant plus plausible que la position actuelle de la diplomatie algérienne sur le dossier iranien irrite quelque peu les Américains et les Occidentaux qui auraient souhaité utiliser la carte d’Alger dans leurs pressions sur l’Iran. Une diplomatie égyptienne plus indépendante pourrait aussi, grâce au soutien diplomatique algérien, regagner les positions perdues en Afrique au profit d’Israël. Les bonnes relations entretenues par Alger avec des Etats africains importants comme l’Afrique du sud et le Nigéria pourraient profiter à l’Egypte.

Mais un autre facteur pourrait entrer en ligne de compte et déranger également les calculs américains dans la région. Un des points faibles de la diplomatie égyptienne dans les prochaines années reste la dépendance militaire à l’égard des Etats-Unis. Certes, l’Egypte a commencé depuis quelques années un processus de diversification de la coopération militaire avec la Chine et le Brésil. Mais en qualité, l’armement reçu de la Chine ne fait malheureusement pas le poids par rapport à l’armement américain dont dispose l’armée israélienne. L’Egypte sera amenée à diversifier son armement, notamment auprès d’autres fournisseurs européens et/ou russes si elle veut avoir une force de dissuasion crédible. Sur ce plan, l’armée algérienne qui a commencé plus tôt son opération de modernisation grâce à sa coopération privilégiée avec la Russie, comme l’illustrent les rapports alarmistes des centres d’études stratégiques israéliens, pourrait coopérer avec l’armée égyptienne, ce qui permettrait aux deux armées de faire des économies d’échelle par la mise en œuvre de programmes communs. Dans ces conditions, l’accentuation des pressions diplomatiques sur l’Algérie, en ce moment précis, pourrait conduire la diplomatie algérienne à plus de prudence dans ses relations avec l’Egypte. C’est un signal diplomatique fort fixant par avance le prix exorbitant d’un hypothétique axe Alger-Le Caire-Damas, à fortiori bienveillant à l’égard de Téhéran.

Dossiers bilatéraux en suspens

Mais ces facteurs géostratégiques que la révolution égyptienne vient de propulser à la surface ne doivent pas occulter les dossiers bilatéraux en suspens qui déstabilisent parfois les relations algéro-américaines. La volte-face de Bouteflika dans le dossier concernant la loi sur les hydrocarbures qui a déçu le lobby pétrolier américain, un lobby qui ne peut qu’être déçu davantage par la nouvelle option algérienne en faveur des énergies renouvelables qui renforcera certainement la présence allemande en Algérie dans la même proportion qu’elle diminuera l’influence des Etats-Unis et de la France, le refus d’abriter le commandement de l’Africom dans le Sahara algérien et les campagnes conjuguées menées par les diplomaties sud-africaine, nigériane et algérienne contre l’établissement d’une base américaine dans tout autre pays africain, la fourniture de 30 tonnes d’armements algériens au gouvernement somalien soutenu par une force de l’Union africaine contre les miliciens Shabab soutenus par l’Arabie Saoudite, comme vient de le révéler wikileaks, sont autant de faits qui pourraient expliquer largement le mécontentement américain à l’égard d’Alger et son soutien subit aux gesticulations d’une « opposition démocratique » plus que suspecte.

Bien entendu, dans la perception diplomatique américaine, l’Algérie n’est pas ou n’est plus sur une liste noire mais les relations entre les deux pays continueront d’évoluer au gré des luttes d’influence des puissances rivales en Algérie mais aussi en fonction des manœuvres politiques des différents protagonistes de la scène algérienne. Malgré leur refus de livrer à l’Algérie des drones tactiques, les Américains espèrent toujours forcer la main au ministère de la défense algérien en vue de s’équiper en armements américains préalablement downgradés qui auront l’avantage de rendre l’armée algérienne dépendante de l’industrie militaire américaine sans porter atteinte à l’ « équilibre militaire régional ». Si l’Algérie a officiellement refusé l’installation d’une base américaine dans le sud, elle autorise en revanche les avions espions américains à voler au-dessus de l’espace aérien algérien, histoire de rassurer Washington sur le fait qu’elle n’a rien à cacher.

Si pour des raisons diplomatiques et de coopération avec l’OTAN, Bouteflika et certains cadres influents du ministère de la défense verraient d’un bon œil la réception d’avions F18 et d’hélicoptères Apache, d’autres officiers supérieurs restent méfiants et préfèrent compléter l’armement russe par un armement allemand, anglais et italien comme cela semble se dessiner pour deux contrats géants : le contrat pour la livraison d’une centaine d’hélicoptères Agusta-Westland de fabrication italo-britannique et le contrat de livraison de plusieurs frégates italiennes et allemandes pour la marine algérienne en plus du contrat entre Mercedes et le ministère algérien de la défense pour la fabrication de 4×4 pour l’armée et du contrat entre EADS-Allemagne et le ministère algérien de la défense pour la création d’une usine de composants électroniques.

C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre également la préférence algérienne pour EADS-Allemagne au détriment de l’Américain Raytheon dans les négociations en vue de parachever un contrat géant pour la clôture électronique des frontières algériennes. Tous ces dossiers bilatéraux en suspens et dont dépend le futur des relations algéro-américaines valent bien la dernière sortie diplomatique américaine que certains médias se sont empressés de relayer ! La démocratie a bon dos et pourrait devenir une carte en vue de compléter utilement le grand jeu qui se joue loin des projecteurs.

Mais au-delà de ces parties de poker menteur dans lesquelles jouent diplomates, agents secrets, faux journalistes et pseudo-démocrates, il reste les enjeux politiques, économiques et sociaux réels qui seuls comptent pour la société algérienne. Il ne fallait pas être sorcier pour deviner qu’un programme quinquennal de 286 milliards de dollars n’allait pas laisser indifférents les rapaces qui n’ont pas fini de dépecer leur proie. Les perspectives successorales aussi bien politiques que militaires aiguisent les appétits.

Les batailles à couteaux tirés entre clans rivaux ne doivent pas faire oublier les autres batailles, moins médiatisées mais autrement plus décisives pour l’avenir du pays, qui opposent notamment les partisans du système rentier et les partisans d’une sortie- même progressive- de ce système. La sortie de ce système criminogène conditionne aujourd’hui aussi bien la satisfaction durable des besoins fondamentaux des populations que la préservation de l’indépendance nationale. Mais les pressions, aussi bien internes qu’externes, allant dans le sens de la conservation d’un système anachronique sont tellement fortes que seul le retour à la souveraineté populaire pourrait trancher le nœud gordien d’une histoire qui balbutie mais qui finira par dire son dernier mot.

Le combat légitime du peuple algérien pour le changement démocratique serait mutilé et trahi, par la faute de délinquants politiques promus au rang de démocrates par une presse servile, s’il devait être l’antichambre d’une « révolution orange » attentatoire à ce qui reste de l’indépendance nationale et des acquis sociaux rudement malmenés par la politique de dérégulation et de libéralisation sauvages conduite sous la pression du FMI et de la Banque mondiale durant les années de plomb et de larmes quand un baril de sang d’un Algérien ne valait même pas un baril de pétrole !

1 avril, 2011

Le « mot » est-il la solution ?

Beaucoup d’algériens sont d’accord pour dire que le système actuel a mis le pays en faillite, à tous les niveaux :

  • Faillite économique (n’allez pas me dire que les caisses sont pleines, car, premièrement, on en a aucune preuve, et deuxièmement, l’économie algérienne est inexistante, tout est basé sur l’informel),

     dans Culture

    Quelle définition prendre ?

  • Faillite éducative (le système éducatif algérien est au bord de l’agonie),
  • Faillite sociale, avec des familles de plus en plus disloquées, la grande difficulté pour les jeunes de fonder, dans l’intimité et la décence leur propre foyer et la diminution de la cohésion et de la solidarité sociale,
  • Faillite judiciaire (la justice a été remplacée par « al maarifa » ou piston, et « chippa » ou le pot-de-vin),
  • Faillite politique, puisque le pouvoir n’a aucun vrai plan de développement pour l’Algérie mais juste une panoplie de « mesurettes » de colmatage et des projets factices qui ne voient que rarement le jour (métro) ou disparaissent aussi rapidement qu’ils apparaissent (autoroutes dégradées par les pluies, usines fermées ou usines écrans pour blanchiment d’argent).

Là ou tout le monde (ou presque) est d’accord sur la maladie, chacun va de sa solution pour trouver le remède. Et je me trouve de plus en plus interpelé par l’utilisation parfois abusive des mots. Beaucoup de gens sortent des mots (surement entendu ailleurs, souvent dans des chaines de télé étrangères) et les brandissent comme solution miracle pour sortir l’Algérie de la crise.
Parmi les mots les plus cités, nous retrouvons: Islam, Laïcité, Autonomie, Fédéralisme… Beaucoup utilisent ces mots, mais peu argumentent ou donnent des détails. Prenons quelques exemples:

Laïcité:
Personnellement, je ne suis ni pour ni contre ce mot. Ce qui me dérange, c’est le manque d’argumentation autour de ce mot. D’abord, si je pose la question: « Qu’est ce que la laïcité? », on me renvoie souvent au dictionnaire ou à la page Wikipedia qui définit ce mot. Mais entre une définition tirée d’un dictionnaire, et la réalité, il peut y avoir beaucoup de différences. Si on reste sur la page Wikipedia, on remarque que si la définition est unique, son application est différente pour chaque pays se disant laïc, et son historique tout autant. Le modèle français, proximité géographique et historique oblige, est souvent pris comme exemple, d’ailleurs, on dit souvent laïcité à la française. Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que la laïcité en France a été introduite suite à un contexte historique particulier (église se mêlant des affaires politiques, et la guerre de religions entre catholiques et protestants, affaire Dreyfus et la montée de l’antisémitisme à la fin du 19ème siècle). Et même si la France est prise comme exemple, on oublie souvent qu’elle applique quand-même des exceptions comme en Alsace/Moselle.
Si beaucoup de gens pensent que la laïcité et la liberté sont la même chose, la réalité est que ces deux concepts ne sont pas toujours venus ensemble. En Turquie et en Tunisie, la laïcité a été imposée de force, dans la violence et la dictature.  En Turquie, il a fallu l’arrivée d’un parti dit « islamiste » pour que le pays retrouve un semblant de liberté et de développement.

Fédéralisme:
Comme pour la laïcité, le fédéralisme (souvent lié à l’autonomie) est un l’un des sujets polémiques. Il est polémique parce que beaucoup confondent autonomie et indépendance. De mon coté, je ne suis pas cette polémique, mais je vais plutôt m’attarder un peu sur les arguments (ou non-arguments) liés à l’autonomie. Ceux qui prônent un état fédéral ne se posent pas toutes les questions: les frontières régionales, les prérogatives de chaque région, les finances, et surtout la question des ressources (est ce que les régions du sud auront tout le monopole sur le pétrole et le gaz ? quelles seront les ressources des régions sans ressources naturelles, si c’est l’endettement international est-ce que c’est la région qui est endettée ou est-ce le pays ?). Beaucoup de questions auxquelles on ne me répond pas. On se contente de me rappeler les spécificités culturelles. Personnellement, je trouve dommage, qu’à l’heure de la mondialisation, nous pensons encore à baser une politique sur des spécificités culturelles qui restent à définir. Pour terminer, et même si on arrive à trouver des réponses, le risque de séparatisme (exemple de la catalogne en Espagne ou la Flandre en Belgique) et d’ethnicisation (exemple libanais) ne fera qu’augmenter.
Pour finir, je ne suis pas contre le débat, mais au lieu d’utiliser des mots et des concepts dont on ne maitrise ni le contenu ni l’historique, je serais plutôt pour des choix plus réfléchis, plus argumentés et surtout plus en adéquation avec l’aspiration du peuple Algérien, le débat n’en sera que plus riche

par..ahf

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