La mémoire et l’oubli…

 

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18 mars 2011

Au risque d’étonner certains d’entre vous, il me semble que ceux qui se sont exilés (bien malgré eux, hélas) ont plus de mémoires que ceux qui sont restés au pays.

 

Je n’ai pas quitté Alger et j’ai vécu la période sanglante du terrorisme comme un douloureux traumatisme, alors que je n’ai pas été directement touchée. Il y avait une certaine empathie, une incompréhension qui nous plongeaient tous dans le plus grand désespoir.

Ensuite vint la paix, une paix étrange, qui a blanchi les acteurs des boucheries, où les rôles se sont inversés. Les bourreaux sont devenus victimes ? Alors ? Tous ces morts ? Pour rien ? La mémoire dans tout ça?

 

Cette paix a fini par nous achever.

Ceux qui sont restés sont plus amers que ceux qui sont partis parce qu’ils ont vécu ensuite la descente aux enfers, la déchéance, le délabrement total de la société. La mémoire dans tout ça? Ceux qui sont partis l’ont gardée intacte, comme ils ont gardé intacte leur douleur, leur fougue et cette envie de changement salutaire qui nous fait défaut ici. Rien d’étonnant que la mayonnaise ne prend pas en Algérie. Le mal est très profond, tout est à reconstruire. Pour cela, nous avons cruellement besoin de ces exilés, pour l’esprit qu’ils ont gardé et que nous avons perdu. Pour leur enthousiasme que nous n’avons plus. Et vous savez quoi ? Il faut bien qu’il y ait un début, même tout petit, même très modeste.

Ces exilés, je leur dis MERCI de me rappeler ce que j’avais moi-même oublié…

par _iris samy

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