Ouyahia, Zerhouni, Belkheir et les autres….

Publié  par IRIS SAMY

 

Ouyahia, Zerhouni, Belkheir et les autres….

Il existe, chez certaines personnes, une curieuse disposition de l’esprit. Le sentiment et la conviction profonde qu’elles ne font rien de mal, même si leurs actes, ou leur passivité, engendrent des souffrances infinies à un grand nombre de gens. Ils ne veulent rien entendre sur leurs propres turpitudes, et lorsque celles-ci leur sont rappelées, ils se convainquent que ce ne sont là que paroles de gens envieux, ou du moins d’une multitude imbécile, qui ne peut pas s’élever à leur niveau, qui ne peut pas comprendre, que le journaleux qui a osé les vilipender est un agent à la solde d’un clan adverse.

Et s’ils persévèrent avec tant d’aveuglement dans leurs vilenies, c’est parce qu’il y a un total décalage entre leurs actes et ce qu’ils pensent eux-mêmes d’eux-mêmes . Si tant est qu’ils y pensent. Une sorte d’attitude schizophrénique. Il faut dire aussi que leur entourage, flagorneur et opportuniste à l’excès, contribue, pour une large part, à les entretenir dans l’idée qu’ils sont des génies incompris, qu’ils sont de grands hommes, qu’ils ne font rien de mal, qu’ils sont enviés, jalousés. Curieusement, et contrairement à ce qu’ils croient et à ce qu’on leur fait croire, ils sont tous d’une intelligence très médiocre, en même temps qu’ils sont tous très imbus d’eux-mêmes, à un point où ils dégoulinent de suffisance. Il n’y a qu’à observer la mine renfrognée, le regard hautain et le rictus amer de Zerhouni, pour mesurer toute leur prétention et toute leur vanité.
Ainsi, ces dirigeants qui se sont imposés à nous, qui se sont partagé notre pays et le droit sur nos vies, comme autant de territoires de chasse, et qui sans aucune légitimité, ni aucun mérite, baignent néanmoins dans un état d’esprit, une sorte de monde parallèle, où ils s’imaginent qu’ils trônent en hommes d’exception sur des peuplades qui ne les méritent pas. Jamais, à aucun moment, ils ne sont habités par le doute sur eux-mêmes, sur leurs capacités, sur leur utilité.
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Prenons l’exemple d’Ahmed Ouyahia. Voilà un homme à l’intelligence très moyenne, vraiment très moyenne, sorti du rang, et que des circonstances particulières ont mis sur le chemin de gens qui dirigent le pays. Il a été récupéré par la sécurité militaire pendant qu’il faisait ses études à l’ENA.

Il effectua son service militaire, en mode civil, à la présidence de la république, où il se forgea définitivement, auprès de ses nouveaux employeurs, la réputation de l’agent totalement dévoué à ses chefs, dénué de tout scrupule, capable d’exécuter n’importe quelle mission, aussi amorale soit-elle, avec un excès de zèle rare. Ces dispositions allaient lui permettre de gravir, de façon fulgurante, tous les échelons de la hiérarchie et de gagner l’estime de ses chefs. Il fut bombardé chef du gouvernement, et on le mit à la tête d’un nouveau parti, le RND, sorti du chapeau, du jour au lendemain. Le RND. Ce parti qui supplanta le FLN, et qui rafla la majorité parlementaire et municipale, à la faveur de la plus grande fraude électorale que connut le pays depuis son indépendance. Cette méga arnaque électorale de 1997, décidée par les généraux janviéristes, et dont l’exécution sera confiée à Ouyahia, mettra à contribution tous les walis, tous les chefs de Daïra et tous les corps sécuritaires. Ce sera le baptême du feu de Ouyahia. Il montra tout son talent en organsinant et en réussissant une fraude qui consacra dès lors la totale main mise de la junte sur la totalité du pouvoir. Il n’allait pas s’arrêter en si bon chemin. Il usa de ses fonctions de chef du gouvernement et de chef du plus grand parti du pays pour donner des gages de fidélité à ses chefs. Il leur ouvrit encore plus grandes qu’elles n’étaient, les portes de l’enrichissement frauduleux, réservé à un groupe de grands initiés. Il consolida sa carrière, ses états de service et sa réputation en brisant des milliers de carrières et de vies, en enfonçant davantage les algériens dans la misère et le malheur.

Pourtant tous ceux qui connaissent Ouyahia et qui l’ont approché de suffisamment près pour pouvoir se faire une idée sur son profil psychologique, parlent de lui comme d’une personne affable, attentive, soucieuse de plaire. Dans l’impression qu’il donne sur sa propre personne, il semble être de bonne foi. Il n’a jamais donné l’idée d’être un tant soit peu troublé par sa mauvaise conscience pour tout ce qu’il a entrepris de vil et de haïssable. Toutes les actions qu’il a menées, toutes aussi condamnables les unes que les autres, ne sont pour lui, qui a une si haute idée de lui-même, que des passages obligés, de la haute politique, des manœuvres subtiles, pour un grand dessein : Son propre destin national. Car Ouyahia croit sincèrement et profondément que tout ce qui contribuera à faire de lui le chef de l’Etat algérien, ne peut être que noble et grand. Il ignore ou feint d’ignorer qu’il n’est qu’un outil entre les mains des vrais maîtres du pays, que ceux-ci ne l’ont agrée que parce qu’ils estiment qu’il leur est profitable, qu’ils ne le soutiennent que parce qu’ils sont convaincus qu’il ne représentera jamais le moindre risque pour leur main mise sur le pays, qu’ils le tiennent pour un personnage de moindre importance. Pourtant, Ouyahia, dont la culture générale est incroyablement en dessous de la moyenne, qui est plus rusé qu’intelligent, et plus suffisant que sûr de lui même, mais dont la conscience est totalement atrophiée, est, pour lui-même comme pour les gens qui constituent son entourage, un homme tout ce qu’il y a de normal.

Sauf que ces hommes normaux là sont à l’identique des fauves dans une jungle. Les sentiments qu’ils peuvent éprouver, et la perception des phénomènes qu’ils vivent sont construits autour de la nécessité de survie, dans un monde où les êtres humains, vraiment normaux, n’ont pas leur place. Dans cette jungle là, de grands fauves et de charognards, la prédation, la survie et la reproduction sont les seules choses vraies. La conscience, les principes et les valeurs n’y ont cours qu’en termes de discours vides de sens. Ces prédateurs ne savent pas ce qu’est aimer, avoir des élans du cœur, et encore moins compatir. Ces gens là ne calculent pas le mal qu’ils font aux autres. Ils tracent leur route dans la chair vive de la nation. Tout naturellement et en toute bonne conscience. Comme une chose qui va de soi. Comme un loup tranche la gorge de sa proie. Sans plus d’état d’âme.

 

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