Lorsque le DRS joue sur du velours

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poste par .Radjef Saïd

Peut être celui qui a interrogé les morts et les cimetières sans  trouver nulle trace de la nation algérienne, n’est pas coupable de penser ainsi.

Apres une éclipse qui aura duré quelques semaines, le pouvoir refait surface par le biais de son chef du gouvernement Ahmed Ouyahia. Ce dernier, certain que le vent du changement s’est apaisé, multiplie les déclarations pour montrer l’image d’un pouvoir serein et à l’écoute des  attentes du peuple. Néanmoins, la prudence est de rigueur : il n’est que de se rappeler que voici à peine quelques semaines l’ardeur du changement qu’a susciter la chute brutale des présidents tunisien et égyptien chez la jeunesse algérienne. Ouyahia sait que le peuple veut le changement. Il sait également l’idée peu reluisante qu’a la majorité écrasante des algériennes et des algériens de son régime. Il sait aussi que l’incapacité de l’opposition a décrire et à transcrire dans les faits ses revendications, a dépasser ses querelles pour conscientiser au sens révolutionnaire la jeunesse et a créer les passerelles entre les différents mouvements de protestation joue en la faveur du système et risque de faire rater au peuple le coche du changement.

Il a raison de penser ainsi. Les élites algériennes n’ont pas su tirer profit de la ferveur de « la révolution du Jasmin » qui a suivi la chute du régime de Benali en Tunisie et qui a entraîné quelques jours plus tard celle du régime Moubarek  en Egypte. L’opposition algérienne n’a pas su battre le fer quand il était chaud, quand la contestation s’était emparée d’une partie de l’ANP, quand les chefs de l’armée et leurs affidés, drapés dans la peur et l’angoisse, craignant la colère de la rue, redoutant d’être chassés, effrayés de rendre des comptes, épouvantés par les tribunaux, se cantonnaient dans un silence et se préparaient à prendre la fuite  a grandes enjambées. Le peuple était prêt pour le changement mais l’opposition, empêtrée dans des querelles infantiles,  a failli une fois de plus à ses engagements et au rendez vous de l’histoire.

Sans dire un seul mot au peuple depuis des lustres, Bouteflika a cédé à toutes les revendications pour acheter la paix sociale aux généraux détenteurs du pouvoir, minimiser les tensions sur le front social pour permettre au DRS de tourner les flottements de l’opposition à son profit et la colère de la rue à son avantage, notamment en ridiculisant l’opposition à travers les échecs successifs de la CNDC. Rarement les clans qui composent l’oligarchie militaro financière qui retient en otage le pays depuis 1957, n’ont été aussi unis et solidaires qu’aujourd’hui, et jamais l’opposition n’a été aussi faible, crédule, dispersée, vaniteuse, infiltrée, noyautée et sans imagination que maintenant. Cette incapacité à mobiliser, prouve de façon éclatante que l’opposition refuse de regarder l’avenir ; qu’elle est inapte a occuper le terrain et investir le champs politique. Prisonnière d’un nationalisme paternaliste et condescendant, elle ne ressent plus ce que ressent le peuple. Sinon comment expliquer l’aptitude de ce pouvoir gérontocratique à se maintenir et à maintenir tout le monde sous sa botte ?

Les intellectuels, pour la plupart discrédités, n’ont pas su ou pas pu servir de guide et de modèle à une jeunesse qui ne demande qu’à s’épanouir. Outre les visions erronées qu’ils ont de leur société, ils ont été incapables de former des militants conscients de leurs responsabilités historiques, de canaliser et de transcender cette énergie pour la mettre au service du pays et des citoyens. La corruption, le mensonge et la violence que sont les instruments de gestion de ce pouvoir inique et cynique, n’expliquent pas tout. Il y a un problème plus profond et plus douloureux qui fait que l’opposition préfère dévorer ses meilleurs éléments en les sacrifiant sur l’autel du mensonge ; qui fait que l’algérien d’une façon générale, accepte sans broncher la domination, l’asservissement et la servilité. Pour quelques titres insignifiants et quelques misérables privilèges, il se dépare de sa grandeur morale et de sa dignité pour se prêter à toutes les forfaitures, à toutes les trahisons et à toutes les turpitudes que lui imposent les pires criminels et les pires ennemis de l’intelligence et du savoir.

N’a-t-on pas vu des députés du parlement croupion applaudir le reniement de la constitution pour permettre à un vieillard sénile et mégalomane d’extorquer à la république un troisième mandat ? Comment le changement peut-il arriver à ses fins alors que les partis ont tous aujourd’hui la tête tournée aux prochaines élections locales et générales ?  A ce jour, alors que des milliers de jeunes prennent le chemin de la harga ou a défaut s’immoler en guise de protestation contre le régime en place,  on ignore les dispositions et les moyens que compte mettre en œuvre l’opposition pour mettre un terme à un système qui fonctionne depuis 1957 selon un code non écrit qui définit l’Algérie comme un bien privé entre des clans très restreints ayant tissé leur toile d’araignée au niveau de toutes les institutions. Pourtant, les réseaux de communication ne manquent pas.

Tant que les émeutes qui éclatent par ci par là  sont délimitées dans un périmètre social, le DRS arrive toujours à les circonscrire en jouant sur du velours. Seule la jeunesse, en particulier les étudiants, peut sonner le glas de ce régime en revendiquant un changement politique. Malheureusement, le DRS qui n’ignore pas cette menace –cette réalité-, a déjà pris les devants et à inscrit à son compte toutes les revendications légitimes, allant jusqu’à proposer la fameuse constituante si chère Hocine Ait Ahmed, en suscitant des débats houleux  au sein même des partis de l’alliance présidentielle.


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