France – Algérie : quand Paris se fait le porte-parole d’Alger

 

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Les autorités algériennes ont tendance à confier l’annonce d’importantes décisions à des personnalités étrangères, essentiellement françaises. Des fuites organisées qui répondent à une stratégie de communication très particulière…

« Le métro d’Alger sera opérationnel avant la fin de l’année 2011 ». Contrairement aux apparences, cette annonce n’est pas du ministre algérien des Transports ou de son confrère des Travaux publics. Elle a été faite le 20 avril par Jean-Pierre Raffarin, sénateur français et envoyé spécial de Nicolas Sarkozy pour les relations économiques avec l’Algérie, via le quotidien français Le Figaro.

La veille, c’est toujours à travers un officiel français, en l’occurrence Alain Juppé, que l’opinion publique a eu la confirmation officielle que l’Algérie n’avait pas livrée d’armes à la Libye. Le ministre français des Affaires étrangères avait en effet rendu public quelques détails d’une conversation téléphonique tenue avec son homologue algérien, Mourad Medelci.

Raffarin, encore lui

Les exemples de ce genre de manquent pas. Début 2011, l’Algérie est sous pression. Des émeutes éclatent dans plusieurs villes du pays. Le gouvernement met cette colère sur le compte de la hausse des prix des produits de grande consommation. Les Algériens, à l’écoute des révolutions tunisienne et égyptienne, attendent une réaction en provenance du plus haut sommet de l’État. Abdelaziz Bouteflika et son premier ministre Ahmed Ouyahia ne réagissent pas. Finalement, les Algériens prendront connaissance d’un début de changement politique grâce à l’intervention inattendue de… Jean-Pierre Raffarin. Encore lui.

«Le président Bouteflika m’a annoncé qu’il tenait un Conseil des ministres aujourd’hui et qu’il annoncerait un certain nombre d’initiatives de grande ampleur. Je n’en connais pas le contenu mais je pense qu’il va y avoir des mouvements importants dans les jours qui viennent », indique-t-il le 22 février, à la sortie d’une entrevue avec Bouteflika.

C’est désormais une habitude : Paris se fait souvent le porte-parole d’Alger, quitte à démentir des officiels algériens. En juillet 2008, c’est Sarkozy qui annonce, à partir de Tokyo, la participation de Bouteflika au sommet de l’Union pour la Méditerranée (UPM). Pourtant, quelques jours auparavant, Abdelaziz Belkhadem, alors chef du gouvernement, déclarait que l’Algérie n’était « pas concernée par l’UPM ».

Plan média

Pour Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de l’Information et porte-parole du gouvernement, ces fuites sont loin d’être fortuites. Et l’explication est même très simple. « Cette stratégie de communication est l’œuvre de Abdelaziz Bouteflika, explique-t-il. C’est son plan média. Il sait que ses décisions auront plus d’impact si elles sont annoncées par des personnalités étrangères puis reprises par des médias occidentaux à grande audience. Pour lui, les médias algériens n’offrent pas cette possibilité. » Au risque que son attitude apparaisse comme du mépris…

Mais Rahabi va plus loin. Selon lui, le public visé par Bouteflika dépasse celui de la France et de l’Algérie réunies. « N’oublions pas que Bouteflika est diplomate de carrière. Il est conscient du fait que pour tout ce qui a trait à l’Algérie, les pays européens, voire même les États-Unis, se basent essentiellement sur l’avis des Français », souligne-t-il. En un mot, Bouteflika ne recherche pas seulement un porte-parole, mais un bon haut-parleur…

 

 

Par Ahmed Bey

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