Algérie : Visite guidée chez les tontons

Makroute Par Mohamed ABASSA

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Algérie : Visite guidée chez les tontons Makroute Par Mohamed ABASSA

Ce que je m’en vais vous conter n’est ni une blague ni une anecdote. C’est un fait avéré et vérifiable qui s’est passé dans un lieu dit appelé El-Gaâda, quelque part entre El-Bayad et Ain-Sefra, dans le Sud Ouest Algérien. Mon histoire renseigne avec précision sur les techniques de fraudes électorales des tontons Makroute du pouvoir algérien. Ce lieu dit, El-Gaâda, n’est rien d’autre qu’un arbre magique et immense qui a élu domicile depuis des siècles en cet endroit désertique et hostile. Il offrait l’ombre, l’eau et les rencontres entre nomades, transhumants et divers voyageurs. C’est en cet endroit, El-Gaâda, que cet arbre solitaire et somptueux, un superbe arganier, dont les huiles sacrées rendent nos femmes plus belles et plus épanouies, retenait et, aussi, rassemblait des gens de tous commerces, de tous genres, de tous métiers et de toutes aventures, traversant la région: éleveurs, bergers, transporteurs, nomades, transhumants, commerçants, voyageurs, tous s’arrêtaient à El-Gaâda pour une petite quête de repos forcé, d’alliances, de ripailles, d’épousailles arrangées, d’affaires et d’ententes entre tribus éloignées et souvent rivales. A El-Gaâda, entre Ain-Sefra et Mecheria peut-être, tout s’arrangeait autour d’un thé expédié, d’une zetla collective, d’une prière rattrapée,  d’un méchoui improvisé, d’un procès négocié, d’une résolution forcée d’un dignitaire FLN peu reconnu en quête de mandat, de sollicitations de courtiers avérés véreux- c’est un pléonasme-  pour leurs entrées avec les autorités locales et buccales (banquiers locaux, APC, Daïra, Wilaya, Kasma, et tout le tutti-quanti corruptible et corrompu du coin et de la capitale) qui règlent les problèmes des indigènes à l’aune de l’épaisseur du sachet en plastic noir.  A El-Gaâda, entre Méchéria, El-Bayadh et Aïn-Sefra, comme dans tous les autres lieux dits où les Algériens se rencontrent, pour acheter un troupeau, un camion, une vierge de la tribu des Beni-Régnants, un juge, un wali, ou même une chèvre, il fallait prouver sa crédibilité en montrant l’épaisseur de sa bourse de plastic noir. C’est le seul rite reconnu de la sainte Algérie corrompue par le haut et maintenant par le bas. C’est cela l’assise et la notoriété d’El-Gaâda et de toute les contrées d’Algérie en Souk, en Zouk et en conclaves de maquignons pressés,  où tout s’achète, où tout se vend, même l’honneur des tribus vendant ou achetant, c’est selon, des vierges confinées dans la blancheur de l’ombre, des chèvres en liberté, des ânes faméliques, des chameaux de boucherie, des camions volés et des walis jetables, parfois des ministres vendant licences et divers agréments de la république des quatre saisons. C’est la réputation d’El-Gaâda, en ce lieu dit perdu du triangle Mecheria, El-Bayad, Ain-Sefra, comme il en existe beaucoup sur nos vastes  millions de Km2 de notre belle république dévoyée.

Mais là n’est pas mon histoire ; elle ne finit pas ici, au contraire, elle commence en ce terrible bled concentré de toutes les Algérie réelles et profondes.

En ce jour là, à El-Gaâda, un vendredi, grand jour de marché et de grosses affluences, un événement habituel et cyclique s’y produisit : un gros et violent vent de sable qui dura presque une éternité ; dix minutes de désastres et de désolations. Seuls l’arganier, les chameaux, les ânes, les moutons et les humains en sortiront indemnes et intacts de cette violente tornade des sables. La résilience botanique a sauvé l’arbre. L’instinct, l’endurance et l’expérience ont sauvé les animaux. Et devinez par quoi fut sauvé l’homme, l’humain ? Par le burnous pardi !  Cet habit millénaire des berbères du Sud si utile en ce genre de circonstance. Et à la fin du cataclysme désastreux, quand les voyageurs sortirent leurs têtes des capes et du burnous de survie, ils ne virent que ruines et désastres autour d’eux ; un vrai champ de bataille: échoppes, tentes et mobiliers de fortune disparus, aspirés par la tornade, camions et voitures couchés, bêtes affolés, bergers hurlants encore des noms et des ordres inconnus, enfin tous les ingrédients de l’apocalypse de la minute d’après. Mais pas seulement. Ils ne virent pas que cela. Ils virent pire ; ils virent le sublime et le fantastique comme l’incroyable. En ouvrant leur burnous, leurs oreilles et leurs yeux, ils entendirent de partout des suppliques et des appels pathétiques de Allahou Akbar ! Allahou Akbar ! Et, en effet, en levant bien haut leurs yeux vers le ciel, au dessus de l’arganier, un spectacle féérique et inimaginable s’offrait à eux. Un immense nuage bleu, des milliers de papillons bleus flottaient là haut, très haut au dessus de leurs têtes. Personne ne savait de quoi était faite cette nuée, cet immense nuage mystérieux fait de petites choses volantes bleues qui tremblaient dans le ciel. Le miracle dura tout de même quelques longues minutes. Chacun des voyageurs alla de son explication. Des sauterelles bleues venues du Sahel cria quelqu’un. Non, des extra-terrestres venus voler nos moutons, corrigea un autre ! Mais non, mais non criait un transporteur du nord, plus malin que les autres, c’est tout simplement un mirage qui nous transpose ici le bleu du Chott Ech-Chergui.  Le gros nuage bleu flottait et dansait toujours au dessus de leurs têtes sans que personne ne trouva d’explication plausible à ce mystère qui avait tout l’air d’être divin. Par peur et par foi, presque tous criaient Allahou Akbar ! Allahou Akbar ! Les bras étirés vers le gros nuage de ces petites choses flottantes. Mais au fur et à mesure que le vent baissait, le nuage se rapprochait de la terre, se rapprochant des hommes en délivrant enfin les tout premiers indices, les premiers échantillons de ce mystère. C’était tout simplement de petits papiers bleus, des bulletins de vote, qui se répandaient par vagues successives se déposant aux pieds des voyageurs ébahis rendant la place plus bleue que le ciel. Tous ces bulletins ou presque étaient au nom des candidats du parti de feu Chikh Mahfoudh NAHNAH, l’actuel MSP, lors des législatives de mai 2002. Et l’on s’en doute un peu, il n’a pas manqué de plaisantins islamistes sur place pour haranguer les foules et les prendre à témoins sur ces dons du ciel, cette grâce divine qui inonde la terre de bulletins gagnants islamistes.

- Dieu nous aime dit-il ; nous sommes les meilleurs musulmans d’Algérie. La preuve, Dieu et la grâce divine nous restituent par le ciel ce que les autres nous ont volé par les urnes. Il allait poursuivre son exposé sur cette mystique offrande de Dieu aux ouailles du MSP quand une voix rauque d’un vieux routier lui coupa net le sifflet et la parole…

- Depuis quand camarade Dieu possède des imprimeries pour fabriquer des bulletins de vote et vous les envoyer en exclusivité par le ciel ? Silence glacial ; l’explication religieuse comme celle du laser divin du 5 juillet ne tenait pas.

Et comme toujours, la vérité et l’explication viendront d’un enfant sans âge. Il pouvait avoir 12 comme 18 ans. Il dit :

- Non tonton, ce n’est pas Dieu qui a envoyé ces papiers du ciel. Moi je suis berger mais tous les vendredis, je deviens cafetier,  marchand de beignets et de cigarettes comme de nombreux cousins et amis ici. Je connais bien ce coin. Voyez-vous cette caisse, une urne comme vous dites vous, eh bien c’est mon outil de travail. C’est là où je stocke ma marchandise et mes beignets… Savez-vous où je l’ai-je trouvée cette caisse de vote ? A cent mètres d’ici, juste derrière ce monticule. C’est là que sont venus des gens costumés, armés, portant des caisses comme la mienne chargées de bulletins de toutes couleurs. Mais leur dernière livraison, il y a quelques jours, ils n’ont vidé que des caisses avec des bulletins bleus. Juste après leur départ, moi et mes amis, on est passé juste après eux pour être les premiers à déterrer ce qu’ils avaient mal enfoui dans le sable. Ça nous sert d’emballage pour les cacahuètes et les beignets. Tenez, je vous offre ce cornet d’amandes. En défroissant l’emballage, vous remarquerez qu’il s’agit d’un bulletin de vote du RCD. Les bulletins du FLN sont plutôt rares par ici…

- Explique-nous maintenant petit futé, comment ces bulletins enfouis dans le sable, se sont retrouvés dans le ciel ?

- C’est très simple, après la violente tornade de tout à l’heure, la force du vent a déterré les enfouissements et aspiré tous les bulletins dans le ciel. Ils auraient pu atterrir plus loin…

- Mon grand-père, racontera le gamin, a vécu le même événement lors des élections présidentielles de novembre 1995. Mais cette fois-ci, il n’y avait que Chikh Nanah en l’air… Mon grand père raconte aussi, qu’à la même place et sous le même arbre d’El-Gaâda, dans les années quarante, le vent de sable était si puissant, la spirale si violente qu’elle aspira une chèvre entière qui s’est mise à voler toute seule dans les grands airs au grand émerveillement des nomades éblouis. Personne ne croira leur récit. D’où l’expression populaire qui affirme depuis « Maâza law Tarett » C’est une chèvre, même si elle vole.

A propos, savez-vous comment la halte d’El-Gaâda s’appelle aujourd’hui ? Je vous le donne en mille. GAADETT NAHNAH. N’y voyez surtout aucun rapport avec les quotas pré-décidés des urnes, l’enfouissement des contenus des urnes et le mauvais travail de faussaires des Tontons Makroute de papy DOK. Ce ne sont que de simples reflexes ataviques de malgaches stagiaires. De simples coïncidences entre des tripoteurs professionnels d’urnes, des croyances populaires bien ancrées et les échéances électorales annoncées gagnantes à tous les coups.

M.A

 


 

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