Archive pour février, 2011

3 février, 2011

L’Algérie confrontée à une montée de la grogne sociale sur fond d’incertitude politique

Après l’annonce, il y a quelques semaines, d’un taux de chômage de 10% à peine, les pouvoirs publics, par la voix de l’Office national des statistiques (ONS), ont rapporté, le 1er février 2011, que l’inflation avait atteint 3,9% en Algérie en 2010, en baisse donc par rapport aux années précédentes. Moins d’un mois à peine après une explosion générale de mécontentement social dont le facteur déclenchant résidait dans l’augmentation des prix du sucre et de l’huile de table, ces bonnes nouvelles ne semblent pas convaincre les salariés dont les mouvements de protestation pour l’amélioration de leur pouvoir d’achat se multiplient.



Sit-in du SNPSP (photo archives SNPSP)

Sit-in du SNPSP (photo archives SNPSP)

ALGÉRIE. Profitant d’une conjoncture internationale marquée par le déclenchement de révoltes populaires en Tunisie et en Egypte, les salariés de la fonction publique emmenés par de dynamiques syndicats autonomes ainsi que les étudiants de certaines villes multiplient les mouvements de protestation pour amener des pouvoirs publics inquiets à satisfaire leurs revendications.

Intervenant quelques jours seulement après un mouvement de grève au complexe ArcelorMittal Hadjar (Est du pays), les grèves des travailleurs de la santé et de l’éducation font monter la pression sur un éxécutif toujours très silencieux, à dix jours exactement d’une manifestation nationale demandant la levée de l’état d’urgence et la démocratie dans le pays.

Une manifestation interdite mais appelée par une coordination où siègent justement nombre de syndicats autonomes, aux côtés de partis, d’associations et d’autres mouvements.


Le secteur de la santé en première ligne

La grève des 90 000 paramédicaux qui se déroule les 1er et 2 février 2011 est largement suivie selon le syndicat algérien des paramédicaux (SAP). Son président, Lounès Ghachi, a précisé que le taux de suivi, au premier jour du mouvement, avoisinait les 90%.

Les échos rapportés par la presse précisent que si les revendications sont effectivement soutenues par les auxiliaires médicaux, le mouvement n’est pas forcément suivi là où le jeune syndicat n’est pas encore implanté, ce qui est notamment le cas à l’ouest du pays.

Ces travailleurs de la santé réclament la promulgation de leur statut particulier, la réintégration des syndicalistes radiés, leur intégration dans le tableau « A », catégorie « 11 » et leur intégration au système licence-master-doctorat (LMD).

Le SAP menace d’une nouvelle grève « illimitée » à compter du 8 février 2011 si ses revendications continuent d’être ignorées.

Cette grève intervient alors que des négociations se déroulent entre le ministère de la Santé et les représentants du syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP).

Les discussions portent principalement sur le statut particulier et le régime indemnitaire avec, à la clef, une revendication de doublement « au minimum » de leur salaire actuel.


Des milliers d’étudiants dans la rue à Tizi-Ouzou

Des milliers d’étudiants, rejoints par de simples citoyens, ont manifesté le 1er février 2011 à Tizi-Ouzou (à 100 km à l’Est de la capitale) à l’appel de la Coordination locale des étudiants (CLE). 
Les marcheurs ont dénoncé la corruption et exigé « les libertés démocratiques et un Etat de droit ». Les étudiants de Tizi-Ouzou, qui étaient en grève générale, revendiquent « l’éradication du phénomène de l’insécurité », « la réouverture de la post-graduation et le maintien du Capa (capacité)» et disent « Non au système LMD » (licence-master-doctorat).


L’éducation paralysée à Béjaïa

Rassemblement Cnapest (photo archives Cnapest)

Rassemblement Cnapest (photo archives Cnapest)

A Béjaïa (200 km à l’Est d’Alger), ce sont les salariés de l’éducation qui ont entamé, le 1er février 2011, une grève de deux jours pour exiger une commission d’enquête sur la gestion des œuvres sociales.

Initié par le Conseil national des professeurs des établissements d’enseignement secondaire et techniques (Cnapest) et l’Union nationale des professionnels de l’éducation et de la formation (Unpef), le mouvement semble avoir été largement suivi.

La fin du monopole de la gestion des œuvres sociales par l’Union générale des travailleurs algériens, seule centrale autorisée qui a perdu l’essentiel de ses troupes dans la Fonction publique depuis l’arrivée des syndicats autonomes, constitue une des principales revendications de ces derniers.

Des rassemblements d’enseignants du secondaire ont, par ailleurs, eu lieu le même jour dans les wilayas de Tipasa et Batna.


Tentative d’immolation suivie d’une grève dans une banque publique

Autre mouvement social, la grève, qui dure depuis le 30 janvier 2011, des employés du siège social et de certaines agences de la Banque de développement local ).

Local et sectoriel, ce mouvement a rencontré un grand écho car il est parti d’une tentative d’immolation d’un agent de sécurité et de sa fille de 10 ans, handicapée à 100%.

Sous contrat depuis dix-sept années, ce salarié qui demande sa permanisation a été sauvé in extremis par ses collègues.

Mais cela a constitué le point de départ d’un mouvement de protestation collective qui réclame le départ de la direction de cette banque publique – le pdg et ses collaborateurs – accusée d’autoritarisme.

Les employés réclament parallèlement la dissolution de la section syndicale affiliée à l’UGTA.

Ils lui reprochent en effet de compter en son sein des dirigeants de la banque.

Lire aussi:L’investissement de 507 M€ ne règle pas la question de l’avenir d’ArcelorMittal Algérie
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Après la Tunisie, la révolte sociale gagne l’Algérie
Le climat social se détériore en Algérie



Mercredi 2 Février 2011

blog le mouvement citoyen pour une Algérie libre

Monsieur Mesbah, un serpent qui change de peau est toujours un serpent !

3 février, 2011

 

Monsieur Mesbah, un serpent qui change de peau est toujours un serpent !

mesbah.jpgDans un entretien accordé au quotidien El Watan, Mohamed Chafik Mesbah, officier supérieur du DRS à la retraite, docteur d’Etat en sciences politiques de l’université d’Alger, a exclu toute responsabilité du DRS dans les affaires de corruption en Algérie. Selon lui, les services de renseignement, après la période du terrorisme, se sont recentrés, sans paraître, sur un domaine de compétences qui est au cœur de leur vocation. “Atteintes à l’économie nationale et intelligence avec des puissances étrangères, c’est presque un même lot”. “Malgré la traversée tumultueuse de la période du terrorisme, les services de renseignement algériens ont par ailleurs conservé, comme accumulation d’expériences, un potentiel appréciable lié à leurs domaines de compétence traditionnels: lutte contre les atteintes à l’économie nationale, avec pour corollaire la lutte contre les activités d’intelligence étrangère”.

Mohamed Chafik Mesbah, l’homme qui, en 2004, a vendu la thèse selon laquelle Ali Benflis était le candidat de l’armée à la présidentielle, a perdu toute sa “crédibilité”. 

 

2 février, 2011

Algérie, le cynisme de la mafia au pouvoir

Article placé le 2 février 2011, par  le mouvement de révolte pour une Algérie libre

 dans politique bouteflika1

Alors que les émeutes qui viennent d´embraser l´Algérie depuis le 5 janvier 2011 et qui se sont étendues à l´ensemble des wilayas du pays, et que les premiers martyrs de la Dignité et de la Liberté viennent de tomber à Msila et Tipasa, la junte au pouvoir et sa façade civile, autistes à tout changement politique, n´opposent aux revendications légitimes des citoyens et notamment de sa jeunesse que la force brutale de la répression, c´est à dire le seul moyen dont elles excellent.

Des provocateurs infiltrés par le DRS dans les rangs des manifestants tentent de détourner les aspirations au changement en commettant des saccages et en s´attaquant aux biens publics et privés. Les jeunes ne doivent pas tomber dans le piège du pouvoir et ses infiltrés qui ont pour but de détourner les manifestants de leur cause noble et entrainer une nouvelle fois l’armée dans une entreprise de bain de sang et de chaos dans le seul but de protéger la pègre qui ronge notre pays.

Les jeunes manifestants, tout comme ceux qui sont sensés les encadrer, doivent être conscients de ce devoir et ont l´obligation de canaliser les forces de cette jeunesse afin de substituer la « culture de la force » par la « force de la culture », afin que soit réalisée l´instauration d´une deuxième république, libérée de tous les prédateurs et despotes qui ont pris l´Algérie en otage depuis 1962.

Après cinq jours d´émeutes, pendant lesquels la jeunesse a crié haut et fort son désespoir et a réclamé à sa manière ses exigences en matière de libertés et de justice sociale, le pouvoir vient une fois de plus s´illustrer par son cynisme. Il n´a rien trouvé de mieux pour « acheter la paix sociale » pendant huit mois que de…. supprimer les droits de douanes et taxes pour les importations.

Cette mesure incroyable – puisque les importations des produits de premières nécessités sont sous le « monopole » des barons du régime- permet aux opérateurs de profiter davantage de la crise puisque l´exonération fiscale leur garantit une plus value de 41% sur les bénéfices.

En un mot, le « matelas » de 150 Milliards de dollars de la rente des hydrocarbures va être pompé à fond. Ces criminels sont pires que les vautours, tous les moyens sont bons pour dépecer l´Algérie, ils gèrent le pays comme une épicerie, sans plan, sans prévision et sans stratégie, le seul mot d´ordre: profiter au maximum !

Il est temps de mettre à la porte cette caste d´imposteurs sans foi ni loi, qui a ruiné un beau pays, poussé ses enfants vers l´exil, la harga ou le suicide, et dont le mode de gestion ne se limite qu´à la répression ou la corruption.

Vingt ans après le sinistre 11 janvier 1992, date du coup d´état sensé sauver la république du péril vert, les résultats sont là :

* Une société meurtrie, divisée et apathique.Une classe politique vassalisée, une jeunesse brimée, rongée par le chômage, l´indigence intellectuelle, les fléaux sociaux;

* Une économie gangrénée par la corruption, les détournements et les scandales à répétitions;

* Une administration obsolète et désorganisée mais possédant un art raffiné dans les fraudes électorales

* Un système éducatif et un système de santé dans un état de délabrement avancé;

* Une justice qui obéit au doigt et à l´œil à une junte irresponsable, incompétente et désavouée.

A la veille de la commémoration de cette date fatidique, les jeunes sont appelés à manifester en masse à travers l´ensemble du territoire national, sans violence et sans saccage pour dire « 20 ans barakat » et reconquérir l´ indépendance authentique de l´Algérie.

GLOIRE AUX CHOUHADAS , VIVE L´ALGÉRIE !

Lettre ouverte à Monsieur le ministre de l’intérieur Algérien

1 février, 2011

Lettre ouverte à Monsieur le ministre de l’intérieur Algérien Dahou OULD KABLIA

Dahou OULD KABLIA

« Monsieur Dahou OULD KABLIA, vous êtes Ministre de l’intérieur de l’Algérie et à 78 ans vous n’avez plus rien à dire aux jeunes Algériens qui sont sortis dans les rues dernièrement pour exprimer leurs souffrances et leurs mécontentements. Vous n’êtes que le serviteur d’un régime gérontocrate. Vous ne pouvez pas comprendre le ras le bol des jeunes Algériens. Il ont dérangé votre quiétude, et Vous ne l’acceptez pas ! Car pour vous, la souffrance du peuple Algérien est inscrit dans l’ordre des choses n’est-ce pas ?

Vous vous goinfrez sur le dos du peuple Algérien, et le peuple Algérien doit se contenter de ronger les os. Vous écrasez le peuple Algérien et le peuple Algérien doit se taire. Le peuple Algérien doit endurer les pires souffrances avec stoïcisme ! C’est cela votre modèle « algérien ».

Vous dites que c’est « le manque de loisirs, une scolarité perturbée, un milieu familial désintéressé, l’influence de la rue et des medias étrangers » qui fait que le peuple Algérien se comporte ainsi, sans espoir, sans avenir !!

Vous faites semblant d’ignorer que le peuple Algérien n’a aucun moyen de s’exprimer pacifiquement, en dehors de vos rouages dictatoriales et sécuritaires ! Tout est interdit, tout est balisé ! Pas de marches, pas de regroupements, pas de grèves etc… Vous êtes vous demandé comment et par quel moyen, le peuple Algérien peut il s’exprimer ?

Eh par la violence ou faire une nouvelle guerre de libération pour vous chasser du pouvoir. « Chiche ! » Levez l’état d’urgence et laissez la vraie société civile s’organiser !

Monsieur Dahou OULD KABLIA, c’est votre mépris, votre luxe bien mal acquis et ostentatoire qui vous rend aveugle, nihiliste et pessimiste ! Vous leur avez tout pris et il ne leur reste comme univers que « les rues de leurs quartiers ». Ils vous laissent la musique, les voyages et le sport !!!

Ce qui vous dérange le plus Monsieur le Ministre de l’intérieur, ce n’est pas la situation de grande précarité du peuple Algérien, ni son désespoir que vous niez, ce qui vous préoccupe le plus Monsieur Dahou OULD KABLIA, c’est l’image de « votre Algérie » à l’étranger. Mais l’image de marque n’est absolument pas la premiere des préoccupations du peuple Algérien !

Votre tour viendra, Monsieur le Ministre de l’intérieur, ce n’est qu’une question de temps. Ni votre « Bounochet » ni son armée ne retiendra la volonté du peuple algérien, Monsieur Dahou OULD KABLIA. »


 est votre porte-parole : Vous aussi, Exprimez-Vous !

le mouvement de révolte pour une Algérie libre, vous encourageons à vous exprimer au travers de publication éditoriale, sur des sujets d’actualité qui vous touchent particulièrement, qui souhaitez réagir et agir  dans ce blog

par IRIS SAMY

Saïd Khelil : «Tout est à reconstruire en Algérie»

1 février, 2011

Saïd Khelil : «Tout est à reconstruire en Algérie»

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le 31.01.11 | 10h00

Militant politique averti et ancien cadre du FFS, Saïd Khelil est aujourd’hui en dehors de toute structure partisane.
Néanmoins, il apporte des éclairages pertinents et sans complaisance sur la situation politique du pays, les travers de l’opposition, la nature dictatoriale du régime…

- En tant qu’homme politique, comment vivez-vous le verrouillage de l’expression politique et des espaces publics ?
Homme politique, je ne sais pas si ça existe dans notre pays, car pour être un homme politique, il faut pratiquer l’exercice politique, et comme vous le constatez, au quotidien, nous n’avons pas la moindre niche d’expression pour pouvoir occuper le terrain. Je vis cela très mal, nous avançons en âge et l’idéal de tout militant politique, c’est de réaliser ses objectifs, notamment celui d’accéder à la démocratie. C’est le rêve de tout homme du 21e siècle, et, ma foi, on en est bien loin.
C’est une grande souffrance, car quand on ne réalise pas ses talents politiques, on ne s’épanouit pas. Et là, on est comme des plantes sans eau, nous dépérissons. Les jeunes vivent à leur façon un drame, nous aussi, nous avons le nôtre à cause de ce système fermé. Nous sommes malheureux.
- Vous adhérez à l’appel à la marche du mois de février ?
Je suis de près ce qui se passe, la situation de mon pays m’interpelle. Je suis au courant de toutes ces initiatives à travers la presse, et là où on sera utile, on ne va pas fuir nos responsabilités.
- Avez-vous été associé à ces initiatives ?
Non, pas du tout. Il faut reconnaître que la militance est très dispersée. Il y a une atomisation et il faut bien reconnaître ses faiblesses pour éventuellement les corriger et repartir du bon pied. On ne m’a pas contacté.
- Le même constat revient. Les partis d’opposition n’arrivent toujours pas à surmonter leurs divergences. Est-ce une fatalité ?
 A mon sens, il ne faut pas se focaliser sur ça, la réalité dépasse deux sigles ou trois. Nous sommes en 2011, le champ politique est complètement remodelé, le travail de sape et de laminage a fait son effet sur ces partis. Il y a un nécessaire renouvellement car la situation a fondamentalement changé, ne serait-ce que d’un point de vue démographique, 70% de la population a moins de 30 ans, et pour le moment, ceux qui s’expriment dans le pouvoir ou dans l’opposition sont au minimum des sexagénaires. Nous avons besoin d’un travail d’autocritique pour voir où nous avons failli. Les divergences, il faut les assumer et il faudrait se parler pour trouver un minimum de convergences. C’est un problème de culture politique, les polémiques sont contreproductives et font des ravages dans l’esprit des citoyens. Mais, de mon point de vue, le RCD et le FFS, par exemple, devraient trouver un terrain minimum de convergence.

Nous sommes plombés par des polémiques que nous traînons depuis vingt ans, on est fatigués de cela. Il faut du neuf, on est dans l’interrogation. Le discours politique de toute  l’opposition est de critiquer le système de façon virulente comme dans les cafés. Mais, est-ce suffisant ou faut-il analyser sa société, repérer ses points forts, et voir ce que sont devenues nos élites et nos institutions ?

L’école, l’université, le système de santé sont délabrés. Ce sont des problèmes de fond gravissimes et à cette allure-là, avec cette régression qui s’accélère, je ne sais pas ce qu’il va advenir de notre pays.
 

- Vous dressez un constat que presque tout le monde connaît. La société attend que vous preniez des initiatives en vue de constituer un front démocratique pour aboutir à des changements… Lancer un noyau de réflexion, par exemple, pour réaliser ce chantier politique…
Effectivement, le maître mot est réflexion. Un régime ne tient pas par miracle. Il y a des laboratoires qui produisent des stratégies pour nous neutraliser, mais, nous en face, avons-nous réussi à préserver un noyau aussi petit soit-il, qui produit de la réflexion? Il y a par ailleurs des interventions éparses d’universitaires et nous devrions nous nourrir de ces analyses et visions pour pouvoir produire de la réflexion afin d’agir politiquement. Nous avons, à mon avis, pêché par activisme et par mimétisme. On est dans une espèce de mécanique répétitive et la situation tunisienne nous interpelle. Qu’avons-nous fait des drames de 2001 que nous n’avons pas encore assumés ? Comment se fait-il qu’il y ait des dizaines de morts en Kabylie alors que le pays était tétanisé pour ne pas dire qu’il n’a pas été solidaire ? Je suis aussi frappé par cette amnésie qui s’est emparé de la société dans son ensemble alors qu’il y a eu, des dizaines de milliers de morts. On est juste derrière le Rwanda en nombre de victimes. Quelle a été son impact sur le mental, la conscience du citoyen algérien ? En tout cas, tout cela nous a ravagés. Nous avons besoin de récupérer l’Etat, le dissocier du pouvoir. Mais, il faut aussi des initiatives de l’intérieur. Et, quand on entend Sid Ahmed Ghozali dire qu’il a été un harki du système, ça vous glace le sang. C’est dire la profondeur de la crise. La tentative des réformes a dérivé, l’arrêt des élections de 1992 et la suite des évènements nous ont emmenés très loin. Tout cela a bien sûr transformé la société. J’estime que nous avons besoin d’une thérapie collective pour reprendre le travail. Il faudra méditer les expériences des pays qui étaient des dictatures militaires et qui ont réussi à s’en sortir, comme les pays de l’Est. Il y a également le cas tunisien qui nous fait rêver et parfois pleurer d’émotion.
Il s’agit de se reconstruire, car ces dernières vingt années, tout a été détruit. Même les outils politiques qu’on a pu monter comme partis, ou mouvements de contestation, demandent analyse et critique.
Dans les années 1990, on travaillait avec des jeunes qui avaient vingt ans, de jeunes étudiants qui s’initiaient à la pratique politique. On préparait une relève et aujourd’hui, il y a une rupture entre les générations, et malheureusement tout notre capital expérience ne servira pas à grand-chose. Les jeunes, en dehors de  l’expression violente, n’ont rien, à part ces suicides multiformes.

 

- Vous exposez un tableau très sombre. Le rôle de l’homme politique n’est-il pas de donner aussi du rêve ?
Le militant politique est tracté par une force intérieure qui le pousse à l’action, mais il a un devoir de vérité et de lucidité. La tâche est immense, mais ce n’est pas une raison d’y renoncer. Il faut trouver la bonne approche. Je suis persuadé qu’on arrivera à une rupture. C’est inéluctable. Il faut la préparer en réunissant les bonnes volontés.
- Vous semblez suggérer que l’expérience tunisienne risque de ne pas prendre chez nous. Pourquoi ?
Je lis et je suis au quotidien de ce qui se passe là-bas. En Tunisie, il y a une classe moyenne dynamique et bien formée, une population homogène en termes culturels, un dynamisme économique. Ce sont, à mon sens, des ingrédients pour accéder à la démocratie. Tout cela a été déterminant dans la transformation qui s’opère dans ce pays.
L’Algérie n’a connu que la violence depuis des siècles, une guerre de libération meurtrière et enfin un système dictatorial après l’indépendance. Le pays a connu des chefs d’Etat issus de l’armée, non sortis des grandes écoles, et que voulez-vous que ça produise comme grands projets et visions globales ? Tout cela s’est répercuté sur tous les segments de l’Etat. C’est très compliqué. Il faut se le dire.
- On l’a vu, les autorités politiques répriment les actions violentes et pacifiques aussi…
En définitive, c’est un problème physique. Dans un régime fermé, il suffit qu’il y ait une brèche pour que tout le système explose. II y a des contradictions si fortes à l’intérieur qu’il y a une évolution physique vers l’implosion. Mais, l’idéal c’est de connaître une transformation pacifique. On a connu déjà des décennies de violences exceptionnelles et continues.
Depuis l’élection de Bouteflika en 1999, le pouvoir a opté pour l’immobilisme. Après l’arrêt du processus électoral, il est suggéré des modèles politiques à choisir : turc, tunisien de Benali, car il ne faut pas perdre de vue que le modèle tunisien était considéré comme une référence et il me semble qu’on est tout près du modèle égyptien, qui a 10 ans d’avance sur nous. N’oublions pas qu’on a fait rêver les pays africains et arabes après la révolte des jeunes Algériens en 1988 avec les changements politiques qui ont suivi une année après.
Mais, tout cela a été résorbé et le champ des libertés n’a pas cessé de se réduire. Je ne saurais prévoir l’évolution de la situation, mais il me semble que tant qu’il y aura une rente suffisante pour répondre à des urgences, ça continuera de la sorte. Nous sommes dans une situation fragile et délicate. Société et pouvoir sont interpellés pour sauver le pays du chaos et de l’implosion. Nous en avons les moyens. Lorsque la volonté politique est là, rien n’est impossible.

Algérie : le syndrome tunisien peut-il opérer ?

1 février, 2011

Mardi 1 février 2011                                                                                           Algérie : le syndrome tunisien peut-il opérer ?                        CONTRIBUTION  Par Ahcène AMAROUCHE* emeutes1.jpg

En ce début 2011, l’Algérie a connu durant quatre jours, sur tout le territoire national, des émeutes sanglantes ayant entraîné mort d’hommes. C’est le résultat d’une décennie d’un marasme généralisé, source d’un mal-être social qui a, d’année en année, gagné en intensité et en étendue.

Les franges les plus nombreuses de la société sont frappées par une paupérisation grandissante, qui contraste avec la richesse d’une infime minorité, évidemment associée à la gestion des affaires (florissantes) de l’Etat. La tension sociale est d’autant plus vive que le régime autoritaire a opposé à toutes les formes de manifestation pacifique de la société civile une fin de non-recevoir depuis le début des années 2000 en se prévalant de l’état d’urgence instauré en 1992, devenu le prétexte à un contrôle social omniprésent. Alors que le pays sortait à peine d’une guerre sans nom où l’Etat a failli sombrer sous le poids des hordes terroristes, les émeutes se sont multipliées, touchant toutes les régions et diverses franges de la population. En 2001, année de triste souvenir pour la Kabylie, 126 jeunes sont tombés sous les balles des gendarmes. La répression bat son plein depuis, n’épargnant aucun groupe social, aucun corps professionnel qui, pour exprimer publiquement et pacifiquement leurs revendications, sont contraints de braver l’état d’urgence.

Les enseignants universitaires et les enseignants du secondaire, les journalistes et les employés de la presse écrite et audiovisuelle, les médecins spécialistes et le personnel hospitalier, tous représentés par leurs syndicats respectifs dont la loi reconnaît l’existence ; les résidents de quartiers défavorisés, les jeunes sans emploi, diplômés et non diplômés etc. ont, à un moment ou à un autre, été matraqués sans ménagement par les forces de l’ordre, systématiquement déployées en grand nombre sur les lieux prévus des rassemblements.  Partout et toujours, le pouvoir répond par la répression, les arrestations, le passage à tabac et l’emprisonnement des manifestants pris dans les rafles organisées par les forces de l’ordre. En dépit de l’existence de lois que le gouvernement a lui-même fait voter ou fait amender par le Parlement et qui, dans le texte déjà, limitent drastiquement les libertés individuelles et collectives, toute association de la société civile reste suspendue à la délivrance d’un acte administratif dénommé « Certificat de conformité » par les autorités en charge des associations sous peine d’être frappée de nullité aux yeux des institutions publiques. Sur instruction du désormais ancien ministre de l’intérieur de la décennie 2000, les services du ministère de l’intérieur continuent de ne plus délivrer aucun Certificat de conformité à quelque association que ce soit, celle-ci dût-elle s’occuper d’ornithologie ou de quelque autre inoffensif hobby. Divisée en deux courants antagoniques sur la question du projet de société (laïque pour l’un, théocratique pour l’autre), la société civile apparaît éclatée, infiltrée qu’elle est par les agents du gouvernement jusqu’au sein des groupes dirigeants.

 Un champ politique verrouillé par une prétendue alliance présidentielle aux ordres d’on ne sait qui, un champ associatif réduit aux soutiens circonstanciels d’un Président évanescent, usé par l’âge, la maladie et les intrigues de palais, une administration clientéliste, corrompue et incompétente, une justice ne possédant pas la technicité nécessaire pour traiter des affaires de corruption qui la submergent, soumise de surcroît aux ordres de l’exécutif, tels sont, avec le désert culturel ambiant que l’échec du projet éducatif n’a fait qu’accentuer, les aspects saillants de la situation de l’Algérie en ce début du vingt-unième siècle pourtant si prometteur à son avènement. Il n’est pas étonnant que les émeutes soient devenues la seule forme d’expression d’une jeunesse en mal de vivre, privée de travail et de loisirs, sans revenus, sans logement et sans perspective de fonder un foyer ; elle que le matraquage d’un discours religieux mortifère et culpabilisateur a pourtant presque vidée de sa vitalité.

Plusieurs interrogations interpellent l’observateur de la scène politique algérienne, de quelque profil ou tendance qu’il soit.

1.      – Un régime autoritaire qui se nourrit de ce qu’il dépense en prébendes.

On peut s’interroger en premier lieu sur les raisons de la permanence d’un mode de gouvernance qui procède par la répression des droits et libertés des citoyens et qui dénie toute forme d’existence à la société civile tout en se targuant de pratiquer la démocratie (réduite en vérité à des élections pluralistes truquées, dont attestent les taux ubuesques de suffrages exprimés en faveur des élus-désignés[1]). Bien qu’héritier d’un régime non moins autoritaire (dont l’actuel chef de l’Etat avait été, au demeurant, une des figures marquantes), le régime présidentiel instauré par Abdelaziz Bouteflika se distingue par maints traits pourtant de celui de Houari Boumédiene auquel nous faisons référence ici. Au populisme de ce dernier qui, en dépit de tout ce qu’on a pu ou qu’on pourra lui imputer comme crimes politiques et humains (le livre de Saïd Sadi est édifiant sur ce sujet[2]), a cherché à donner au pays les bases d’un développement économique dont on pouvait attendre, à défaut de liberté, un certain progrès social, le régime actuel a substitué le népotisme et la corruption comme forme de gestion des affaires de l’Etat sur fond de distribution de prébendes, de privilèges et de passe-droits dans un climat général de gabegie. Sans doute a-t-il aussi hérité des deux régimes présidentiels qui l’ont précédé (celui de Houari Boumédiene et celui de Chadli Bendjedid) la pratique honteuse du bourrage des urnes, que les algériens associaient, avant la guerre, au nom de triste mémoire de l’un des gouverneurs généraux de l’Algérie coloniale – le socialiste Naegelen. Mais au moins ces deux régimes ne se prévalaient-ils pas de la démocratie pluraliste comme c’est le cas de l’actuel. Jamais, excepté peut-être sous le régime finissant de Chadli Bendjedid, le pays n’a connu pareille décrépitude sociale, ni un tel degré de corruption du personnel politique et administratif. Par-delà les similitudes des trois régimes présidentiels (qui ont en commun le même noyau dur constitué par les anciens du MALG[3]), le régime autoritaire actuel se distingue par un degré inouï de concentration des responsabilités publiques entre les mains d’un personnel politico-administratif corrompu, issu en quasi-totalité d’une seule et même région du pays (voire en majorité d’une seule localité) – celle dont est originaire le Président lui-même.

Une réponse partielle à l’interrogation ci-dessus est à rechercher dans l’existence de la rente pétrolière dont le régime use comme d’une manne providentielle. Coïncidant avec la phase ascendante des prix du pétrole sur le marché mondial, le régime présidentiel de Bouteflika s’est instauré sous les meilleurs auspices. Noyé sous une masse d’argent qui dépasse de loin les capacités d’absorption de l’économie du pays[4] (dont le potentiel productif  a été anéanti plutôt que revigoré par le programme d’ajustement structurel adopté en 1995 sous la férule du FMI), il a poussé jusqu’à l’absurde la pratique de la sous-estimation systématique des prix du pétrole dans l’élaboration du Budget de l’Etat[5]. Le résultat aberrant recherché (et obtenu) peut être formulé comme suit : tandis que le dit Budget est fortement et structurellement déficitaire au point que le fonctionnement normal de certaines institutions et organismes publics ne peut être régulièrement assuré, les banques publiques et les institutions financières croulent littéralement sous le poids des surliquidités qu’elles n’arrivent pas à placer en la forme habituelle de crédits à l’économie. Une épargne oisive s’est donc constituée, grossissant chaque année de sommes faramineuses qui ne demandaient qu’à être dépensées ; ce que les soutiens du Président allaient s’atteler à faire pour assurer une base sociale élargie au régime – et, le cas échéant, une succession dynastique.

Soustraite aux contrôles institutionnels les plus élémentaires dès lors qu’elle n’est pas inscrite en ressources au Budget, retirée du circuit économique pour être accumulée dans les coffres des banques publiques agissant en autant de doublures du Trésor sans être soumise aux mêmes règles de contrôle de la dépense que les ressources de ce dernier, cette épargne est livrée à tous les appétits. Outre les détournements d’argent en la forme de commissions sur marchés publics, de faux en écriture, de passation de marchés de complaisance, de crédits à des entreprises sans fonds propres etc., des sommes faramineuses ont été dépensées à l’occasion des élections présidentielles dans ce qui s’apparente à un achat massif des voix des électeurs dans toutes les régions du pays. Sur simple instruction du Président, les dettes des agriculteurs (dont de riches propriétaires terriens qui se sont lancés dans des investissements de reconversion sur crédits publics) ont été effacées lors des précampagnes électorales de 2004 et de 2009. Des octrois de fonds à des institutions-relais du régime (telles les zaouïas) sont effectués tandis que de prétendus programmes régionaux de développement non inscrits au Budget de l’Etat ont été financés à fonds perdus sur décision intempestive de la même autorité lors de ces mêmes précampagnes ou à d’autres occasions. Ne parlons pas des investissements pharaoniques dont les coûts exorbitants intègrent commissions et intéressement des parties algériennes contractantes (autoroute est-ouest, projets de SONATRACH, etc.), ni des projets de pur prestige d’un coût estimatif dépassant l’entendement (Grande Mosquée d’Alger).

Tels sont quelques-uns des procédés par lesquels l’argent public a servi (et sert encore) à étendre la base sociale du régime sans que personne ne soit redevable de comptes à la nation.

2.      – L’effet boomerang de la libéralisation économique  

On peut se demander en second lieu pourquoi la libéralisation n’a pas produit les effets attendus sur l’économie et sur la société.

Décrétée lors d’une période de contraction drastique des recettes de l’Etat consécutive à la chute brutale des prix du pétrole et du gaz, la libéralisation a d’abord consisté à démanteler des pans entiers du secteur public économique représenté par les entreprises de production de biens et services. Instrumentalisées par le régime de Chadli Bendjedid dans sa quête de légitimité pour octroyer prébendes et privilèges en situation de pénuries, ces entreprises étaient devenues des gouffres financiers pour le Budget de l’Etat qu’elles étaient censées alimenter en ressources. Comme, de surcroît, elles étaient sous la tutelle administrative des ministères qui les obligeaient à contribuer à une prétendue politique de plein emploi, elles se sont vite trouvées en situation de sureffectifs ; situation dont les effets pervers n’étaient pas que d’ordre financier : souffrant grandement de l’impossibilité d’organiser efficacement la combinaison productive des facteurs, ces entreprises ont vu leur productivité tomber en chute libre et le principe de compétence ne plus déterminer les niveaux  de hiérarchie, de  responsabilité et d’autorité. Clientélisme et népotisme étaient érigés en critères de gouvernance des administrations publiques – et des entreprises d’Etat ! Le démantèlement de ces dernières a libéré une masse de travailleurs de tous âges, de toutes conditions et de toutes qualifications, venus grossir les rangs des chômeurs effectifs (personnes en demande d’emploi) et potentiels (étudiants, lycéens, jeunes en formation et autres futurs exclus de l’école).

  Par suite, la libéralisation a bien eu pour effet de libérer les initiatives. Mais c’est pour faire exploser littéralement le commerce d’importation de produits de base (monopolisé par les barons du régime usant de noms d’emprunt et accédant sans formalités aux ressources en devises du pays) et le commerce informel consistant en la revente non contrôlée des produits d’importation de toutes natures. Ni les entreprises publiques ayant échappé au démantèlement ou à la privatisation, ni les entreprises privées de production n’ont pu faire face à la déferlante des produits d’importation comprenant pêle-mêle les biens alimentaires (dont la date de péremption était parfois contrefaite), les biens durables, les biens intermédiaires et les biens d’équipement ; le tout envahissant le marché algérien dans une anarchie propice à tous les trafics et à toutes les arnaques. La part de la production industrielle hors hydrocarbures dans le PIB chuta de 16-20% à  4-5% entre 1980 et 2010. Subissant les contrecoups des importations massives en provenance de Turquie, de Chine et des autres pays asiatiques via Dubaï, les activités artisanales connurent un déclin brutal, ajoutant à la situation dramatique des sans emploi, leur lot de nouveaux chômeurs, composés de familles nombreuses soudainement privées de tout revenu. Des régions entières du pays, traditionnellement versées dans telle ou telle activité artisanale, se sont retrouvées plongées dans la désolation, tandis que les jeunes qui en sont issus n’avaient plus pour perspective que l’exil – parfois en payant de leur vie leur rêve chimérique de quitter le pays pour l’Europe. 

3.      – Démocratisation des besoins, creusement des écarts de revenus et dévalorisation du pouvoir d’achat des salariés.

La situation sociale et politique brièvement décrite ci-dessus paraît d’autant plus intenable à moyen terme que, sous l’effet de la mondialisation, il y eut, au cours des deux dernières décennies, une démocratisation irrépressible des besoins. Chaînes de télévision satellitaires étrangères, internet et autre téléphonie mobile ont successivement déferlé sur le pays, ouvrant pour les jeunes algériens de toutes conditions une fenêtre virtuelle sur le monde. Si l’effet immédiat produit sur eux a été de généraliser une perception édénique du monde véhiculée par le modèle de consommation des pays riches dont, déjà dans les années 1980, la voiture  était le produit-phare, ce changement de perception a gagné les sphères sociale et politique. Bien que de fortes contradictions se font jour dans la sphère sociale où s’affrontent deux projets de société antagoniques, la même exigence d’ouverture du champ politique émane des deux versants de la société civile depuis que les forces intégristes ont été militairement vaincues et que leurs succédanés islamistes (dits modérés) ont accepté de jouer la carte de la légalité. Mais le régime a moins à faire à la société civile dans ses formes traditionnelles d’organisation et d’action qu’à une jeunesse débordante de vie, peu encline aux conciliabules de salon, dont la situation économique tranche avec le modèle de consommation auquel tout la convie à se conformer. Ni sur le plan social, ni sur le plan politique, ni sur le plan économique, le régime ne réalise  ne serait-ce que le smic des conditions exigées par le nouveau modèle de consommation.

-          Au plan social, le creusement des inégalités de revenus se double d’un accès discriminant aux ressources et aux produits soutenus par l’Etat (comme le logement) en raison de la prévalence des rapports personnels sur la réglementation au sein même de l’administration publique ;

-          Au plan politique, la contradiction est criante entre le poids de la composante « Jeunes » dans la population totale (et plus encore dans la population active[6]) et le monopole du pouvoir par une gérontocratie qui n’en finit pas de s’accrocher à une légitimité historique qu’elle a au demeurant confisquée aux vrais acteurs de la guerre de libération nationale ;

-          Au  plan économique, le mode de gouvernance tel que décrit ci-dessus ne cesse d’accroître l’écart des revenus, de rogner sur le pouvoir d’achat des salariés et d’accumuler les frustrations des jeunes sans emploi épisodiquement pourchassés pour exercer quelque activité informelle de subsistance.

Telle est, brièvement décrite, la situation potentiellement explosive de l’Algérie en ce début 2011, aggravée par des tensions soudaines sur les produits de première nécessité à fort contenu en importation (lait, céréales, huiles végétales), dont l’augmentation des prix sur le marché mondial a été répercutée sans transition sur les prix intérieurs.

En guise de conclusion.

Ironiquement, l’on voit apparaître de temps en temps dans la presse nationale et les revues d’économie, des discussions byzantines sur la nécessité de réévaluer le dinar pour les uns, de lever les obstacles administratifs devant sa convertibilité complète pour les autres, chacun se prévalant d’enseignements de la théorie économique dont ni les uns, ni les autres ne perçoivent le ridicule de leur simple transposition au cas algérien. Pris dans la nasse des contradictions de la logique de l’économie de rente qu’il a poussé jusqu’à son extrême limite, le gouvernement ne sait plus quant à lui, s’il faut dévaluer le dinar pour préserver un tant soit peu la production nationale (quitte à réduire d’autant le pouvoir d’achat des salariés et susciter un plus grand mécontentement social aux conséquences imprévisibles) ou le réévaluer pour préserver le pouvoir d’achat des salariés (quitte à porter un nouveau coup dur à la production nationale qui se réduit comme peau de chagrin sous le poids des importations bon marché).

Dans cette équation de l’absurde, et en attendant que les jeunes manifestent de nouveau leurs frustrations et leur désarroi face à l’avenir de la seule façon qu’il leur soit donné de le faire – c’est-à-dire par les émeutes – chacun s’emplit les poches comme il peut. Sait-on jamais en effet où tout cela peut déboucher ? Le syndrome tunisien est dans toutes les têtes tandis que se profilent déjà l’échéance du troisième mandat d’un Président qui pourrait vouloir – en dépit du bon sens et de la sagesse – se succéder à lui-même ou pis, amorcer une succession dynastique dans un pays réfractaire à tous les pouvoirs illégitimes.

Alger, le 18 janvier 2011.


* Universitaire, enseignant-chercheur en économie.

[1] La dernière élection présidentielle (avril 2009) aurait été  remportée par Abdelaziz Bouteflika à plus de 90% des voix exprimées, le second en nombre de voix – Madame Louisa Hanoune – n’ayant obtenu qu’un peu plus de 4%.

[2] Amirouche, une vie, deux morts, un testament. Une histoire algérienne, mai 2010, (sans Maison d’édition), imprimé sur les presses Les Oliviers, Tizi Ouzou, Algérie. L’auteur impute à Boumédiene le déterrement des ossements de deux héros légendaires de la guerre de libération nationale – les colonels Amirouche et Si El Houes – pour les séquestrer dans les caves de la gendarmerie nationale à Alger où ils ont été découverts en 1983 (ré-inhumés dans le carré des martyrs au cimetière d’El Alia à l’est d’Alger). Notons en outre que sous le régime de Boumédiene, de grandes figures de la guerre de libération nationale ont été assassinées dans plusieurs capitales étrangères où elles ont trouvé refuge contre l’emprisonnement et la torture.

[3] Il est édifiant de constater combien les anciens du MALG sont nombreux aujourd’hui encore dans les rouages de l’Etat : dans une contribution écrite publiée en réponse à un article de presse de Azzedine Mabroukine paru dans le Quotidien El Watan des 26 et 27 décembre 2007, Dahou Ould Kablia, actuel ministre de l’Intérieur et néanmoins Président de l’Association des anciens du MALG, citait pas moins de 150 membres (non compris l’actuel Président qui en était issu) exerçant ou ayant exercé des responsabilités politiques ou militaires. Voir El Watan du 3 janvier 2008.

[4] Les liquidités dormantes accumulées dans les banques publiques ne cessent d’augmenter : plus de 4 200 milliards de dinars (soit environ 60 milliards de dollars) à fin 2008 selon l’ancien ministre des finances Abdellatif Benachenhou, plus de 5 200 milliards de dinars (soit environ 75 milliards de dollars) à fin 2009 selon le secrétaire général de l’Association des Banques et Etablissements financiers (ABEF).

[5] Au plus fort de la phase ascendante des prix du pétrole (qui ont atteint 147 dollars en 2008), les autorités ont continué à estimer les recettes budgétaires sur la base d’un prix du baril de 37 dollars.

[6] On estime à plus de 70% de la population active les jeunes de moins de trente ans.

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